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Envoyé spécial

La COVID-19 donne un répit aux automobilistes polluants de Barcelone

La pandémie retarde les amendes pour la circulation des véhicules jugés très nuisibles à la qualité de l’air.

Mònica Xufré devant la marina de Barcelone.

À la marina de Barcelone, Mònica Xufré dénonce vivement les politiques de la mairie, beaucoup trop anti-automobiles à son avis.

Photo : Benoît Chapdelaine

Quelques jours avant le déclenchement de l'état d'urgence en Espagne, Benoît Chapdelaine était à Barcelone. Voici son deuxième texte sur les projets urbains catalans.

La pandémie force la Ville de Barcelone à reporter l'imposition d'amendes aux automobilistes et motocyclistes qui ne respectent pas, caméras à l'appui, la zone de circulation à basses émissions de gaz à effet de serre (Nouvelle fenêtre).

Cette zone en vigueur depuis le 1er janvier interdit la circulation des véhicules considérés comme les plus polluants, généralement des modèles fabriqués avant 2006. Les amendes devaient entrer en vigueur le 1er avril, mais la pandémie a eu raison du projet controversé de la Ville, du moins jusqu’à la fin de l’état d’urgence.

Ce système n’a pas de sens, ce n’est pas bon, ce n’est pas écologique et ça ne réduit pas la circulation, s’insurge Mònica Xufré, l’une des fondatrices de PARC (Plataforma de Afectados Restricciones Circulatorias (Nouvelle fenêtre)), une association formée en 2017 pour s'opposer à cette zone alors en gestation. Elle explique que l’implantation d’une zone pénalise les personnes qui ont les plus vieilles voitures, donc souvent les gens les plus pauvres habitant en banlieue, là où les autobus circulent moins qu’au centre de Barcelone.

De plus, de gros véhicules plus récents polluent plus que les vieilles voitures et sont autorisés à circuler, souligne la fière propriétaire d’une Volvo 1994.

Trois immenses bateaux de croisières privés à un quai.

Des gens reprochent à la Ville d'axer ses mesures antipollution sur les autos, alors que les bateaux pollueraient beaucoup plus.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

On a besoin d’une transition, de donner la chance aux gens de ne pas prendre deux ou trois autobus, un train et un métro pour se rendre en ville dans un délai raisonnable. Et elle ne pardonne pas à la mairesse Ada Colau de ne rien faire contre les bateaux, surtout les paquebots, qui polluent bien plus que les autos : Toute la pollution du port arrive dans la ville. Il n’y a aucune restriction. Ou encore :

Ils ne veulent plus aucune auto dans la ville, seulement des piétons et des vélos.

Mònica Xufré

Mònica Xufré est visiblement désillusionnée par l’équipe de la mairesse, l’une des chefs de file de la transition écologique en Europe depuis son élection en 2015. Le parti Projet Montréal s’est d’ailleurs souvent inspiré de Barcelone pour son aménagement urbain et la place accordée au vélo. Encore récemment, l’arrondissement de Rosemont citait les superblocs de Barcelone pour offrir plus d’espace public dans les rues à la population locale.

Des cyclistes dans une rue de Barcelone.

Faciliter la circulation à vélo est l'une des priorités de la mairie de Barcelone pour améliorer la qualité de l'air.

Photo : Benoit Chapdelaine

Quand ils ont été élus, j’étais contente, raconte la courtière en bateaux de plaisance devant la marina de la capitale catalane. Barcelone avait besoin d’un bon changement, des gens de gauche avec une conscience sociale. Je croyais qu’ils allaient s’occuper des plus démunis, faire de grandes choses, mais ce n’est pas vrai. Je suis vraiment triste, beaucoup de gens sont très tristes. Ils comptaient sur cette nouvelle équipe de jeunes activistes, mais le temps ne nous donne pas raison d’être heureux avec eux.

La situation va s’aggraver, selon elle, quand la Ville instaurera les amendes pour la zone de basses émissions, car de nombreux petits salariés et travailleurs autonomes ont été privés de revenus durant la pandémie. Un propriétaire de vieille voiture polluante ne peut tout simplement pas se permettre de s’en acheter une neuve, insiste-t-elle.

Alba Gordó Vilaseca devant une piste cyclable et une voie réservée aux autobus.

Alba Gordó Vilaseca est la commissaire à l'urgence climatique à Sant Cugat del Vallès, en banlieue de Barcelone. Ici, le transport actif et collectif est vivement encouragé...

Photo : Benoit Chapdelaine

Implanter une zone de basses émissions n’est pas une décision facile à prendre, reconnaît volontiers Alba Gordó Vilaseca, l’élue responsable des dossiers urgence climatique à Sant Cugat del Vallès, une jolie ville de 90 000 habitants à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Barcelone. La ville dotée de plusieurs rues piétonnes veut imiter Barcelone en devenant la 2e de Catalogne à avoir une zone de basses émissions. L’approbation du plan prévue en avril a cependant été retardée à cause de la pandémie.

On doit être attentif à ne pas abandonner les gens les plus démunis, mais en même temps on a tous le droit de respirer de l’air frais et non de l’air pollué.

Alba Gordó Vilaseca

Sant Cugat prévoit une exception pour les propriétaires de véhicules à très faible revenu qui en ont besoin pour travailler. La zone serait aussi en vigueur seulement les jours de semaine, ce qui n’empêche personne de prendre son véhicule pour aller magasiner le samedi.

Ce n’est pas parfait, mais il faut commencer quelque part. C’est un pas nécessaire dans la lutte contre les changements climatiques, précise la conseillère municipale en citant des exemples de villes qui limitent la circulation automobile comme en Allemagne. Les voitures sont beaucoup plus neuves ici que dans le reste du pays,  alors c’est plus facile à implanter ici que dans d’autres villes, précise-t-elle.

La population locale, l’une des plus fortunées de Catalogne, ne s’oppose pas à un meilleur contrôle de la pollution, assure Alba Gordó Vilaseca. L’ancien parti au pouvoir avait déjà promis son implantation, mais ne l’avait pas réalisé. La majorité des caméras sont cependant déjà installées.

À Sant Cugat, l’urgence climatique ne se limite pas à réduire la circulation des véhicules polluants. La transition écologique passe aussi par des incitatifs pour convertir de plus en plus de maisons à l’énergie solaire. Objectif : réduire la consommation de combustibles fossiles et la dépendance à l’énergie nucléaire très importante en Catalogne.

Souvent, les gouvernements font des choses sans expliquer pourquoi. C’est important d’expliquer pour que d’autres puissent s’en inspirer et reprendre l’idée, résume Alba Gordó Vilaseca.

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