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Dans une Suède non confinée, l'économie suffoque aussi

Des chaises vides sur la terrasse de la crèmerie.

Bien que la Suède ait maintenu ouverts cafés, bars et restaurants, des commerces comme cette crèmerie de Stockholm peinent à attirer des clients.

Photo : Reuters

Agence France-Presse

Des mesures de lutte contre le nouveau coronavirus plus souples, mais une économie quand même à la peine : en Suède, commerces et entreprises ont beau être majoritairement restés ouverts, l'économie va accuser le coup face à une crise sanitaire sans précédent.

Comme dans la plupart des pays du monde, l'économie suédoise connaîtra un déclin record au deuxième trimestre [...] il faudra beaucoup de temps avant que la situation ne se normalise, prévoit pour l'AFP Olle Holmgren, économiste à la banque SEB.

Contrairement aux dispositifs imposés dans le reste de l'Europe, la Suède a maintenu ouverts cafés, bars, restaurants et entreprises, demandant à chacun de « prendre ses responsabilités ». Elle n'a pas confiné sa population.

La stratégie a visé, selon le gouvernement, non pas à sauver l'économie, mais à soutenir le système de santé publique – un taux de chômage élevé et une économie à la peine entraîneraient un affaiblissement de celui-ci.

Lorsque nous avons décidé des mesures à prendre pour stopper la propagation du virus, nous n'avons eu aucune considération économique, a assuré fin mai Magdalena Andersson, ministre des Finances du gouvernement de centre-gauche suédois.

Magdalena Andersson parle lors d'un point de presse.

Magdalena Andersson, ministre des Finances gouvernement suédois.

Photo : Reuters

Depuis le début de la crise, plus de 40 000 cas de COVID-19 ont été enregistrés dans le pays et 4542 personnes en sont décédées.

Le taux de mortalité compte parmi les plus élevés d'Europe, avec 449,7 morts/million d'habitants, quatre fois plus que chez son voisin danois et jusqu'à dix fois plus qu'en Norvège. Et l'économie, largement tributaire des exportations, écope aussi.

Des prévisions sombres

En dépit d'une légère augmentation du produit intérieur brut (PIB) (0,1 %) au premier trimestre – les effets de la crise étant apparus en fin de trimestre –, le royaume nordique devrait suivre la même trajectoire que la plupart de ses partenaires européens : baisse du PIB en 2020 et hausse du chômage.

Le 15 avril, le gouvernement escomptait un recul de 4 % du PIB pour 2020, contre une croissance de 1,1 % envisagée en janvier, à l'aube de la pandémie.

Et si la Commission européenne prévoit une contraction de 6,1 % cette année pour le pays (contre -6,5 % pour l'Allemagne, -8,3 % pour la France et -7,7 % pour la zone euro), les prévisions s'assombrissent davantage du côté de la Banque de Suède, pour qui la contraction pourrait s'élever jusqu'à 10 %.

Certains économistes prévoient un rebond de la croissance dès le deuxième semestre, mais la ministre des Finances a prévenu que la baisse pourrait être plus élevée qu'estimé et conduire à davantage de chômage.

Avant la crise, le marché de l'emploi suédois était florissant, entre une hausse constante de la population active, des créations de postes et des heures travaillées, combinée à la baisse du nombre de chômeurs.

Désormais, le gouvernement envisage un taux de chômage de 9 % en 2020 et 2021, contre 6,8 % enregistré l'année dernière. Quant à la croissance, elle devrait repartir à la hausse en 2021, à 3,5 %, selon des prévisions gouvernementales.

Cette déroute s'explique avant tout par la dépendance aux exportations qui correspondent environ à 50 % du PIB suédois.

Soixante-dix pour cent des exportations suédoises sont à destination de l'Union européenne. Les fermetures d'usines en Allemagne, au Royaume-Uni [...] devraient avoir des effets considérables sur les exportations suédoises, souligne Stockholm.

En mars, de grands noms de l'industrie, comme le constructeur automobile Volvo ou celui de poids lourds Scania, avaient annoncé l'interruption de leur production dans le pays en raison, non pas des restrictions locales, mais des perturbations dans la chaîne d'approvisionnement ailleurs en Europe et dans le monde. L'activité a depuis repris.

Des pancartes indiquant qu'un pub est ouvert.

Malgré l'ouverture des commerces pendant la pandémie de coronavirus, la Suède a connu une baisse marquée de la consommation.

Photo : Reuters

Chute de la consommation

La consommation a chuté de 24,8 % entre le 11 mars et le 5 avril, d'après une étude conduite par quatre économistes de l'Université de Copenhague.

La Suède paie le même prix [que le Danemark] face à la pandémie [...], lorsqu'on est plongé dans une crise, les consommateurs activent le freinage d'urgence. Que les restaurants soient fermés ou non, explique Niels Johannesen, l'un des responsables de l'étude, cité par le quotidien Helsingborgs Dagblad.

Pour contrer les effets de la crise, le gouvernement avait annoncé dès le 16 mars une série de mesures pour les entreprises allant jusqu'à 28 milliards d'euros (42,5 milliards de dollars canadiens).

Depuis, le budget a augmenté et les mesures de soutien se sont étendues, couvrant entre autres une réduction des cotisations patronales, la prise en charge du chômage partiel et des congés maladie.

Nous nous attendons à ce que d'autres mesures soient prises et, étant donné l'état des finances publiques, il y a de la place pour une politique budgétaire plus expansionniste, prédit Olle Holmgren.

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