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Pression du genou sur le cou : une méthode controversée

Un policier agenouillé sur la nuque d’un jeune Noir lors d’une arrestation.

Une vidéo de mai 2019, montrant un policier agenouillé sur la nuque d’un jeune Noir lors d'une arrestation, a refait surface ces derniers jours.

Photo : Facebook/Shailene Panylo

La technique d’immobilisation du genou sur la nuque est remise en question. Après la mort de George Floyd, à Minneapolis, d’anciennes vidéos montrant des policiers canadiens utilisant cette méthode ont refait surface et rouvert le débat sur cette façon de faire.

Au cours des derniers jours, une vidéo tournée à Whitby, banlieue éloignée de Toronto, a refait surface sur les réseaux sociaux. Postée originalement sur Facebook en mai 2019, on y voit un policier maintenir un jeune homme noir au sol en pressant son genou sur sa nuque.

Voir ce garçon au sol, sans défense, c’est le quotidien des gens de ce quartier, lâche Sabrina « Butterfly » GoPaul, une travailleuse sociale et activiste au sein du collectif Action Jane/Finch contre la pauvreté.

Les images ne sont pas sans rappeler celles de l’arrestation de George Floyd, un Afro-Américain décédé après avoir subi une telle pratique pendant près de neuf minutes.

Interpellée par de nombreux citoyens au sujet de cette vidéo, la Police régionale de Durham a publié un communiqué (Nouvelle fenêtre).

Les agents répondaient à un appel concernant un homme désorienté possiblement armé d’un couteau, peut-on lire. Il a été appréhendé, sans blessure physique.

Il est aussi précisé que le Bureau du directeur indépendant d’examen de la police (BDIEP), a mené une enquête, concluant que les agents avaient suivi le protocole.

Ça me surprend, note l’avocat Julian Falconer.

L’expert en responsabilité policière souligne qu’il n’est pas proche du dossier, mais il a visionné la vidéo.

La mise des menottes [...] aurait dû entraîner immédiatement qu’il soit retourné. Au lieu de ça, le genou de l’agent reste sur la nuque de ce jeune homme de façon prolongée, dit-il.

Rien de ce que j’ai vu au cours des décennies de carrière ne justifierait cela, et je m’interroge sur la qualité de cette enquête

Julian Falconer, avocat

« Souligner le risque »

Julian Falconer n’est pas le seul à dénoncer une telle façon de faire.

Un rapport de 2017 du BDIEP sur le recours à la force policière (Nouvelle fenêtre) mentionne les recommandations d’une enquête du coroner datant de 2008.

L’une d’entre elles suggère de souligner, par la formation régulière, le risque de décès associé à l’utilisation de techniques de contention par pression sur le cou.

L’immobilisation en utilisant la nuque est totalement déconseillée à tous les corps policiers, ajoute l’ancien membre de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) Michel Juneau Katsuya. Ça n'est pas une pratique policière, assure-t-il. Très facilement, en exerçant une pression au mauvais endroit, on peut briser la nuque et causer des dommages irréparables.

Le Code criminel ne définit pas exactement son utilisation, on parle simplement de l’utilisation de la force nécessaire.

Michel Juneau Katsuya, ancien membre de la GRC et expert en affaires policières

L’expert en affaires policières et en sécurité nationale souligne que le Code criminel balise le recours à la force policière, sans toutefois en définir les limites. Il ne faut recourir à la force que lorsque celle-ci est nécessaire, et cette force doit toujours être maîtrisée et contenue, complète M. Katsuya.

Les fonctions de policier, poursuit-il, comprennent par ailleurs d'agir avec professionnalisme et de savoir mettre fin à leur intervention lorsque celle-ci est terminée.

Une fois qu’une personne est neutralisée, sous contrôle, et particulièrement [...] qui a les mains menottées dans son dos, et bien on doit arrêter.

Enquêtes non divulguées

Julian Falconer estime que les résultats de l’enquête doivent être rendus publics, de même que l’identité des enquêteurs.

Le BDIEP, en raison des nombreux appels et demandes de renseignements des médias et des membres du public demandant de publier son rapport d’enquête ou de commenter ses conclusions, a aussi tenu à publier un communiqué.

En vertu de l’article 95 de la Loi sur les services policiers, le directeur ne peut pas publier le rapport sans le consentement des parties, y compris le plaignant, peut-on lire dans le document diffusé jeudi.

L’Ontario n’est pas la seule province à voir ressurgir des vidéos du passé.

La police d’Edmonton, en Alberta, a tenu une conférence de presse jeudi pour répondre, entre autres, aux requêtes concernant des images tournées en 2018 montrant un de ses agents utiliser la même méthode du genou sur la nuque.

Dans ce cas-là, une enquête a également été menée.

Le langage utilisé par le policier à l’encontre de l’homme qu’il interpellait a été dénoncé et lui a valu une sanction.

L’enquête n’a pas été rendue publique à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Pour Mme GoPaul, cette pratique ne fait que renforcer le sentiment d’insécurité de la communauté noire, et les craintes d’interactions avec les autorités.

Une femme en entrevue par FaceTime.

Sabrina « Butterfly » GoPaul est travailleuse sociale dans la grande région de Toronto.

Photo : Radio-Canada

Mon engagement [communautaire] a commencé quand mon fils était jeune. Aujourd’hui, il a 24 ans, et je suis encore plus inquiète pour lui maintenant qu’à l’époque.

Avec des informations de Lorenda Reddekopp, de CBC News

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