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Formation de préposés aux bénéficiaires : Roberge enthousiaste, l'opposition sceptique

Un préposé au bénéficiaire pousse un patient sur une civière.

Un préposé aux bénéficiaires pousse un patient sur une civière.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Le programme de formation du gouvernement Legault pour attirer 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD est si populaire qu'il a aussi un effet pervers, affirment plusieurs députés de l'opposition. Le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge, lui, se félicite d'un tel engouement pour le programme en question.

Les personnes inscrites à la formation gagneront 21 $ de l'heure durant leurs études, puis 26 $ de l'heure lorsqu'elles travailleront à temps complet dans un CHSLD.

La formation sera offerte de la mi-juin à la mi-septembre. Le programme a été lancé mardi et, dès mercredi avant-midi, plus de 70 000 personnes avaient démontré leur intérêt pour suivre la formation.

En point de presse, le ministre Roberge a dit ne pas s'être attendu à ce que ce soit aussi fort. On s'en réjouit, on est contents, a-t-il ajouté.

On a confiance de pouvoir finalement former plus de 10 000 préposés en CHSLD.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur

Québec pourrait même retenir davantage de candidatures si le réseau de l'éducation disposait de plus de locaux et de formateurs, a précisé le ministre.

Peut-être qu'on pourra un peu dépasser les 10 000, mais je vous dirais qu'en ce moment, l'important, c'est de bien sélectionner les gens en fonction de nos critères, a-t-il poursuivi.

Pour être admissibles à cette formation payée devant débuter dans 12 jours, les candidats devront avoir terminé leur troisième secondaire, être âgés d'au moins 18 ans, ne pas posséder d'antécédents judiciaires, et être en « bonne santé physique », a expliqué M. Roberge, avant d'indiquer que cette bonne forme physique serait évaluée au moyen d'une entrevue avec les candidats.

Lorsqu'il lui a été demandé si ses services seraient bel et bien en mesure de contacter directement les 70 000 personnes ayant manifesté leur intérêt pour le programme, le ministre s'est dit sûr de trouver « 10 000 bons candidats ».

D'ailleurs, près de 10 % des déclarations d'intérêt sont des doublons, pour l'instant, a-t-il précisé.

Une prime salariale de 10 % a également été offerte aux enseignants pour s'assurer de disposer de suffisamment de formateurs afin de garantir le bon fonctionnement du programme.

Nombreuses démissions

Le responsable en matière de santé et de services sociaux de Québec solidaire, Sol Zanetti, ne décèle cependant pas que du positif dans l'enthousiasme manifesté à propos du nouveau programme de formation.

Le député estime que la popularité de cette formation démontre que la pénurie de main-d’œuvre des dernières années a été causée par les mauvaises conditions de travail offertes aux préposés aux bénéficiaires sur une longue période.

Le problème, c'est qu'on n’a pas amélioré les conditions de travail partout. Le résultat, c'est qu'il y a des secteurs qui vont tomber en pénurie.

Sol Zanetti, responsable en matière de santé et de services sociaux de Québec Solidaire.

M. Zanetti soutient qu’il faut donc offrir des conditions de travail similaires dans le secteur privé afin de prévenir un déplacement du problème.

Dans ma circonscription, il y a une résidence intermédiaire dont les préposés aux bénéficiaires sont moins bien payés que cette formation-là. Il y en a déjà 5 sur 17 qui ont démissionné pour aller suivre la formation, illustre Sol Zanetti.

Le porte-parole du troisième groupe d’opposition pour les aînés et les proches aidants, le député péquiste Harold LeBel, fait le même constat.

Les mesures que le gouvernement propose pour amener des préposés aux bénéficiaires dans nos CHSLD, c'est intéressant, mais c'est en train de vider les autres ressources. J'ai parlé avec des gens qui font du maintien à domicile. Ils avaient une centaine de travailleurs. Ils sont rendus à 20. Ils ne sont plus capables de donner le service, mentionne-t-il.

Fermetures à prévoir

Le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés se dit convaincu que le programme de formation va entraîner de nombreuses fermetures de résidences privées.

Cette décision-là a été un véritable choc pour nous et va avoir un impact absolument catastrophique sur les résidences privées pour aînés.

Yves Desjardins, président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés.

Les moyennes salariales dans la province tournent autour de 13 dollars à 14 dollars de l’heure. Depuis l’annonce faite par le gouvernement, je reçois des messages de nos membres. C’est triste. Il y a de la grogne. Il y a des gens qui sont carrément découragés. Il va y avoir beaucoup de fermetures, affirme Yves Desjardins.

Plusieurs personnes affectées

Harold LeBel souligne également que l’effet ne se fait pas seulement sentir chez les personnes âgées.

Des personnes handicapées sont clouées à leur fauteuil. Elles n'ont plus de services. Il faut une vision plus large pour régler le problème des préposés aux bénéficiaires. C'est comme si on met la main sur le tuyau pour arrêter que ça coule, mais ça pète ailleurs, illustre-t-il.

Sol Zanetti craint également que les conditions offertes aux étudiants du programme ne provoquent une pénurie de personnel dans d’autres secteurs que la santé.

Entre autres, l'éducation à l'enfance. Combien de personnes qui, en plus, se demandent si elles vont rouvrir leur service de garde, vont décider de ne pas le rouvrir pour aller là? Ça va créer des problèmes en cascade sur le reste de la société, les parents qui veulent aller travailler, avance-t-il.

Décret réclamé

Le Parti québécois demande que les conditions salariales des préposés aux bénéficiaires soient déterminées par un décret. Elles seraient alors les mêmes dans les réseaux public et privé.

L’État aurait probablement, convient Harold LeBel, à subventionner une partie des salaires des préposés dans les résidences privées.

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