•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une « DPJ » des aînés : l'IRIS fait des propositions pour un Québec vieillissant

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques recommande aussi la mise en place d’un guichet unique accessible par téléphone pour les personnes âgées.

Une dame âgée dans un couloir.

La détresse des personnes âgées dépasse la situation dans les CHSLD, souligne l'IRIS.

Photo : Getty Images

Société vieillissante, le Québec doit mettre en place de nouvelles institutions et des outils novateurs pour améliorer les conditions de vie des personnes âgées, selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Dans une note de recherche intitulée De nouvelles institutions pour les aînés et publiée mercredi, l’institut de réflexion progressiste souligne que la détresse des personnes aînées dépasse la situation dans les CHSLD.

Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut, affirme : La situation qu’on observe ces jours-ci dans les CHSLD constitue une toute petite partie des problèmes que nous acceptons de faire vivre aux personnes aînées du Québec.

Selon elle, la province doit mieux protéger ses aînés, mieux les accompagner et mieux les écouter. La société québécoise doit repenser la façon dont elle traite les personnes aînées dans toutes les sphères de leur vie, déclare-t-elle.

Pour y parvenir, l’IRIS propose la création d’une Direction de protection des aînés (DPA) afin de veiller au bien-être des personnes âgées. Celle-ci pourra récolter des données, mener des enquêtes et forcer le gouvernement et les organismes publics à agir, suggère l'organisme.

Elle aurait pour mission de faciliter la vie des personnes âgées en amorçant des recherches sur des enjeux qui les touchent et en formulant des recommandations au gouvernement afin de changer des pratiques, des lois et des règlements, lit-on dans l’étude.

De plus, l’Institut propose la création d’un guichet unique, chapeauté par la DPA, pour aider les aînés à naviguer dans le système. L’organisme explique qu’il permettrait d’identifier les besoins des usagers en plus d’offrir, entre autres, un service d’accompagnement aux plaintes pour soutenir les personnes qui se butent à des problèmes.

Un système mal adapté

Au terme de son étude, Eve-Lyne Couturier en arrive à la conclusion que le système est souvent mal adapté aux besoins des aînés. Cette cohorte est souvent laissée à elle-même au moment de se familiariser avec certains services et programmes qui lui sont offerts ou encore avec les recours disponibles quand elle rencontre des problèmes, affirme-t-elle.

Mme Couturier constate que les personnes âgées doivent surmonter bien des défis quand vient le temps de faire valoir leurs droits, et ce, dans plusieurs domaines : logement, santé, finances, justice ou autre.

Elle explique que les aînés éprouvent de la difficulté à obtenir de l’aide parce que leurs besoins ne sont pas toujours pris au sérieux, que les institutions ne sont pas adaptées à leur réalité et que les processus sont longs et complexes.

Déposer une plainte dans le réseau de la santé et des services sociaux peut s’avérer bien plus compliqué qu’il n’y paraît. La voie peut donc être tortueuse pour une personne insatisfaite des services et qui connaît peu ou pas ses droits, observe-t-elle.

En somme, que ce soit au Québec ou ailleurs, les points d’entrée du système de santé sont multiples et ne favorisent guère un accès facile aux services.

Extrait de l'étude de l'IRIS

Outre la santé, la chercheuse Eve-Lyne Couturier constate que les aînés peinent à porter plainte et à faire respecter leurs droits au chapitre de l’habitation. Elle cite en exemple le cas des CHSLD, les résidences privées pour aînés, mais également les ordres professionnels pour dénoncer des manquements.

Il devient vite complexe de communiquer avec la Régie du logement, de savoir quelles procédures suivre pour formuler une plainte ou s’en défendre et quels documents rassembler pour étoffer son dossier. De plus, les causes portées devant la Régie peuvent traîner en longueur, soutient-elle, mentionnant que la Protectrice du citoyen avait critiqué la lourdeur et la complexité des recours dans son rapport de 2016.

Une porte d'entrée téléphonique

À son avis, un guichet unique permettrait de régler ce problème. Or, celui-ci doit être facile d’accès. La chercheuse privilégie l’option de la ligne téléphonique. En plus d’être un appareil que la plupart des aînés maîtrisent, le téléphone offre un contact plus humain et permet à la personne qui appelle d’être accompagnée dans le récit de ce qu’elle vit, note-t-elle.

Elle suggère de recourir le moins possible aux « serveurs vocaux » et d’ajouter des points de contact physiques. Lorsque l’on vit une situation difficile, il arrive fréquemment que l’on ne cible pas la cause principale de nos problèmes. C’est à travers un travail d’écoute active que l’intervenant arrive souvent à démêler la situation, ce qui permet ensuite de diriger le ou la patiente vers la ressource ou le recours approprié, illustre-t-elle.

Par surcroît, Mme Couturier estime que le Québec doit se pencher sur la question des milieux de vie afin de s’assurer que ceux-ci sont adaptés aux personnes âgées. Elle propose la création d’un commissariat aux milieux de vie, qui devra intégrer les personnes vieillissantes dans ses travaux plutôt que de réfléchir à leurs besoins à leur place.

Son mandat serait de penser à de meilleures façons de maintenir les personnes âgées à domicile, ainsi que de définir le type de résidences pouvant les accueillir, que leurs besoins soient trop lourds pour leurs proches ou qu’elles veuillent simplement habiter dans un logement plus adapté à leur réalité, peut-on lire dans l’étude.

L’auteure propose aussi d’étendre la ligne 211. Ce service téléphonique de référence existe au Québec depuis 2008. Cependant, il n’est offert que dans certaines régions, n’est pas disponible toute la journée et n’est pas très connu. Ce système fonctionne grâce aux dons et au travail de groupes communautaires locaux.

Nous recommandons d’assurer une couverture complète du territoire du Québec, de rendre cette ligne téléphonique accessible à toute heure du jour et de la nuit et que le service soit reconnu comme un service public qui intègre les programmes des différents ministères, mais qui est également en mesure de faire le pont avec les groupes communautaires, dit la chercheuse.

Finalement, l’étude souligne l’importance de développer une approche mesurée et adaptée à cette partie de la population qu'elle nomme l’approche aînée. Celle-ci implique de changer les attitudes et d’ajuster les façons de faire pour contrer l’âgisme et éviter d’infantiliser les personnes âgées.

Ainsi, il faut prendre acte des limites physiques et cognitives des personnes âgées, sans présumer de leur manque d’autonomie. Pour certaines, cela veut dire une mobilité plus difficile, pour d’autres des problèmes de vision ou d’audition et pour d’autres encore, le besoin d’être accompagnées par un proche pour faciliter la communication. Cela veut dire, avant tout, d’être à l’écoute de l’être humain et sensible à son expérience de vie, écrit la chercheuse.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Démographie

Société