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La Ville d’Ottawa doit s’attaquer aux racines du racisme systémique, plaide Rawlson King

Rawlson King sourit.

Rawlson King est le conseiller municipal du quartier Rideau-Rockcliffe, à Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

CBC

La nomination du conseiller Rawlson King — le premier élu municipal noir de l’histoire d’Ottawa — comme agent de liaison municipal pour la lutte contre le racisme et les relations ethnoculturelles ne pouvait pas arriver à un moment plus important.

Les manifestations pour dénoncer le racisme et la brutalité policière à la suite de la mort de l’Afro-Américain George Floyd durant une intervention à Minneapolis, au Minnesota, se multiplient aux États-Unis et partout dans le monde depuis plus d’une semaine.

À Ottawa, une manifestation est prévue vendredi devant l’ambassade américaine. L’équipe d’Ottawa Morning, à CBC, s’est entretenue avec M. King, mercredi. Voici un compte-rendu abrégé de l’entretien avec l’élu du quartier Rideau-Rockcliffe.

Comment les événements des derniers jours vous ont-ils touché ?

Je ressens beaucoup de douleur et de colère. Je partage cette douleur et cette colère, mais malheureusement, c’était prévisible. C’est ce qui arrive quand on a autant d’inégalités sociales dans une société.

Je pense qu’on s’en tire mieux au Canada avec nos institutions politiques qui offrent plus de place au changement et au dialogue. C’est qui est important avec ce poste [d’agent de liaison pour l’antiracisme]. Il faut qu’on agisse collectivement pour véritablement ébranler les systèmes qui perpétuent le racisme.

Je suis vraiment fier des actions entreprises par le conseil municipal pour s’attaquer au racisme.

Vous semblez porté par le soutien dont vous jouissez. Mais croyez-vous que la Ville a été complaisante dans sa lutte contre le racisme?

Je pense qu’il fallait qu’on soit poussé. Quand j’ai été élu, il y avait beaucoup d’allégresse dans la communauté noire, parce qu’il y avait finalement une certaine représentation autour de la table. Mais un mois plus tard, il y a eu une certaine érosion de ça à cause d’un incident à caractère raciste quand une famille noire de mon quartier s’est fait vandaliser son garage avec un graffiti haineux.

Il faut de l’égalité en matière d’emplois, de santé, de logement et de développement économique. On a besoin de plus d’éducation, mais aussi de solutions systémiques.

Rawlson King, conseiller municipal du quartier Rideau-Rockcliffe

Les membres de la communauté ont demandé qu’on passe à l’action en voyant ceci. Mais ils ont aussi reconnu qu’il y aura probablement toujours des gestes racistes individuels comme ça. Ce qu’il faut faire, c’est s’attaquer au racisme systémique.

Qui a besoin d’éducation, d’après vous?

Tout le monde. Tout le monde doit avoir une conversation complète et profonde. Le problème avec le paysage médiatique et avec les réseaux sociaux, c’est que tout le monde est polarisé. Les gens tentent de parler tous plus fort les uns que les autres au lieu de se parler les uns les autres.

Il faut engager toutes les communautés dans des campagnes d’éducation et de sensibilisation à plus grande échelle pour parler des vrais impacts du racisme dans notre communauté.

Un homme répond aux questions d'un groupe de journalistes.

Rawlson King est le premier noir élu au conseil municipal d'Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Comment peut-on réunir à la même table les gens qui sont si polarisés dans ce débat? Comment peut-on lancer cette conversation?

Il faut se pencher sur la conversation elle-même, d’abord. Le véritable enjeu, c’est qu’on ne pas avoir d’échanges significatifs en 120 caractères. Ça ne fonctionne tout simplement pas. On bâtit nos communautés en parlant à nos voisins et en tentant de comprendre leurs inquiétudes pour établir un consensus.

Si on veut poser des gestes concrets pour construire une ville plus équitable, alors il faut avoir de vraies conversations avec ceux qui décrient la situation, qui vivent ces enjeux, qui constatent l’injustice raciale et les inégalités systémiques chaque jour. Nous voulons que ce soit reconnu. Ensuite, on pourra trouver des solutions. La conversation est la clé.

Mais est-ce que la conversation suffit ? Qu’en est-il des changements politiques? On parle ces jours-ci de cueillette de données sur la race [concernant la pandémie de COVID-19], un dossier que vous portez. Quelles sont certains gestes concrets que vous aimeriez voir pour qu’Ottawa s’attaque au racisme systémique?

Vous avez raison, et ça fait partie de nos objectifs : de s’assurer que nos politiques et leur portée soient mesurées et monitorées. C’est tout un défi. À la Ville d’Ottawa, nous avons une merveilleuse politique sur la diversité sur papier. Le but est clairement d’avoir une main d’œuvre diversifiée, mais nous n’avons aucun outil législatif pour mesurer l’efficacité de cette politique et pour nous assurer que la Ville est à la hauteur. Si on ne la mesure pas, on ne peut pas la gérer.

Le chef du Service de police d’Ottawa, Peter Sloly, a réaffirmé cette semaine sa volonté d’améliorer les relations entre les personnes racisées d’Ottawa et la police. Quel rôle devrait jouer la police dans cette conversation?

Peter Sloly en discussion avec un agent de police.

Le chef du Service de police d'Ottawa, Peter Sloly (à gauche), se dit frustré par le fait que les conducteurs noirs et moyen-orientaux soient encore interpellés disproportionnellement à Ottawa(archives).

Photo : Radio-Canada / Stu Mills

Il faut qu’elle occupe une place centrale, et je pense que c’est une bonne nouvelle que notre nouveau chef de police veut se dédier à cette tâche. Dans mes échanges avec la police, j’ai beaucoup entendu qu’ils veulent vraiment être très impliqués dans le secrétariat contre le racisme. Ils veulent continuer d’avancer avec des objectifs qui ont trait à l’équité, à l’inclusion et à la diversité.

Vous avez dit que ces manifestations partout aux États-Unis et au Canada étaient prévisibles. Mais est-ce qu’il y a quelque chose de différent? Est-ce qu’on est en train de vivre un tournant, selon vous?

Au pays, je pense que oui. Le gouvernement fédéral étudie la possibilité d’investir dans des ressources de lutte au racisme contre les Noirs.

Nous avons des discussions au niveau municipal. Nous avons cette discussion avec l’ancien gouvernement provincial. Sommes-nous au point où nous aimerions être ? Non. Mais la réalité, c’est que ce genre de processus prend du temps. Au moins ici, nos institutions sont plus flexibles au changement, tandis qu’aux États-Unis, on voit des enjeux d’inégalités depuis 50 ou 100 ans. On n’a pas vraiment vu les mesures nécessaires pour que le changement prenne réellement forme.

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Politique municipale