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Plaidoyers pour un accès universel au futur vaccin contre la COVID-19

Une main tient une petite bouteille sur laquelle on peut lire : COVID-19 vaccin.

À travers le monde, des laboratoires en sont à tester une douzaine de vaccins potentiels sur des milliers de personnes.

Photo : afp via getty images / MLADEN ANTONOV

Radio-Canada

Tandis que l'ONU et plusieurs chefs d’État réunis lors d’un sommet mondial sur la vaccination ont plaidé pour qu’un éventuel vaccin contre la COVID-19 soit « un bien public mondial », des experts s’inquiètent de ce que sa distribution d’un bout à l’autre du globe se révèle plus complexe et inégale que prévu.

Plus de 50 pays et plus de 35 dirigeants ont participé jeudi au sommet virtuel de l’Alliance pour le vaccin (GAVI), au cours duquel près de 12 milliards de dollars canadiens ont été amassés, ce qui excède les quelque 10 milliards en promesses de dons espérés dans un horizon de cinq ans.

Cette somme doit permettre à plus de 300 millions d’enfants dans une douzaine de pays d’être vaccinés, notamment contre la malaria, la rougeole, la polio, la typhoïde ou encore le virus du papillome humain (VPH), maladies oubliées dans l’ombre du nouveau coronavirus.

Les fonds obtenus jeudi seront cruciaux pour assurer le maintien de la vaccination de routine et pour rattraper les retards accumulés des programmes de vaccination à la suite de la pandémie de COVID-19, a affirmé l'UNICEF, l’un des partenaires fondateurs de l’Alliance, aux côtés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de la Banque mondiale et de la Fondation Bill & Melinda Gates.

La question du financement pour l’achat et la production d’un éventuel vaccin contre la COVID-19 était aussi au cœur de ce sommet, organisé par le premier ministre britannique, Boris Johnson. Pour ce vaccin seulement, l’objectif de l’Alliance, qui rassemble aussi des acteurs publics et privés, était d’amasser 2 milliards de dollars afin d'assurer sa distribution dans les pays les plus pauvres.

De nombreux chefs d’État en ont profité pour prononcer un plaidoyer en faveur d’une distribution équitable, où les pays en développement ne seraient pas laissés à l’écart.

Joignant sa voix à celle de la Croix-Rouge, le secrétaire général de l'ONU a souhaité que ce futur vaccin soit considéré comme « un bien public mondial », accessible à tous. Une déclaration faisant écho à celles de la Chine et de la France lors de l'assemblée annuelle de l’OMS.

Un vaccin contre la COVID-19 doit être vu comme un bien public mondial, un vaccin pour les peuples.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a de son côté réitéré l'importance de coopérer pour que tous les citoyens du monde, en particulier les plus vulnérables, puissent en bénéficier.

Au milieu d'une pandémie mondiale, il n'a jamais été aussi important de renforcer les capacités de riposte aux éclosions de maladies et de travailler avec des organisations pour développer et administrer les vaccins, a-t-il déclaré.

Le Canada, qui fait campagne pour obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, a déjà annoncé qu'il verserait 600 millions de dollars sur cinq ans à l'Alliance. Le pays se considère comme un partenaire à long terme de la GAVI et est membre de son conseil d'administration depuis sa création, en 2000.

Boris Johnson a quant à lui salué le choix de « s’unir » pour tracer le chemin d’une coopération mondiale. Avec près de 40 000 morts, le Royaume-Uni est le deuxième pays qui compte le plus de victimes de la COVID-19. Il est par ailleurs le plus important contributeur de l’Alliance pour le vaccin, avec 1,65 milliard de livres (2,81 milliards de dollars) promis au cours des cinq prochaines années.

Suivent la fondation de Bill et Melinda Gates (2,1 milliards de dollars), les États-Unis (1,56 milliard) et la Norvège (1,3 milliard).

La France a de son côté annoncé qu'elle comptait doubler sa contribution à l'Alliance, qui passera de 250 à 500 millions d'euros (382 à 765 millions de dollars) pour la période 2021-2026. Son président, Emmanuel Macron, a indiqué que 100 millions d'euros (153 millions de dollars) s'ajouteront à cette somme lorsqu'un vaccin contre la COVID-19 sera disponible, afin d'aider à le rendre accessible à tous.

Une coopération de façade?

Mais aux yeux de certains, ces appels à l'entraide s'inscrivent en faux contre le comportement adopté par certains pays au cours de la pandémie, notamment lors de la course aux équipements de protection individuelle.

Des histoires de lots de masques détournés à la dernière minute sur le tarmac de l'aéroport ont fait grand bruit. Ce fut notamment le cas de la France qui, après avoir acheté quatre millions de masques à la Chine, a constaté que les États-Unis avaient conclu un marché pour racheter cette cargaison.

Il y a de fortes chances que les pays les plus riches tentent de se tailler une place au haut de la liste, laissant les pays les plus pauvres de côté, et c'est un problème, remarque Jimmy Whitworth, professeur de santé publique internationale à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

J'imagine difficilement un pays dire : l'Afrique a des besoins plus grands que les nôtres, alors nous leur laisserons le vaccin en premier tandis que nous resterons vulnérables, ajoute-t-il.

Même son de cloche du côté de Michael Head, chargé de recherche à l'Université de Southampton, qui avance que ces déclarations en faveur d'une coopération internationale ne se sont pas toujours traduites par des actions.

C'est une chose de faire ce genre de déclaration sur l'importance d'un accès équitable pour tous [...], mais en réalité, il pourrait en être tout autrement au cours des prochaines semaines, des prochains mois, dit-il.

Pour l'heure, des laboratoires en sont à tester une douzaine de vaccins potentiels sur des milliers de personnes. Les plus optimistes ont bon espoir de développer un vaccin d'ici la fin de l'année.

L'Université d'Oxford, au Royaume-Uni, mène des tests sur un échantillon de près de 10 000 volontaires, tandis que les États-Unis se préparent à tester un potentiel vaccin sur quelque 30 000 personnes dès juillet.

Au Canada, la pharmaceutique Medicago, basée à Québec, dit avoir mené des tests concluants sur une souris pour son candidat-vaccin contre la COVID-19.

La firme américaine de biotechnologie Moderna a quant à elle indiqué que la première phase des essais du vaccin qu'elle tente de développer avait permis de déclencher une réponse immunitaire contre la COVID-19.

Alors que les expériences vont bon train, certains pays ont déjà placé leurs pions pour s'assurer d'avoir accès au vaccin lorsqu'il sera prêt à être développé. Les États-Unis, par exemple, ont signé un contrat avec le groupe pharmaceutique AstraZeneca, qui collabore avec l'Université d'Oxford, afin de mettre la main sur 300 millions de doses.

Jeudi, AstraZeneca a affirmé qu'en cas de réussite, 300 millions de doses d'un vaccin contre la COVID-19 seraient offertes à l'Alliance du vaccin.

Le nouveau coronavirus a fait plus de 390 000 morts à ce jour, principalement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, au Brésil et en Espagne.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et La Presse canadienne

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