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Envoyé spécial

Les vélos électriques se répandent, à Barcelone comme à Montréal

Aller au travail en pédalant est fréquent, y aller simplement en tournant le guidon est appelé à le devenir.

Des vélos Bicing aux couleurs des mosaïques de l'architecte catalan Gaudi.

Barcelone compte plus de 400 stations de vélos en libre-service Bicing. Une cinquantaine de stations ont été ajoutées au printemps.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Quelques jours avant le déclenchement de l'état d'urgence en Espagne, Benoît Chapdelaine était à Barcelone. Voici son premier texte de deux sur les projets urbains catalans.

Sans effort pour qui les utilise, agiles dans les bouchons de circulation, avec de plus en plus d’espace dans la rue pour les accueillir, les vélos électriques BIXI arrivent en masse à Montréal : un millier cet été et un millier d’autres répartis entre 2021 et 2022.

De plus, en ce temps de pandémie, les cyclistes peuvent respecter la distanciation physique d'au moins deux mètres, une distance très difficile à maintenir en métro ou en autobus.

Pandémie ou pas, Montréal vivra ce passage au mode électrique des vélos en libre-service publics un an après Barcelone. Et si l’on en croit l’expérience catalane, il ne faut pas penser que des milliers d’automobilistes vont subitement délaisser leur véhicule et enfourcher un vélo électrique pour se rendre facilement et rapidement à destination.

Le saut est assez difficile, il faut être honnête, souligne Redha Zetchi, le directeur général de Bicing, le BIXI catalan. Ce ne sont pas des conducteurs qui ont abandonné leur voiture pour prendre le vélo. Il y en a certains, mais la grande majorité des utilisateurs de vélos électriques ou de vélos mécaniques sont des utilisateurs de transport public. En fait, ils le combinent avec le bus, le métro et le vélo .

Redha Zetchi, devant une station de vélos en libre-service à Barcelone.

Le directeur général de Bicing, Redha Zetchi, en mars dernier, quelques jours avant l'interruption du service durant un mois à cause de la pandémie de coronavirus. La clientèle est maintenant priée d'utiliser un masque et des gants pour circuler.

Photo : Benoît Chapdelaine

Chez BIXI Montréal, on s'attend aussi à ce qu'une part importante de la clientèle soit des gens qui auraient probablement pris le métro ou l'autobus, reconnaît le directeur de la recherche et de la planification, Nicolas Blain. Mais j'ose espérer qu'on va être capables d'aller chercher une clientèle qui prendrait son automobile et la convertir au transport actif avec l'arrivée des vélos électriques.

Des vélos Bicing alignés dans une rue de Barcelone.

Une station de vélos en libre-service Bicing à Barcelone.

Photo : Benoit Chapdelaine

Bicing ne constate pas de différence notable entre les utilisateurs de son millier de vélos électriques – 2000 d’ici la fin de l'année 2020 – et ceux de ses 5000 vélos traditionnels. Mais les clients “électriques” sont des clients très fidèles à ce service, précise Redha Zetchi.

Monter les côtes sans effort

Le vélo électrique accommode beaucoup de gens qui habitent dans les parties comme le parc Güell ou dans les hauteurs de la ville, constate Pascal Landry, un jeune Québécois établi à Barcelone depuis 10 ans. Lui-même utilise régulièrement Bicing pour circuler entre son domicile près du célèbre parc de Gaudi et la start-up où il travaille dans le quartier El Born, près de la mer.

Pascal Landry devant une station de vélos Bicing.

Le vélo électrique est très utile : « Surtout l’été, ici on transpire beaucoup, c’est chaud, c’est humide, ça permet de mieux respirer », affirme Pascal Landry.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

C’est très pratique, il y a beaucoup de stations, c’est très facile d’aller du point A au point B, ajoute-t-il. Et c’est moins cher que le métro ou l’autobus et ça va même plus vite. Cela évite aussi d’arriver trempé à destination durant les étés chauds et humides de Catalogne. Et il n’y a pas de risque de perdre son vélo personnel : comme à Montréal, il y a beaucoup de vols de vélos à Barcelone, j’ai des amis qui s’en font voler chaque année.

Les vélos électriques sont une bonne chose si les gens font attention, parce que ça va plus vite, observe Maya Lafont, une Française arrivée il y a deux ans à Barcelone. En ville, avec les piétons, ce n'est pas forcément très prudent parfois.

Elle n'utilise pas de vélo électrique, mais reconnaît son utilité : Du coup, les gens peuvent les utiliser pour de plus longues distances. Avant, des gens se disaient que ça prenait trop de temps, c'était trop dur, ça montait trop parce qu'ici ça monte parfois!

Maya Lafont dans un parc de Barcelone.

Maya Lafont juge les vélos électriques utiles pour aller plus loin et plus vite, mais pas en frôlant les piétons.

Photo : Benoît Chapdelaine

Les Bicing électriques circulent surtout de 7 h 30 à 9 h et de 18 h 30 à 21 h les jours de semaine, ce qui correspond aux heures de pointe locales. Et le vélo électrique permet de gagner en moyenne 10 minutes par trajet, selon les données de Bicing.

Un vélo électrique est utilisé chaque jour par neuf cyclistes alors qu'un vélo mécanique compte six cyclistes quotidiennement. Et le vélo électrique roule beaucoup plus : 750 km par mois en moyenne plutôt que 320 km. L’âge moyen des abonnés à Bicing est de 39 ans. Il est de 35 ans pour BIXI.

Une femme en trottinette dans une rue de Barcelone.

Barcelone compte de nombreux cyclistes, mais aussi de nombreux amateurs de trottinettes, comme ici devant la Casa Milà aussi appelée La Pedrera de Gaudi.

Photo : Benoit Chapdelaine

Contrairement à BIXI, les vélos Bicing sont cependant réservés aux Barcelonais pour éviter que les touristes les accaparent.

Les vélos sans ancrage comme Jump sont interdits actuellement à Barcelone, mais de nombreuses personnes circulent en trottinette électrique.

Il faut faire plus attention maintenant que dans le temps, observe Marga Vuiles, une chauffeuse de taxi d’origine française établie depuis 30 ans à Barcelone.

Elle a connu la circulation chaotique des Jeux de 1992, mais, à l’époque, il n’y avait pas le ballet de vélos électriques, pas électriques, les trottinettes, même les vélos avec une roue qui montent partout…

Marga Viudes devant son taxi.

Marga Viudes est chauffeuse de taxi à Barcelone depuis le début des années 90. Elle a connu les travaux de construction des Olympiques en 1992: « C'était vraiment le chaos. Si on s'en est sortis, on se sortira de tout. »

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Avec la multiplication des pistes cyclables à travers la ville, les taxis doivent redoubler de vigilance quand ils déposent des gens : Le client ne se rend pas compte, il ouvre la porte, c’est dangereux. Magda Vuiles se réjouit que la Ville aménage des voies au centre des grands boulevards, réduisant ainsi de tels risques.

Les quelque 200 km de pistes cyclables sont très visibles dans la capitale catalane, mais pour Zoé Hüttenhain, une étudiante allemande habituée à pédaler même sous la pluie pour se rendre à l’Université de Munich, le vélo à Barcelone, c’est non.

Il y a énormément de voitures et les routes ne sont pas nécessairement faites pour le vélo. Avec la pollution, le trafic, ce n’est pas très attractif de prendre le vélo, dit celle qui préfère se déplacer à pied ou en transport collectif durant ses études à Barcelone.

Une promenade à la Plaça Francesc Macià, l'un des principaux carrefours de la ville, tend à lui donner raison. Ici, piétons, vélos, motos, trottinettes, taxis, autos, camions et même autobus touristiques se croisent – et se frôlent – dans un incroyable ballet.

Ne regardez pas en arrière, ce n’est pas là que vous allez.

Mary Engelbreit

Voilà une citation de l’artiste américaine qu'aime rappeler Luc Sabbatini, le président de PBSC Solutions urbaines. L'entreprise de Longueuil qui a vendu plus de 80 000 vélos en libre-service à Barcelone, New York, Buenos Aires, Montréal – les BIXI c’est eux – et dans une trentaine d’autres villes.

Luc Sabbatini est un chef d’entreprise hors du commun qui distribue à Noël de petits recueils assemblés maison avec citations, dessins et photos pour encourager ses employés. Engelbreit, Einstein, Steve Jobs et Michael Jordan ont leur page dans la version 2020, ironiquement appelée Enjoy the ride.

Luc Sabbatini dans une salle de démonstration.

La pandémie est une occasion d'affaires pour le PDG de PBSC Solutions urbaines, Luc Sabbatini. La devise de l'entreprise établie à Longueuil : changer le monde, une ville à la fois.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Dans un texte de blogue (Nouvelle fenêtre) publié à la mi-mai, Luc Sabbatini prévoit que la pandémie de coronavirus va propulser encore plus l’industrie des vélos électriques. Il rappelle qu’en janvier dernier, des chercheurs de Fortune Business Insight  (Nouvelle fenêtre)prévoyaient que le marché atteindrait 46 milliards de dollars américains à la fin de 2026, six fois plus qu’en 2018.

Or, la pandémie a provoqué une très forte demande de vélos, au point où certaines boutiques à Montréal comme ailleurs dans le monde ont vu défiler plein d'acheteurs généralement peu portés sur le cyclisme.

BIXI Montréal compte d'ailleurs sur ses vélos électriques pour attirer de nouvelles clientèles, entre autres les 55 ans et plus, car c'est plus simple, moins demandant physiquement, précise le directeur de la recherche et de la planification, Nicolas Blain. Est aussi visée la clientèle dans la trentaine qui travaille et qui souvent n'utilise pas le vélo parce qu'elle ne veut pas arriver en sueur au bureau.

Un récent rapport de la firme américaine de consultants McInskey  (Nouvelle fenêtre)indique que les propriétaires d’un véhicule vont l’utiliser davantage pour maintenir la distanciation sociale, alors que les personnes qui utilisaient le transport public seront portées à marcher et à pédaler davantage.

Moins de gens dans le bus et le métro donc, mais plus de gens à vélo. Et des vélos électriques, en libre-service ou non, pour accompagner les plus réfractaires aux côtes, à Montréal comme à Barcelone.

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