•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’île de la Réunion suspend son programme d'étude avec les cégeps québécois

Saint-Denis est la capital de La Réunion, un département outre-mer de France.

Photo : Frédérique Damour

L'automne prochain, 162 résidents de l'île de la Réunion ne pourront pas venir étudier dans les cégeps régionaux du Québec. Depuis de nombreuses années, ces jeunes s'inscrivent à des programmes qui conduisent à des emplois très demandés, dans le but d’immigrer au pays par la suite.

En raison de la pandémie de COVID-19, les frontières sont fermées. Il est donc impossible pour les candidats de se rendre sur l’île Maurice, située à quelques kilomètres de là, pour collecter leurs données biométriques.

Ces données sont essentielles pour entrer au Canada.

En quoi consistent les données biométriques?

Sur le site d’Immigration Canada, il est précisé qu'il s’agit de la prise d’empreintes et d’une photo, essentielles pour confirmer une identité. Elles compliquent la tâche des fraudeurs qui voudraient s'approprier une identité.

C'est pour cette raison que le département français d'outre-mer a décidé de suspendre le programme cette année.

Dans la lettre dont Radio-Canada a obtenu copie, il est précisé que cette suspension ne concerne pas les étudiants qui font partie des cohortes précédentes et qui sont déjà installés sur le territoire québécois.

Frédérique Damour sourit, assise à une table.

La mère de deux enfants Frédérique Damour demeure toujours à Saint-Denis, capitale de la Réunion, une île située dans l’océan Indien près de la côte africaine.

Photo : Frédérique Damour

Il a fallu quitter nos emplois pour certains, pour pouvoir continuer nos démarches d’immigration, sinon ce n’était pas possible, souligne la Réunionnaise Frédérique Damour, qui devait étudier en technique d’éducation spécialisée au Cégep de Beauce-Appalaches.

Pour elle, la suspension du programme est l'évanouissement d'un rêve.

Elle considère que l'avenir est incertain dans une région où le taux de chômage des jeunes dépasse 40 %. On a commencé à quitter nos logements ici, à réserver des logements sur place au Québec.

On a engagé des frais liés à tout ça. Déscolariser nos enfants pour ceux qui viennent avec leurs enfants, pour ceux qui ont leur famille qui les accompagne. Voilà. Tout ça, ce sont des projets qui tombent à l’eau. On n’y croit pas. C’est très triste.

Frédérique Damour, Réunionnaise qui devait participer au programme d'étude

Le programme qui permet d’accueillir les étudiants de l’île de la Réunion concerne 18 cégeps, campus et établissements régionaux dans la province, dont tous les cégeps de l’Est-du-Québec.

Bâtiment extérieur du Cégep de Rimouski, vu depuis un petit boisé.

Le Cégep de Rimouski et l'Institut maritime attendaient cinq étudiants du programme de la Réunion cet automne.

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Établissements qui participent au programme

  • Cégep de Baie-Comeau
  • Cégep de Sept-Îles
  • Cégep de la Gaspésie et des Îles
  • École des pêches et de l’aquaculture du Québec, à Grande-Rivière
  • Cégep de Matane
  • Cégep de Rimouski
  • Institut maritime du Québec, à Rimouski
  • Cégep de Jonquière
  • Cégep de La Pocatière
  • Cégep de Rivière-du-Loup
  • Cégep de Saint-Félicien
  • Cégep de Shawinigan
  • Cégep de Thetford
  • Cégep de Trois-Rivières
  • Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue
  • Collège d’Alma
  • Cégep Beauce-Appalaches
  • Cégep de Chicoutimi
Entrée extérieure du cégep de Matane.

Le Cégep de Matane attendait 11 participants au programme l'automne prochain.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, aurait aimé qu'Ottawa soit compréhensif avec ces futurs étudiants qui aident les communautés régionales du pays. La collecte des données biométriques est un dossier débattu depuis quelques années avec Immigration Canada, rappelle-t-il.

D'après lui, Ottawa aurait pu faire preuve de flexibilité dans le contexte de la pandémie et aider ces Réunionnais.

Prendre une personne du gouvernement canadien qui puisse se rendre à l’île de la Réunion pour faire passer des tests à ces étudiants-là qui sont quand même en nombre important, on parle de 162, aurait été pour nous une solution toute simple et gagnante.

Ce qui est frustrant dans tout ça, c’est qu’il y aurait eu des actions à poser pour éviter ça.

Bernard Tremblay , président-directeur général, Fédération des cégeps
Enseigne du Cégep en hiver

Le Cégep du Rivière-du-Loup attendait une dizaine d'étudiants réunionnais pour la rentrée 2020.

Photo : Radio-Canada / Jean Marc Robichaud

Demande d’aide aux élus canadiens

Les Réunionnais ont transmis une lettre aux députés canadiens pour demander de l’aide.

La députée bloquiste d'Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, Kristina Michaud, estime que le gouvernement fédéral pourrait aider les étudiants dans leurs démarches comme il l'a fait pour d'autres travailleurs étrangers.

Je pense aux travailleurs saisonniers. On avait besoin d'eux pour les champs cet été. Plusieurs personnes ne pouvaient pas aller travailler. Avec la fermeture des frontières, à certains moments, le gouvernement est allé un peu plus rapidement, un peu plus rondement pour leur [travailleurs saisonniers] permettre d'arriver rapidement.

Frédérique Damour croit par exemple que les tests biométriques auraient pu être réalisés au Canada. Ça serait l’idéal pour faire la collecte de données pour ensuite rejoindre notre quatorzaine et attendre tranquillement que tous les papiers d’immigration soient définitivement résolus.

Immigration Canada n'ont pas encore répondu aux questions de Radio-Canada.

Une femme discute avec Yan Gonthier, assis devant deux écrans d'ordinateur.

Le Réunionnais Yan Gonthier (au centre) a participé au programme d'étude il y a 14 ans au Cégep de Matane. Il est aujourd'hui résident permanent et travaille au Centre de développement et de recherche en imagerie numérique de la localité. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

La COVID-19 et le défi d’accueillir les étudiants étrangers

Ce problème met en lumière les défis que doivent surmonter les établissements pour accueillir des étudiants étrangers en période de pandémie.

À Matane, le directeur général, Pierre Bédard, rappelle que 45 % de la clientèle étudiante provient de l’extérieur du pays.

En septembre, le cégep attendait normalement 185 étudiants internationaux, dont 11 Réunionnais.

Sur les 185, on a une certitude qu’il y en a 50 qui ne pourront pas venir, dont ceux de la Réunion. Alors, il reste 130 étudiants qui cheminent dans leur admission jusqu’à l’automne. Mais là, reste à savoir si les frontières vont être ouvertes, sans savoir s’ils vont avoir leur permis d’étude à temps, etc., précise Pierre Bédard.

Les cégeps de la province accueillent 4500 étudiants étrangers chaque année.

Le PDG de la Fédération des cégeps souligne que le programme d’aide aux études de la Réunion en collaboration avec le Québec est unique. Il espère que le département reconduira le programme.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Immigration