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Une journaliste dans le champ

 À l’invitation du premier ministre du Québec, François Legault, notre journaliste s’est portée volontaire pour travailler dans les champs d’un producteur maraîcher. Récit de deux journées de bénévolat.

Notre journaliste, accroupie dans un champ, plante des échalotes.

J'ai planté des échalotes pendant près de quatre heures. Aucune position n'est confortable pendant une aussi longue période.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Fanny Lachance-Paquette
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Je me nomme Fanny Lachance-Paquette, j’ai 30 ans, je peux nommer tout le conseil des ministres (ou presque), vulgariser l’attribution de postes aux médecins omnipraticiens en région, discerner les impacts économiques de la hausse du salaire minimum, décortiquer le budget de la Ville de Sherbrooke et quasiment comprendre le plan de redressement de Valoris. 

Mais je ne sais même pas comment on fait pousser des patates.

Le constat a eu l’effet d’une gifle. Je réalise que je ne connais rien pendant une journée chaude du mois de mai. Même si on est que le 22 mai, on annonce cette journée-là près de 30 degrés et une journée complète de plantation aux champs m’attend. Une journée chaude, mais une révélation qui fait l'effet d’une douche froide.

Tout partait d’une bonne intention. Pour le travail, j’ai répondu à l’appel du gouvernement Legault, qui avait invité les Québécois à la mi-avril à se rendre dans les champs pour aider les agriculteurs de la province. On interpellait particulièrement ceux qui avaient perdu leur emploi dans le contexte de pandémie ou encore ceux qui avaient de la difficulté à se trouver un emploi d’été. Un peu comme pour l’appel à l’aide dans les CHSLD, je me demandais s’il était réaliste de demander à des gens qui n’avaient jamais fait ce genre de travail de venir prêter main-forte. Pour le savoir, j’ai décidé de le tester moi-même. 

Les démarches n’ont pas été ardues. On a toujours besoin de bras, m’a joyeusement lancé au téléphone la propriétaire du Potager d’Émylou au moment de m’offrir comme bénévole.

Des travailleurs, dont la journaliste au premier plan, plantent des patates dans un champ.

Savez-vous planter des patates? On les plante avec le pied.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Je me retrouve donc après quatre heures de plantation d’échalotes dans un champ de patates en compagnie de Roseline, qui m’explique comment on plante lesdites patates.

En vérité, il n’y a rien de plus simple: pour faire pousser des patates, on plante des patates. Entières. Lancées dans le rang. Puis on les plante avec le pied, comme le disait la comptine.

« Savez-vous planter des choux?
À la mode, à la mode
Savez-vous planter des choux?
À la mode de chez nous.
On les plante avec le pied…  »

— Une citation de  Comptine populaire

Apparemment, on ne plante pas les choux avec les pieds (j’ai dû le googler) mais les patates, oui!

À ma défense, Roseline, nouvelle recrue du Potager d’Émylou n’ayant jamais travaillé dans les champs, l’a elle-même appris 15 minutes auparavant.

D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle Roseline a donné son nom au Potager: pour apprendre. Pour elle, comme pour moi, tout est nouveau. Avant ce matin-là, je ne savais pas non plus comment on plantait des échalotes. 

Je vous confirme que je ne suis pas tombée en amour avec le pré. Après seulement deux heures à faire des tâches répétitives pour semer, dans des positions inconfortables, à la chaleur, je me maudis d’avoir proposé ce sujet. J’observe du coin de l’oeil mes collègues travailleurs agricoles à droite et à gauche pour voir quelles postures ils adoptent, voir si leur technique différe de la mienne afin d’améliorer mon sort. J’envie aussi cette jeune travailleuse qui écoute de la musique en chantonnant et je m’en veux de ne pas avoir apporté mes écouteurs, pour améliorer mon expérience. 

Je travaille donc dans le silence, avec seulement le chant des oiseaux et le bruit de la rivière qui longe les champs en trame de fond. Un silence tantôt lourd tantôt apaisant pour une journaliste habituée au brouhaha de la salle des nouvelles. 

Le travail agricole en est un d’endurance, autant physique que mentale. Deux jours plus tôt, Émylou m'accueillait à la ferme, pour donner un coup de pouce à la préparation des paniers.

Je comprends rapidement que préparer des paniers de légumes n’a rien à voir avec faire son marché. Il faut soulever, peser, inspecter les centaines de légumes qui se retrouveront sur la table des clients.  

On me demande de peser des bananes. Personnellement, je n’ai jamais pesé mes fruits et légumes à l’épicerie, mais je me dis qu’il s’agit d’une tâche facile. Une autre erreur de débutante. Je dois donc peser des mains de bananes (allo Wikipedia!) de 2,5 lb. Saviez-vous qu’une banane pèse environ 0, 40 lb? Si votre grappe de bananes pèse 2,3 lb, vous venez d’entrer dans un chaos ridicule de pesée de bananes, à la recherche de la combinaison de bananes qui vous donnera le poids parfait. J’en ai pesée des centaines, en riant sous les encouragements de ma nouvelle superviseure pleine d'empathie, Lucie. 

À l'intérieur d'une grange, la journaliste pèse des bananes sur une balance électronique.

Peser des bananes pour obtenir la combinaison parfaite est une tâche plus difficile qu'il n'y paraît.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Je le répète, le travail agricole en est un d’endurance, autant physique que mentale. J’ai beau faire du sport cinq fois par semaine, je ne me suis jamais entraînée à peser des centaines de bananes. Par contre, on devient rapidement bon à ces tâches, ce qui est somme toute encourageant et gratifiant. Au premier plant d’échalote on est gauche, après plusieurs centaines on se sent plutôt expert.

Au terme de deux jours de travail, je constate que, non, le travail en milieu agricole n’est pas facile, non il ne me semble pas convenir à tous, mais finalement l’arrivée de nouveaux Québécois dans les champs ne servira peut-être pas qu’aux producteurs agricoles. Certains y apprendront des connaissances essentielles, la base.  J'e m'aperçois que j’aurais aimé qu’on m’apprenne les rudiments de l’agriculture à l’école, qu’on me montre comment me salir les mains pour planter mes propres légumes, qu’on m’explique le cycle de vie d’une échalote pour que j’apprécie davantage tout le travail fourni par les producteurs québécois. 

Je me nomme Fanny Lachance-Paquette, j’ai 30 ans, je suis journaliste et clairement pas agricultrice. Même si j’ai aimé mon expérience, j'étais contente qu’elle ne dure que deux jours. Mais elle m’a au moins permis de réaliser mes (grandes) lacunes en connaissances agricoles et de reconnaître davantage le travail de ces travailleurs plus qu’essentiels. 

Pour voir notre journaliste en action: [Expérience] Qui peut devenir travailleur agricole?

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