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Brutalité policière et racisme envers les Noirs : retour sur ce qui a marqué l'Ontario

Une pancarte sur laquelle est écrit : Black lives matter ici aussi.

Au cours des derniers jours, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans plusieurs villes canadiennes pour dénoncer le racisme et la violence policière.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les cas d’hommes noirs tués par des policiers au Canada existent et sont nombreux, et ce malgré les réticences des premiers ministres du Québec et l’Ontario à parler de racisme systémique au pays. Leurs noms, les années et les circonstances sont certes différents, mais l’histoire, elle, se répète.

La Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) compte au moins une vingtaine de cas, entre 1978 et 2017, dans lesquels un homme noir est mort à la suite d’une intervention policière.

Une analyse de CBC/Radio-Canada rapporte qu'une trentaine d'hommes noirs sont morts dans le cadre d'une intervention policière en Ontario entre 2000 et 2017.

Raymond Lawrence, Andrew Loku, Abdirahman Abdi et D'Andre Campbell, entre autres, sont des hommes noirs qui ont perdu la vie pendant ou à la suite d’une intervention policière.

La violence policière dans l’histoire ontarienne

Raymond Lawrence, 22 ans, est tué par un policier dans une ruelle de Toronto en 1992. L'agent n'avait pas d'autre choix que de tirer sur l'homme qui avait un couteau, selon la police.

Une petite photo d'un homme noir.

Raymond Lawrence est mort à 22 ans.

Photo : Radio-Canada

Au même moment, le chaos s’emparait de Los Angeles avec l’acquittement des policiers impliqués dans la mort de Rodney King.

Deux jours après sa mort, des centaines de manifestants se sont rassemblés sur la rue Yonge pour dénoncer la brutalité policière.

Une manifestation à Toronto, en 1992.

Image du documentaire « It Takes a Riot: Race, Rebellion, Reform » qui illustre le « Soulèvement de la rue Yonge », le 4 mai 1992.

Photo : Gracieuseté des cinéastes

La CODP rapporte que l’événement, majoritairement pacifique, était décrit dans les médias sous le nom des Émeutes de la rue Yonge ou du Soulèvement de la rue Yonge.

Photo d'Andrew Loku

Andrew Loku est mort à 45 ans.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de la famille

En 2015, Andrew Loku a été abattu par la police au moment où il brandissait un marteau dans un immeuble réservé à des personnes atteintes de problèmes mentaux. L'immigrant du Soudan du Sud est mort de blessures par balle.

Le rapport de l'Unité des enquêtes spéciales (UES) a déterminé que l'agent n'a pas dépassé « la limite d'une force justifiable dans les circonstances ». Le policier avait « peur pour sa vie ».

Cette décision a engendré des manifestations monstres devant le quartier général de la police de Toronto pendant deux semaines.

Le jury a remis 39 recommandations à la province après trois semaines d'audiences autour de l'enquête du coroner portant sur la mort d'Andrew Loku.

Parmi celles-ci, le jury a recommandé d’évaluer l'efficacité des formations des agents de la Police de Toronto sur le racisme envers les Noirs et les interventions auprès des personnes en crise.

Abdirahman Abdi

Abdirahman Abdi, 37 ans, est mort en juillet 2016, à la suite d'une intervention policière à Ottawa.

Photo : Courtoisie de la famille

En 2016, Abdirahman Abdi, âgé de 37 ans, a succombé à ses blessures après une intervention du Service de police d'Ottawa (SPO). L'homme souffrait aussi de problèmes de santé mentale.

Depuis la mort de M. Abdi, les policiers d'Ottawa ont formé un groupe de sensibilisation pour améliorer les liens avec la communauté somalienne, réformer leur comité consultatif communautaire, en plus de mettre en place des mesures pour augmenter la diversité au sein du corps policier.

Toutefois, aucune de ces initiatives n'a pu rassurer la communauté par rapport aux interactions avec les autorités.

Une manifestation a eu lieu, un long processus judiciaire aussi.

Un homme noir sourit.

D'Andre Campbell est mort à l'âge de 26 ans.

Photo : Radio-Canada

Plus récemment, à Brampton, un autre homme noir a été abattu par la Police régionale de Peel, le 6 avril 2020.

D'Andre Campbell avait lui-même appelé les autorités. Il est mort sous les balles de la police, chez lui.

Il a appelé à l'aide, et le système qui devait lui venir en aide l'a laissé tomber. Il n'y avait aucune menace imminente et aucune méthode de désescalade [n’a été appliquée]. Justice doit être rendue.

Shenika Malcolm, sœur de la victime

Selon la sœur de la victime, il souffrait de problèmes de santé mentale. L'UES enquête.

Malgré les décennies qui séparent la mort de ces hommes, leurs familles et les membres de la communauté noire demandent toujours que l’histoire ne se répète plus.

Photo d'un homme noir.

Lester Donaldson est mort à 44 ans.

Photo : Radio-Canada / Archives

Andrew Evans, Albert Johnson, Lester Donaldson, Michael Wade Lawson, Jermaine Carby, notamment, sont aussi morts sous les balles de la police.

Une photo d'un homme noir.

Michael Wade Lawson est mort à l'âge de 17 ans.

Photo : Radio-Canada

Un climat de peur et de surveillance

La peur de l’homme noir ne justifie pas l’usage excessif de la force, avance le journaliste, auteur et activiste, Desmond Cole.

Le [niveau] de force utilisé par la police est dicté par leur peur des gens noirs.

Desmond Cole

On nous traite comme si, si la violence n'est pas utilisée, c'est nous qui allons être violents envers les autres, ajoute-t-il.

Selon la militante et autrice Robyn Maynard, la société canadienne doit revoir ses priorités, notamment par rapport à la valorisation de la vie d'une personne noire.

Les jeunes et les hommes noirs sont considérés comme étant plus dangereux.

Robyn Maynard

À travers l'histoire de la police au Canada, on peut voir que c'est une institution à la base raciste envers les personnes noires et autochtones, ajoute-t-elle.

Le racisme n'est pas un problème de compréhension. C'est une question de personnes au pouvoir qui ne veulent pas changer, dit M. Cole.

À cause de la peur des personnes noires, le public ne veut pas changer le rôle de la police [qui met la vie des personnes noires en danger].

Desmond Cole

À Toronto, les personnes noires sont près de 20 fois plus susceptibles d'être abattues par des policiers que les personnes blanches, bien qu'elles ne représentent qu'environ 9 % de la population, selon le rapport de 2018 mené par la CODP.

Desmond Cole décrit la dynamique entre la police et les personnes noires au Canada comme étant un climat de domination, de peur et de surveillance.

Selon lui, les policiers ne savent pas comment communiquer avec les Noirs ni comment gérer une situation de crise.

Le rapport de la CODP affirme que les Noirs sont surreprésentés dans les interactions entre la police de Toronto et les citoyens, et ce depuis plusieurs années.

Sur les 244 cas analysés dans le rapport de 2013 à 2017, les Torontois noirs constituaient :

  • 28,2 % des cas de recours à la force par la police de Toronto

  • 36 % des fusillades policières

  • 61,5 % des interactions mortelles avec la police de Toronto

  • 70 % des fusillades mortelles impliquant la police de Toronto

Ce sont les préoccupations de la communauté noire suite à la mort d’Andrew Loku qui ont poussé la CODP à lancer une enquête sur le profilage racial et la discrimination envers les personnes noires au sein du plus grand corps de police municipale du pays.

Appel à l’action

La présence des personnes dans la rue montre que notre société veut du changement, dit Robyn Maynard.

Les manifestations des derniers jours la motivent et lui donnent espoir.

On voit tellement de gens qui rejettent cet ordre de société qui nous dit que les vies noires ne sont pas importantes, qu'elles sont jetables, ajoute-t-elle.

Black Lives Matter est une demande pour que les vies noires comptent dans une société qui dénie ce fait.

Robyn Maynard, militante et autrice
Des manifestants masqués marchent dans une rue de Toronto.

Des centaines de manifestants ont marché au centre-ville de Toronto, samedi.

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Il y a quelques jours, une manifestation contre le racisme a été organisée à Toronto. Les militants se sont mobilisés en soutien à la famille de Regis Korchinski-Paquet, décédée lors d'une intervention policière à son domicile, le 27 mai.

Une foule marche dans la rue

Une manifestation contre le racisme a été organisée à Toronto, samedi. Les militants se sont mobilisés en soutien à la famille de Regis Korchinski-Paquet, décédée lors d'une intervention policière à son domicile, le 27 mai.

Photo : Radio-Canada / Dean Gariepy/CBC News

Il faut agir même si on dit Black Lives Matter, affirme Desmond Cole. Nos intentions ne sont pas suffisantes, c'est l'action qui compte, ajoute-t-il.

Il estime, entre autres, que les communautés noires en Amérique du Nord devraient avoir accès à un service autre que la police pour soigner et écouter les personnes noires.

Les deux militants proposent de réinvestir le financement octroyé aux corps policiers.

Selon eux, cet argent sera plus utile aux communautés vulnérables qui vivent, entre autres, dans la pauvreté.

Ils avancent que ce financement pourrait être redirigé vers des initiatives pour l'accès au logement abordable et pour le transport en commun.

On doit changer notre définition de la sécurité pour voir que la police ne rentre peut-être pas dans l’équation, conclut Robyn Maynard.

Avec les informations de CBC

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