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L'autonomie alimentaire fait son bout de chemin en Gaspésie

Des pots contenants des pousses d'herbes et de légumes divers.

Depuis le début de la pandémie, de plus en plus de gens ont mis sur pied un potager dans leur cour (archives).

Photo : iStock

La pandémie de COVID-19 a fait bondir les ventes de semences et de poules pondeuses au Québec. Avec le besoin de se réapproprier son alimentation viennent également plusieurs questions sur la possibilité et les façons d'atteindre une plus grande autonomie alimentaire.

L'équipe du Potager enchanté, à Causapscal, a l'habitude de recevoir de nombreuses demandes pour des paniers de légumes biologiques à cette période de l'année.

Mais cette année, les clients demandent également autre chose : des semences, pour cultiver eux-mêmes leurs légumes.

Le concept d'autonomie alimentaire inspire de plus en plus de gens depuis le début de la crise actuelle, qui a suscité de nombreuses inquiétudes entourant notre sécurité alimentaire.

Or, si le Québec souhaite réellement devenir autosuffisant pour ses besoins en alimentation, les Québécois devront revoir leurs habitudes de consommation, selon le copropriétaire du Potager enchanté, Francis Pelletier.

La première des choses, c'est de briser le réflexe qu'on a de manger de tout à l'année.

Francis Pelletier, copropriétaire du Potager enchanté

Quand on commence à faire un potager, on se rend compte assez rapidement qu'on ne peut pas manger des tomates à l'année, on ne peut pas avoir de la laitue en hiver. Il faut vraiment manger de saison, affirme-t-il.

Il y a un apprentissage à faire, pour réapprendre à cuisiner les légumes selon la saison. Pour des gens de l'Est-du-Québec, manger des bananes et des oranges, c'est pas très local, mais on a plein de petits fruits qui poussent ici dont on peut faire des réserves pendant la saison chaude, ajoute Francis Pelletier.

M. Pelletier produit d'ailleurs lui-même la majorité des aliments qu'il consomme, à l'exception des produits laitiers et des condiments, et offre depuis quelques années des formations pour augmenter son autonomie alimentaire à la maison ou encore pour mettre sur pied un jardin communautaire.

L'union fait la force

L'autonomie communautaire apparaît d'ailleurs comme étant plus réaliste, et plus souhaitable, pour bon nombre de gens, dont Caroline Michaud.

Avec son conjoint et leurs trois enfants, ils sont eux aussi (presque) autosuffisants.

Cette année, on s'est vraiment donné comme défi d'en conserver le plus possible. J'ai acheté mon premier légume à la fin mars. C'est vraiment satisfaisant quand tu prépares un plat et que tu n'as rien acheté là-dedans, se réjouit Caroline Michaud.

Une personne sort deux radis de la terre.

Les radis sont un bon exemple de légume qui se cultive facilement dans l'Est-du-Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Celle qui craignait de manquer de variété et de fraîcheur pendant les longs mois d'hiver se dit aujourd'hui satisfaite de sa récolte, mais admet que sa famille ne pourrait jamais atteindre l'autosuffisance complète sans un peu d'aide.

J'ai de la misère à croire que quelqu'un peut tout faire. On voit ça plus communautaire. Depuis très longtemps, les gens se regroupent en communauté pour s'entraider. Un voisin fait du blé, alors on fait des échanges. Ce serait le fun que ça revienne un peu plus parce que ça ferait une communauté autosuffisante, avance-t-elle.

On dirait que ça prend encore plus de sens cette année, avec la pandémie. Se nourrir, c'est la chose la plus importante dans notre vie alors pourquoi ne pas y passer un peu plus de temps?

Caroline Michaud

Caroline Michaud reconnaît par ailleurs que même une autosuffisance partielle représente un défi important, particulièrement au début lorsque tout est à faire.

Quand tu as une famille, il faut que tu aies du temps avec tes enfants et c'est un apprentissage pour eux. Ça ne veut pas dire qu'ils vont avoir le goût de faire un jardin pendant 20 jours de suite, alors c'est de trouver un équilibre dans tout ça, la famille, le travail. Nous, ç'a été ça notre plus grand défi, admet-elle.

Caroline Michaud est assise dans son jardin aux côtés de son conjoint et de leurs trois enfants.

Caroline Michaud et son conjoint travaillent à augmenter leur autonomie alimentaire depuis 2014.

Photo : Luc Michaud

Et avec les années, un jardin demande de moins en moins de temps, selon Caroline Michaud, contrairement à l'élevage d'animaux, qui eux, nécessitent des soins quotidiens. C'est d'ailleurs pour cette raison que le couple achète chaque année ses porcs et ses poules plutôt que de les élever.

Mon chum est en train de négocier pour une vache et je ne suis pas d'accord! Je trouve ça beaucoup. Ça, c'est à l'année! lance-t-elle en riant.

Vers une nouvelle agriculture

Les adeptes de l'autosuffisance communautaire comme Caroline Michaud proposent notamment de se tourner vers les petits agriculteurs et producteurs locaux pour traverser la saison froide.

Or, les petits producteurs aussi ont besoin d'aide pour passer l'hiver, selon Olivier Tardif.

Le jeune producteur maraîcher de 22 ans a lancé au printemps Les Jardins de l'Olivier Tardif, à Saint-Ulric, un projet dont il rêvait depuis plusieurs années.

Ça faisait longtemps que je me cherchais une terre, mais j'ai seulement besoin d'un hectare et avec les lois de zonage agricole, je ne peux pas acheter une terre avec une grange et une maison dessus, c'est bien trop cher. Pour un petit nouveau qui veut se lancer, c'est quasiment impossible, déplore-t-il.

Olivier Tardif est accroupi au-dessus d'un rang de semences.

« Mon objectif c'est de nourrir la population de Matane avec des produits bio et sains », explique Olivier Tardif.

Photo : Roxanne F. Bédard

S'il a pu obtenir une terre gratuitement sur le terrain du vignoble Carpinteri, où il travaille, il n'a pas encore les moyens de chauffer sa serre, ce qui retarde ses récoltes.

Le gouvernement a parlé de subvention pour le chauffage des serres, ça ce serait une super idée. Je voudrais que ce soit fait par le peuple pour le peuple. Je ne voudrais pas que ce soit seulement les gros joueurs qui soient favorisés et qui se ramassent dans les épiceries, avance Olivier Tardif.

Il est convaincu qu'avec un peu d'aide financière, il serait possible de multiplier les petites fermes afin que chaque localité devienne autosuffisante. Il constate d'ailleurs que de plus en plus de jeunes s'inscrivent aux cours en agriculture et se lancent dans le métier.

Il y a vraiment un engouement pour les jeunes, c'est vraiment à la mode, et c'est parce que c'est une nouvelle agriculture qui s'en vient. Avec les petites surfaces, c'est un métier pas mal plus intéressant.

Olivier Tardif, propriétaire des Jardins de l'Olivier Tardif

À Matane, on est quelques jardins qui fonctionnent super bien et il pourrait y en avoir d'autres petits et on pourrait fournir les épiceries en masse, mais on aurait besoin d'aide pour en faire à l'année, estime le producteur.

D'autres, comme Francis Pelletier, sont plutôt d'avis qu'il faut privilégier la culture naturelle des aliments, soit produire tout ce qui peut pousser naturellement dans notre climat, et investir dans les espaces de conservation afin d'en vivre à l'année.

Quand même bien qu'Hydro-Québec abaisse ses tarifs d'électricité pour les producteurs en serre, on est un peu contre nature de vouloir produire à l'année des choses qu'on ne produirait normalement que l'été, avance-t-il.

Quelle que ce soit la voie choisie, la réflexion pour un Québec plus autosuffisant est bel et bien amorcée.

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