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Terre-Neuve-et-Labrador affiche un déficit de 1,1 G$ pour l'an dernier

Tom Osborne est assis devant les drapeaux du Canada et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Tom Osborne, ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador, a donné une mise à jour économique vendredi à Saint-Jean. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Marie-Isabelle Rochon

Le ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador prévient que les redevances pétrolières et les recettes fiscales sont en chute libre, et qu’une bouée de sauvetage du gouvernement fédéral devient de plus en plus cruciale pour la province fortement endettée.

Lors d’une mise à jour économique présentée jeudi à Saint-Jean, le ministre Tom Osborne a dévoilé que la province a affiché un déficit de 1,1 milliard de dollars en 2019-2020, si on exclut les revenus de l’Accord atlantique.

Alors que les dépenses de la province sont demeurées stables l’an dernier, les revenus de la province ont chuté de 690 millions de dollars par rapport aux prévisions initiales.

La province a récolté 181 millions de dollars de moins que prévu en redevances pétrolières et 203 millions de dollars de moins en impôts, notamment à cause du blizzard historique de janvier dernier et de la chute du prix du pétrole. Un ajustement comptable lié à l’Accord atlantique représente une réduction de 108 millions de dollars en revenus.

Théoriquement, la province affiche un surplus de 1,3 milliard de dollars, en vertu l'Accord atlantique sur les redevances pétrolières, une entente signée avec le fédéral en avril 2019. Mais les livres de la province ont ajouté d'un seul coup les 2,4 milliards de dollars au budget fédéral qui seront versés à Terre-Neuve-et-Labrador sur une période de plus de 30 ans.

Diminution massive des redevances pétrolières

Tom Osborne n’a pas présenté de prévisions officielles pour l’année financière en cours, qui a commencé en mars dernier alors que la province signalait ses premiers cas de COVID-19. Mais il a prévenu que les redevances pétrolières pourraient diminuer de 50 % comparativement à l’année 2019-2020, quand elles ont totalisé environ 1 milliard de dollars et représentaient environ 15 % du budget provincial.

Nous serons chanceux si nous voyons la moitié de ce montant cette année, a-t-il souligné. Nous anticipons des impacts importants auprès des revenus à cause du taux de chômage élevé et du fort ralentissement de l’activité économique.

Tom Osborne souligne que depuis mars dernier, la province a déjà emprunté 2 milliards de dollars pour gérer la pandémie. Environ 60 % de cet argent a déjà été dépensé. La dette de la province de 525 000 habitants s’élève déjà à 14,2 milliards de dollars et représente la dette par personne la plus élevée au pays.

Comme l’Alberta et la Saskatchewan, les deux autres provinces qui dépendent le plus des revenus du secteur pétrolier et gazier, Terre-Neuve-et-Labrador a particulièrement souffert depuis le début de la pandémie. Le gouvernement projetait qu’un baril de pétrole brent allait coûter autour de 65 $ US en 2019-2020. En mars dernier, le prix s'élevait à environ 20 $ US le baril.

La province prévoit actuellement un prix moyen du pétrole de 40 $ pour l’année financière en cours.

En attente d'une aide fédérale

Selon Tom Osborne, l'aide fédérale demandée depuis des semaines pour épauler la province est essentielle afin d'assurer la prestation des services essentiels.

Certaines provinces verront une reprise économique plus facile et d’autres auront une reprise très difficile, particulièrement les provinces qui produisent le pétrole, soutient le ministre Osborne. On ne peut pas couper ou augmenter les impôts pour s’en sortir [...] On demande d’être traité équitablement.

M. Osborne indique que l’aide fédérale recherchée pourrait prendre plusieurs formes. Une réforme à la péréquation et des changements au programme de stabilisation fiscale ont été évoqués en conférence de presse jeudi.

Il ajoute que Terre-Neuve-et-Labrador est en pourparlers avec Ottawa, sans préciser les demandes spécifiques de la province.

La province mise sous tutelle?

Pour une province de la taille de Terre-Neuve-et-Labrador, le déficit est énorme, selon l’économiste et consultant en politiques publiques Richard Saillant.

[Le surplus dû à l’Accord atlantique] c’est de la poudre aux yeux, c’est un surplus ponctuel, il risque d’y avoir un déficit encore plus élevé l’an prochain, c’est une formule politique pour tenter de bien faire paraître une situation qui est malheureusement lamentable sur le point des finances publiques, ajoute-t-il.

Selon l’économiste, une aide d'Ottawa n'arrivera pas de si tôt.

La province s’est elle-même mise dans ce pétrin-là, quand les revenus du pétrole se sont mis à augmenter, Terre-Neuve-et-Labrador a pris des habitudes de vie non durable. C’est la province qui dépense le plus par habitant. Si Ottawa intervient sans se montrer sévère, d'autres provinces pourraient faire de même. Terre-Neuve doit d'abord faire le ménage avant d'avoir l’aide d’Ottawa, croit-il.

Éventuellement, le gouvernement fédéral devra venir en aide à la province, en même temps qu’un programme de rationalisation des dépenses publiques.

Richard Saillant, économiste

Richard Saillant rappelle que la province a déjà été en faillite technique dans les années 30 alors qu’elle était une colonie britannique. Terre-Neuve avait dû faire face à un gouvernement de commission et la démocratie a été temporairement suspendue.

Je n’envisage pas cela pour Terre-Neuve-et-Labrador maintenant, mais le fait que le gouvernement fédéral devrait demander une forme de plan de rationalisation des dépenses publiques, c’est une forme de mise sous tutelle, c’est une forme d’intervention dans les activités d’un gouvernement qui, dans ses propres champs de compétences, est théoriquement souverain, ajoute-t-il.

L’opposition réagit

Le député Tony Wakeham, porte-parole progressiste-conservateur en matière de finances, se dit surpris de l’importance du déficit annoncé jeudi.

Depuis cinq ans, les gens disent au gouvernement que la province a des problèmes sur le plan des dépenses. Maintenant, la situation s’empire parce que nous avons des problèmes sur le plan des revenus, observe-t-il.

Il ajoute qu’en raison de la dépendance de la province des redevances pétrolières, le gouvernement fédéral doit venir en aide aux compagnies exploitant les gisements au large de Terre-Neuve.

De son côté, la cheffe du NPD, Alison Coffin soutient que la province doit rediriger ses investissements de l’industrie pétrolière vers des secteurs ayant un taux de croissance plus modeste, mais avec des niveaux d’emplois plus élevés.

L’industrie pétrolière est volatile, elle peut être lucrative, mais elle peut s’effondrer comme nous le voyons présentement, ajoute-t-elle.

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