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Frontière fermée : une fillette de 6 ans du Nouveau-Brunswick séparée de ses parents

Le pont en début de soirée, sous un ciel nuageux.

Le pont international Franklin-Delano-Roosevelt sépare l’île Campobello, au Nouveau-Brunswick, de la municipalité de Lubec, au Maine.

Photo : Résident de l'île de Campobello / Ulysse Robichaud

Geneviève Normand

Une enfant de 6 ans est séparée de ses parents depuis plus d'une semaine en raison de la fermeture des frontières entre le Canada et les États-Unis. La mère, une résidente de l’île Campobello, au Nouveau-Brunswick, allègue qu'elle ne peut aller chercher sa fille à Fredericton parce qu'il lui faut passer par le Maine et que ce voyage n'est pas jugé essentiel à la vie par les autorités.

Jeudi, le premier ministre du Nouveau-Brunswick a été appelé à commenter cette situation en conférence de presse.

Blaine Higgs s’est dit surpris que les personnes qui effectuent des allées et venues entre l’île Campobello et la terre ferme au Nouveau-Brunswick éprouvent des difficultés à traverser la frontière canado-américaine. M. Higgs rappelle qu'une entente a été mise en place entre la province, le gouvernement fédéral et l’État du Maine.

Je suis intéressé d’en apprendre davantage à propos des exceptions, a déclaré Blaine Higgs qui entend se pencher sur le cas des soeurs Lindsay et Taylor Paul-Davidson, des résidentes de sa province.

Leur mésaventure a commencé le 22 mai. C'était après plus de deux longs mois de confinement et, dans la province, familles et amis pouvaient enfin se retrouver et former ce qui est communément appelé ici une « bulle » entre deux ménages.

Les soeurs Paul-Davidson planifient aussitôt un regroupement familial. Leurs enfants, dont certains ne vont plus à l'école, pourront ainsi passer du temps ensemble et voir aussi leur grand-père.

Lindsay et Taylor vivent respectivement à Fredericton et à Welshpool, sur l'île Campobello. Cette île est reliée à la terre ferme par un pont menant à l'État américain du Maine.

Le jour même de l'annonce par le gouvernement, Lindsay et ses trois enfants se rendent chez Taylor en voiture. Ils passent inévitablement par les États-Unis, puisqu'il n'existe aucune liaison maritime directe et permanente entre cette petite île canadienne et le reste du pays. Pour cette raison, d'ailleurs, l'inquiétude est montée d'un cran chez les insulaires depuis la fermeture de la frontière canado-américaine à la mi-mars.

Les deux jeunes familles passent quelques jours ensemble sur l'île. Au retour de Lindsay et des enfants, le 25 mai, la fille aînée de Taylor, Rosalind, 6 ans, fait partie du voyage. Ils ont traversé le Maine en une heure pour finalement regagner le sol canadien et atteindre Saint-Stephen.

Mais, au poste frontalier, l'agent aurait exigé que Lindsay et les quatre enfants, y compris sa nièce, se placent en quarantaine obligatoire, sous peine d'une amende salée ou d'un emprisonnement.

Dans une lettre qui détaille la situation et qui a été envoyée au premier ministre Blaine Higgs ainsi qu'au député fédéral de la région, Taylor Paul-Davidson écrit que sa soeur « n'a fait aucun arrêt » entre l'île Campobello et le poste frontalier. Elle est passée d'un territoire du Nouveau-Brunswick à un autre sans s’arrêter en sol américain.

[L'agent] a dit "ça m'est égal. Regardez derrière vous, ce sont les États-Unis", écrit-elle.

Depuis ce jour-là, Lindsay, ses trois enfants et Rosalind sont en isolement à Fredericton. Leur quarantaine doit prendre fin la semaine prochaine.

Une carte de l'endroit.

En rouge, le tracé de la route qui va au Nouveau-Brunswick en traversant le Maine depuis l’île Campobello. En pointillé, le tracé qu’emprunte le traversier estival.

Photo : Radio-Canada

« Je n'ai pas accès à ma fille de 6 ans »

Dans les jours qui ont suivi, les soeurs Paul-Davidson ont tenté de communiquer avec plusieurs agences gouvernementales pour clarifier les choses. Elles croyaient être exemptées de la quarantaine obligatoire étant donné la situation particulière à la frontière pour se rendre à l'île Campobello et en revenir. Lindsay n’avait eu aucun problème pour se rendre chez sa soeur, le 22 mai.

Taylor a notamment contacté l'Organisation des mesures d'urgence du Nouveau-Brunswick. Après avoir été mise en attente pendant 30 minutes, la femme m'a dit qu'elle ne pouvait malheureusement rien y faire. Une décision de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ne peut être renversée, raconte-t-elle.

Selon Justin Tinker, le président d’un comité de citoyens qui réclame un accès direct à l’île Campobello par traversier, il est impossible d’obtenir une réponse claire de l’ASFC. Il soutient que l'interprétation des directives varie beaucoup d’un agent à l’autre.

Alors pendant que la fillette de 6 ans est en isolement chez sa tante à Fredericton, Taylor affirme que les autorités lui ont dit au bout du fil qu'elle ne serait pas autorisée à regagner la terre ferme pour aller chercher Rosalind. Ils ont dit non, la seule exception des résidents de Campobello pour se rendre aux États-Unis est un voyage essentiel à la vie, peut-on lire dans sa lettre.

En l'absence d'un traversier, les résidents de l'île Campobello ne peuvent visiblement pas se déconfiner au même rythme que le reste de la province. Nous, on ne peut pas visiter nos familles, aller à la pêche, aller camper, aller à notre deuxième résidence, visiter les parcs provinciaux parce que, pour sortir de l'île, on a besoin de passer par les États-Unis, ajoute Taylor Paul-Davidson.

La mère exige des explications de la part des autorités fédérales et provinciales. S'il n'y a pas d'exemption pour les voyages à l'île Campobello, pourquoi n'avons-nous pas d'accès direct à la terre ferme du Nouveau-Brunswick?, écrit-elle en conclusion.

Les autorités montrées du doigt

L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a décliné la demande d'entrevue de Radio-Canada. Par courriel, un porte-parole indique ne pas pouvoir fournir d'explications en lien avec ce cas en particulier, pour des raisons de confidentialité.

L'Agence dit être engagée à limiter la propagation de la COVID-19 au pays tout en facilitant le commerce et les voyages essentiels.

Les résidents de l'île Campobello sont exemptés des exigences de quarantaine pour des raisons spécifiques, comme le passage par les États-Unis pour obtenir des biens et services essentiels, écrit un responsable de l'ASFC. Les voyages de loisirs à travers les États-Unis ne font pas partie des exemptions à l'obligation de quarantaine.

La frontière entre le Canada et les États-Unis est fermée depuis le 21 mars et le restera au moins jusqu'au 21 juin.

De nombreuses voix se sont élevées depuis le début de la pandémie pour réclamer la mise en place d'un service de traversier régi par la province afin d'assurer la libre circulation des quelque 900 résidents entre leur domicile sur l'île et la terre ferme canadienne.

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