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Pas assez porté, le masque, ni très bien

Des experts doutent de l'efficacité du couvre-visage comme mesure de protection, s'il est mal utilisé.

File d'attente devant un commerce de Longueuil.

Dans les magasins visités par Radio-Canada, moins de la moitié des clients portaient un masque.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Depuis la fin d'avril, le gouvernement du Québec appelle la population à porter un masque dans les lieux publics. Il semble aujourd'hui que cette recommandation soit modérément suivie. Dans ces conditions, l'efficacité, et donc la pertinence, de cette mesure de protection est remise en cause.

Radio-Canada a visité une dizaine de magasins à Longueuil, dans la banlieue de Montréal, pour observer si la clientèle avait adopté le port du masque. Une démarche qui, bien entendu, n'a rien de scientifique, mais qui a permis de constater que, d’une manière générale, moins de la moitié des clients y portaient un masque.

Un constat qui n’étonne pas le médecin urgentiste Alain Vadeboncoeur, favorable à l'utilisation de cet accessoire pour lutter contre la COVID-19. Il évalue intuitivement que la population porte « insuffisamment » le couvre-visage et, lorsqu'elle le fait, « pas nécessairement très bien ».

Il reconnaît que, dans ces conditions, la portée du geste est limitée, parce que l’effet est vraisemblablement proportionnel à la quantité de personnes qui se prêtent au jeu.

S’il y a 20, 30 ou 40 % des gens qui le portent, il y a certainement peu d'efficacité pour se protéger les uns les autres. Cela fait partie des limites de cette approche actuellement.

Dr Alain Vadeboncoeur
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Comment porter un masque?

Un scepticisme partagé par la chef du département de santé publique et médecine préventive du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), Marie-France Raynault. Elle note qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur l'efficacité du masque, peu importe les conditions.

La Dre Raynault constate qu’il n'y a pas d'étude sérieuse sur le port du couvre-visage, seulement des avis d’experts contradictoires. Certains pensent que le masque est un atout pour se protéger de la COVID-19, d'autres n'en sont pas convaincus.

Autre question importante, selon elle : quels sont les types de masques réellement efficaces? Parce que, dit-elle, des tissus restent humides plus longtemps, tandis que certaines coupes ne protègent peut-être pas de la transmission des microbes.

Il faut que ce soit plus normé, pas sûre que n’importe quel bout de tissu fait l’affaire.

Dre Marie-France Raynault

Des masques mal utilisés qui deviennent dangereux

La Dre Raynault s’inquiète aussi de la manière dont la population utilise les masques. Mal utilisés, ils peuvent être un facteur de contamination.

Lors de sa visite dans plusieurs commerces, Radio-Canada a remarqué que des personnes ont retiré leur masque à plusieurs reprises, tandis que d’autres l'abaissaient temporairement sur le menton.

Des gestes à proscrire absolument, soutient Marie-France Raynault, puisqu’il a été démontré que le virus peut se transmettre lorsque les mains ont utilisé un objet contaminé et qu’elles entrent ensuite en contact avec les muqueuses.

L’urgentiste Alain Vadeboncoeur constate le même type de pratiques dans son service, où il affirme faire de nombreux rappels à l’ordre auprès de patients peu sensibilisés à la question. Il relève que « ce n’est pas évident » pour tout le monde de porter le masque et que cela « demande de l’éducation continue ».

Marie-France Raynault redoute aussi qu’en utilisant le masque, les Québécois se détournent de pratiques validées par la science, à savoir la distanciation physique et le lavage des mains très fréquent.

Sylvie, portant un couvre-visage, pousse un chariot rempli de grands contenants d'eau.

Sylvie, résidente de Longueuil, porte un couvre-visage dès qu'elle quitte son domicile.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Une communication insuffisante pour changer les mentalités

Pour que la population soit davantage au fait des enjeux entourant le port du masque, les deux médecins estiment que le gouvernement devrait lancer une campagne d’information massive utilisant tous les supports médiatiques afin de rejoindre un maximum de personnes.

Marie-France Raynault souligne que le port du masque ne fait pas partie de notre culture. Elle pense que, pour changer un comportement ou une norme sociale, il faut faire des efforts de communication au-delà d’une simple recommandation une fois de temps en temps, par exemple lors d’une conférence de presse.

Même son de cloche du côté d’Alain Vadeboncoeur, qui souligne les efforts du gouvernement en ce sens, mais juge que ce n’est pas assez pour changer les mentalités. Il soutient lui aussi qu’il faudrait démontrer l’utilité du masque et faire du renforcement par l'intermédiaire de vastes campagnes de communication, d’autant que le discours n’a pas toujours été très clair.

À ce propos, l’urgentiste et vulgarisateur scientifique rappelle la volte-face du gouvernement québécois, qui a rejeté pendant plusieurs semaines la pertinence du port du masque, avant de changer d’avis.

Il se remémore aussi les débats houleux, ces dernières années, à propos de l’aspect légal de se voiler le visage en public ou de manifester avec un masque. Des réflexions qui, dit-il, sont en contradiction avec les recommandations actuelles. Et de conclure : C’est très loin de nos pratiques habituelles, c’est normal que ça prenne du temps.

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