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Envoyée spéciale

À Chicago, on manifeste aussi en auto

Après les violences des derniers jours, les jeunes de Chicago manifestent à pleins gaz, mais au volant de leurs voitures.

Des voitures font la file et klaxonnent.

Des voitures font la file et klaxonnent à Chicago, près du quartier général de la police.

Photo : Radio-Canada / Émilie Dubreuil

C’est un son plutôt agressant. Or, Rita, 22 ans, tout sourire, semble le provoquer avec exaltation. Elle pèse sur le klaxon du volant de sa vieille Chevrolet aussi fort que possible, sans s’arrêter, c’est sa façon, dirait-on chez nous, d’exprimer un gros char de rage contre le racisme, la discrimination, la société américaine.

Dans sa vieille bagnole, ses copines s’égosillent. Elles crient : Abolish the police (abolissons la police).

Nous sommes devant le quartier général de la police de Chicago, au coin de la 35e Rue et de l’avenue Michigan. Des centaines de voitures sont agglutinées, dans des bouchons volontairement créés où tout un chacun joue du klaxon, un concert étrange qui dure depuis la fin de l’après-midi au centre de la ville et ce n’est pas par hasard si les voitures brûlent de l'essence ici.

Chicago a eu son lot de bévues policières choquantes qui ont marqué la ville. Comme dans le cas de George Floyd, une vidéo va enflammer Chicago en 2015. Elle montre le meurtre de Laquan McDonald, 17 ans à l’époque. Le policier qui l’a tué a tiré 16 fois, alors que l’adolescent n’était pas menaçant. Le policier a été condamné pour meurtre au second degré. Et tout le monde s’était promis de changer les choses au terme de manifestations monstres. Or, en 2017, un rapport d’enquête du département de la Justice révélait que les policiers utilisaient la force 10 fois plus avec les Noirs qu’avec les Blancs.

Dans le tintamarre des klaxons, l’expression « rage au volant » prend une dimension politique. Dans un pays où on peut aller chercher ses médicaments autant qu’un cheeseburger tout en restant dans sa voiture, pourquoi ne pas y réclamer aussi haut et fort plus de justice?

Dans les habitacles, on remarque que ce sont surtout des femmes.

Je demande à Rita : pourquoi? C’est devenu assez dangereux de manifester dans les rues ces derniers jours. Beaucoup ont peur d’être blessés ou arrêtés. Comme ça, c’est plus sécuritaire à tous les niveaux. On se protège de la violence et du virus, me lance la jeune femme tout en continuant à faire jouer de son instrument tonitruant.

Une immense pauvreté

Chicago, c’est 10 millions d’habitants, en incluant les banlieues. C’est la troisième ville des États-Unis après New York et Los Angeles. Trente pour cent de la population est noire, mais les Noirs représentent 70 % des décès dus à la COVID-19. Ces décès ont surtout été recensés dans certains quartiers noirs où sévit une immense pauvreté qui rime avec obésité et diabète, deux complices délétères du virus.

Un homme qui porte un chandail et des pantalons rouges encourage les gens à manifester.

Damo Genkins, 37 ans, organisateur syndical, se tient sur le trottoir et encourage les manifestants au volant.

Photo : Radio-Canada / Émilie Dubreuil

Chicago, c’est aussi la ville de Noirs qui ont réussi, celle d’Oprah Winfrey, la personnalité la plus riche de Chicago, dont on estime la fortune à près de trois milliards de dollars.

Et, surtout, celle de Barack Obama qui était sénateur de l’État de l’Illinois avant d’être président.

Damo Genkins, organisateur syndical, se tient sur le trottoir et encourage les manifestants au volant. J’étais jeune quand Obama a été élu. J’étais plein d’espoir. Et puis, nous avons eu notre premier président noir et qu’est-ce que ça a changé? Qu’est-ce qu’on fait maintenant? On va voter contre Trump. Tout sauf Trump, mais Joe Biden disons que c’est pas Obama, dit-il en soupirant, alors que des voitures les gens répètent Floyd, say his name ( Floyd, dites son nom).

George Floyd ne le saura jamais, mais son nom rallie les jeunes américains démocrates comme peu de candidats.

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