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« On veut juste être libre » : comment être un allié contre le racisme

À l’heure où les yeux sont rivés sur les États-Unis après la mort de George Floyd, des voix s'élèvent au Canada pour dénoncer le racisme au pays de l’unifolié.

Des manifestants, la plupart masqués, lèvent le poing.

Des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le Musée des beaux-arts à Vancouver le 31 mai pour dénoncer la brutalité policière et le racisme.

Photo : Radio-Canada / Daniel Beauparlant

Un peu partout sur les réseaux sociaux et dans les rues, des personnes non noires s’affichent comme alliés. Or, que signifie être un allié contre le racisme? Une Britanno-Colombienne et une Yukonnaise noires se prononcent.

D’emblée, Paige Galette, autrice d’un texte dans l’ouvrage Until We Are Free: Reflections on Black Lives Matter Canada, et habitante du Yukon, préfère parler d’alliance plutôt que d’alliés.

Une alliance, c’est une relation continuelle, précise-t-elle en ajoutant qu'il ne faut pas croire qu'un geste comme publier un message sur les réseaux sociaux fait de nous un allié et que l’on conserve cette position.

Plutôt qu’un badge d’honneur, il faut poser continuellement des actions. C’est un travail épuisant, qui demande beaucoup de patience, d’ouverture d’esprit, mais c’est un travail important.

Ce n’est pas une discussion qui s’arrête maintenant, note quant à elle Anita Hosanna Kangabe, travailleuse sociale et créatrice de mode.

Apprendre et retenir l’histoire

L’anthropologue et chroniqueuse Émilie Nicolas parle d'attitude d’écoute quand on se familiarise avec une lutte qui n’est pas la nôtre, mais dont on souhaite être solidaire.

Emilie Nicolas debout à l'extérieur.

La chroniqueuse Emilie Nicolas

Photo : Radio-Canada / Catherine Legault

Je dois vraiment écouter, je dois vraiment apprendre, puis je dois avoir aussi beaucoup d’humilité parce que ça veut dire que, comme adulte, je suis en train de découvrir et de désapprendre des choses, avance-t-elle en entrevue sur la plateforme RAD (Nouvelle fenêtre), donnant pour exemple sa propre attitude devant les luttes autochtones.

Apprendre l’histoire des personnes noires ou racisées au Canada est un pas dans cette direction.

Des personnes importantes dans l’histoire canadienne comme Oscar Peterson, Viola Desmond, Emma Stark, Donovan Bailey ou Michaëlle Jean sont autant de figures canadiennes qui ont contribué d’une façon ou d’une autre à la création du pays.

Plan serré du visage de Viola Desmond tiré d'une photo d'époque.

La militante contre le racisme, Viola Desmond, figure sur les nouveaux billets de 10 $ canadiens.

Photo : Radio-Canada / Banque du Canada

Paige Galette croit au pouvoir de l’éducation pour transformer les mentalités. Elle insiste sur le fait qu’il n’est jamais trop tôt pour parler de racisme avec les enfants.

Les jeunes d’aujourd’hui sont les leaders de demain : il est donc important de les équiper, précise-t-elle.

Intervenir devant les actes de racisme

Anita Hosanna Kangabe, Rwandaise d’origine, a grandi en Colombie-Britannique. Elle garde de vives marques de ce racisme anti-Noirs. Parler de ce qu'elle a vécu, croit-elle, permet de rappeler aux gens qui ne vivent pas le racisme de comprendre l’impact durable de la discrimination.

Plan serré du visage d'Anita Hosanna Kangabe.

La travailleuse sociale et créatrice de mode Anita Hosanna Kangabe reconnaît le chemin parcouru dans la lutte contre le racisme contre les personnes noires, mais rappelle que cette lutte est quotidienne et demande l'appui d'alliés.

Photo : Fournie par Anita-Hosanna

Mon premier souvenir remonte à quand j’avais 7 ou 8 ans, quand une fillette dans la cour de récréation a dit : “Personne ne veut jouer avec toi, espèce de Noire”, relate-t-elle, se rappelant la confusion qu'a suscitée en elle cette remarque.

Effectivement, je suis Noire, je ne comprenais pas, mais petit à petit, en grandissant, tu finis par saisir - et ça fait mal.

Une réalité qui la rattrape au travail : Anita Hosanna Kangabe a dénoncé auprès d’un superviseur les commentaires racistes de certains collègues.

Il m’a dit qu’il n’était pas certain que c’était vraiment raciste et a remis ma parole en doute, lance-t-elle, en retenant des sanglots.

Elle demande à toute personne qui est témoin d’actes d'intimidation raciste au travail ou dans tout autre espace public de s’opposer à ces paroles insidieuses, dont les ravages peuvent être profonds sur l’estime d’une personne.

Si vous pensez que c’est sans doute raciste, c’est que ce l’est.

Une citation de :Anita Hosanna Kangabe, travailleuse sociale

Pour sa part, Paige Galette veut que les organismes qui publient des mots de solidarité regardent plutôt la structure de leur entreprise.

Une femme devant des bûches de bois.

Paige Galette croit que le travail d'allié doit plutôt passer par une alliance, c'est-à-dire un travail de tous les moments.

Photo : Alistair Maitland

Ces organismes doivent prendre du recul et se demander si elles embauchent des personnes noires, autochtones ou asiatiques. Est-ce que ceux qui occupent les plus hauts postes et qui accumulent le plus d’argent, sont tous Blancs?, rappelle celle qui croit au pouvoir des actions.

Connaître ses droits et revoir le rôle de la police

Anita Hosanna Kangabe considère qu’un geste de solidarité est de comprendre la manière d’interagir avec les forces de l’ordre, et ce, surtout dans un contexte où les manifestations se multiplient et où les arrestations policières se font nombreuses.

C’est important, peu importe qui vous êtes, de connaître vos droits ainsi que la loi, soutient la travailleuse sociale. Ça vous permettra de vous défendre et de protéger les autres.

On veut juste être libre, libre de ne pas être tué pour aucune raison. Si on veut la liberté, il faut se battre pour ça.

Une citation de :Anita Hosanna Kangabe

Retirer une partie du financement des services de police municipaux et de la Gendarmerie Royale du Canada permettrait d’allouer ces fonds aux services sociaux, à la santé publique ou à des agences qui travaillent dans le domaine de la santé mentale devient une priorité, selon Paige Galette.

C’est une idée qui peut sembler osée, mais elle ne l’est pas du tout au fond quand on voit qu’historiquement, c’est un système qui doit protéger les vies de personnes noires, des Autochtones et des Canadiens, mais ce qu’on voit, c’est un système qui fait le contraire.

Une citation de :Paige Galette

Entre 2000 et 2017 au Canada, 461 personnes ont été tuées par des policiers, selon des données compilées par CBC. Les personnes noires et autochtones y sont surreprésentées.

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