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analyse

Le mouvement « boogaloo » veut profiter des manifestations pour provoquer la guerre civile

Ce mouvement veut instaurer le chaos en encourageant la confrontation entre manifestants et policiers.

Ce sont des écussons sur une veste pare-balles.

L'écusson de droite identifie l'homme comme un membre de la mouvance « boogaloo bois ». La boîte « alphabet boi » criblée de balles fait référence aux forces policières, qui portent souvent des acronymes.

Photo : afp via getty images / LOGAN CYRUS

Des hommes arborant des drapeaux ou des écussons où figure un igloo, ou portant des chemises hawaïennes ont été aperçus lors de manifestations aux États-Unis ces derniers mois. Membres d'une mouvance appelée « boogaloo », ceux-ci cherchent à provoquer une guerre civile en exacerbant les tensions ambiantes, déjà au paroxysme.

Samedi, trois hommes ont été arrêtés à Las Vegas, au Nevada. Stephen T. Parshall, Andrew Lynam et William L. Loomis sont accusés d'avoir planifié un acte terroriste (Nouvelle fenêtre)

. Les trois hommes, tous membres ou ex-membres des forces armées américaines, avaient en leur possession des cocktails Molotov et avaient l'intention de causer un incident pour provoquer le chaos et possiblement une émeute lors de manifestations en soutien à George Floyd, selon les documents d'accusation.

Selon Nicholas Trutanich, procureur du Nevada, des instigateurs violents ont tenté de détourner des manifestations pacifiques partout au pays, y compris au Nevada, dans le but d'exploiter la colère légitime provoquée par la mort de M. Floyd pour avancer leurs propres visées radicales.

Les trois accusés se revendiquaient du boogaloo, une mouvance d'extrême droite qui cherche à provoquer une guerre civile aux États-Unis et ainsi à précipiter la chute du gouvernement. Pour arriver à ses fins, le mouvement tente d'amplifier les fractures sociales déjà en place et d'instaurer le chaos.

Un mouvement nihiliste qui cherche la guerre civile

Manifestement nihiliste, le mouvement boogaloo cherche moins à faire avancer une cause politique précise qu'à mettre le feu aux poudres. Des hommes qui se revendiquent de ce mouvement, souvent lourdement armés, ont été aperçus dans de nombreuses manifestations un peu partout aux États-Unis. Avant de chercher à profiter des manifestations contre la brutalité policière, ils s'étaient greffés aux manifestations anticonfinement.

Pour Alexander Reid Ross, chercheur au Center for Analysis of the Radical Right, un organisme qui étudie les différentes mouvances d'extrême droite, les boogaloo bois tentent de donner l'impression qu'ils appuient les manifestants, alors que le seul but véritable est de fomenter la zizanie.

Ils sont des provocateurs du chaos. Ils vont se rendre aux manifestations avec leurs armes, puis ils vont dire qu'ils sont simplement là pour défendre les manifestants des policiers, ou encore pour protéger les propriétaires de petits commerces, illustre M. Reid Ross. Mais ceux qui représentent véritablement cette idéologie, ce sont ceux qui ont été arrêtés à Las Vegas.

Comme le soulignait un reportage du site d'enquête Bellingcat (Nouvelle fenêtre)

, de plus en plus de membres de la mouvance boogaloo se dépeignent comme de simples défenseurs de la liberté. Ils brandissent des martyres, tels que George Floyd, comme preuve de la violence de l'État, et montrent du doigt les policiers pour des violences commises contre des minorités ou des personnes issues de communautés marginalisées.

Un homme barbu tient un écriteau qui contient plusieurs mots-clics. "Les Boogaloo appuient George Floyd", est-il écrit.

Un membre des boogaloo bois brandit un écriteau qui compare George Floyd à James Kemp, un homme blanc tué par des policiers en mars alors que ceux-ci délivraient un mandat d'arrestation pour possession illégale d'armes à feu.

Photo : Reuters / REBECCA COOK

L'idée est d'encourager des activistes enragés et désillusionnés à vouloir renverser l'État et à commencer à s'intéresser à l'idéologie d'extrême droite, croit M. Reid Ross. Par exemple, ils vont invoquer le nom de Noirs tués par des policiers en mentionnant aussi des figures d'extrême droite tuées lors de raids.

Il essaient d'utiliser la gauche et la droite dans leur mouvement d'insurrection pour provoquer la guerre civile. En vérité, leurs motivations découlent de l'idéologie d'extrême droite. Ils tentent seulement d'effectuer un "rebranding" [améliorer l'opinion publique au sujet d'une marque en redorant son image].

Le chercheur fait remarquer que les boogaloo bois parlent souvent de faire tomber le gouvernement, mais n'évoquent jamais par quoi ils veulent le remplacer.

Il n'y a jamais de discussion sur la volonté de former une société égalitaire après la guerre civile. Ils font juste dire : "Faisons tomber le gouvernement et voyons ce qui se passera par la suite", juge M. Ross Reid. C'est extrêmement suspect.

Selon ce dernier, il y a des parallèles à tracer entre le mouvement boogaloo et les milices d'extrême droite aux États-Unis, ou encore avec le mouvement accélérationniste néonazi, qui lui aussi cherche à provoquer la chute de l'État et vise à le remplacer par une dictature blanche.

Chemises hawaïennes, igloos et armes à feu

Le mouvement boogaloo trouve ses racines dans les recoins les plus sombres du web. Par conséquent, le mouvement se drape dans un langage et un style visuel hautement codifié qui s'inspire de la culture du web.

Le mot boogaloo lui-même est une sorte d'euphémisme pour une guerre civile qui provoquera une chute de l'État. C'est une référence au film américain Breakin' 2 : Electric Boogaloo. Ce film, souvent ridiculisé en raison de sa qualité douteuse, est une suite du film Breakin', produit rapidement avec peu de moyens.

Sur des forums proarmes, la guerre civile imaginée a été baptisée Civil War 2 : Electric Boogaloo. On cherchait en quelque sorte et de façon mi-ironique à promouvoir l'idée d'une deuxième guerre civile en la dénigrant.

Le but d'appeler ça "Electric Boogaloo", c'est de dépeindre [cette guerre civile] comme une suite merdique. C'est de dire que c'est une suite mal produite et foireuse de quelque chose qui a déjà eu lieu, affirme M. Reid Ross.

Derrière cette ironie se cachent un nihilisme et une volonté de voir s'effondrer l'Occident, propulsés par de jeunes hommes qui se sentent trahis par le monde moderne et qui n'accordent aucune valeur à leur existence.

En ligne, on les voit discuter entre eux du fait que toute cette idée est stupide, et que les premières personnes qui mourront lors de cette guerre civile, ce sont eux-mêmes, ajoute M. Reid Ross. Tout ça, ce sont des propos désespérés tenus entre nihilistes qui voudraient se jeter sur le bûcher de la civilisation occidentale, qu'ils croient vouée à la disparition.

Très vite, le mot boogaloo est devenu associé à cette mouvance violente, et ses membres ont dû trouver des façons de contourner les politiques de modération des réseaux sociaux. Ils ont donc trouvé d'autres mots semblables pour désigner le boogaloo, comme big igloo et big luau. Un luau est une sorte de fête hawaïenne.

Ce sont de publications sur les réseaux sociaux.

Des publications montrant des boogaloo bois portant des chemises hawaïennes et brandissant un drapeau qui montre un igloo.

Photo : Capture d’écran - Facebook et Twitter

C'est pourquoi des gens arborant des drapeaux ou des écussons montrant des igloos ou portant des chemises hawaïennes ont été aperçus lors de manifestations anticonfinement ou en soutien à George Floyd.

Pour eux, c'est une façon d'augmenter la terreur de la manière la plus ridicule possible et de faire en sorte que tout le monde se sente aussi ridicule qu'eux-mêmes, lance M. Reid Ross.

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