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L'OMS annonce la reprise des essais cliniques sur l'hydroxychloroquine

L'annonce intervient quelques heures après que la revue médicale The Lancet se fut distanciée d'une étude critiquée qu'elle avait publiée sur le médicament.

Un homme tient une bouteille d'hydroxychloroquine et une pilule dans ses mains.

L'intérêt pour l'hydroxychloroquine a été ravivé à la mi-mai lorsque le président des États-Unis, Donald Trump, a révélé qu'il en prenait à titre préventif, ce qui allait à l'encontre des recommandations des autorités sanitaires américaines.

Photo : Reuters / George Frey

Agence France-Presse

L'horizon s'assombrit pour les auteurs de l'étude très critiquée sur l'hydroxychloroquine et la COVID-19 : la revue médicale The Lancet, qui l'avait publiée, a pris ses distances en reconnaissant dans un avertissement formel que « d'importantes questions » planaient à son sujet.

The Lancet souhaitait ainsi alerter les lecteurs sur le fait que de sérieuses questions scientifiques ont été portées à [son] attention au sujet de cette étude, a indiqué la revue.

Cet avertissement a été publié mardi soir sous la forme d'une expression de préoccupation (expression of concern), déclaration formelle employée par les revues scientifiques pour signifier qu'une étude pose potentiellement problème.

Si une expression de préoccupation n'est pas aussi lourde de conséquences qu'une rétractation pure et simple, elle est tout de même de nature à jeter le doute.

L'étude en cause conclut que l'hydroxychloroquine n'est pas bénéfique aux malades de la COVID-19 hospitalisés et peut même être néfaste.

L'OMS reprend les essais

Pour sa part, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui avait interrompue il y a neuf jours des essais cliniques sur le médicament à la suite de l’article publié dans The Lancet, a annoncé la reprise des essais, après l'analyse des données disponibles sur la mortalité.

Les membres du Comité de sécurité et de suivi de l’OMS ont estimé qu'il n'y a aucune raison de modifier le protocole des essais cliniques, a annoncé le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d'une conférence de presse virtuelle.

L'étude a eu un retentissement mondial et des répercussions spectaculaires. En plus de pousser l'OMS à suspendre les essais cliniques sur l'hydroxychloroquine, elle a convaincu la France de bannir ce traitement.

Des résultats controversés

Publiée le 22 mai dans The Lancet, l'étude se fonde sur les données de 96 000 patients hospitalisés entre décembre et avril dans 671 hôpitaux, et compare l'état de ceux qui ont reçu le traitement à celui des patients qui ne l'ont pas eu.

Dans la foulée de sa parution, de nombreux chercheurs ont exprimé leurs doutes sur l'étude, y compris des scientifiques sceptiques quant à l'intérêt de l'hydroxychloroquine contre la COVID-19.

Dans une lettre ouverte publiée le 28 mai, des dizaines de scientifiques du monde entier ont souligné que l'examen minutieux de l'étude du Lancet soulevait à la fois des inquiétudes liées à la méthodologie et à l'intégrité des données.

Ils dressaient une longue liste des points problématiques, d'incohérences dans les doses administrées dans certains pays à des questions éthiques sur la collecte des informations, en passant par le refus des auteurs de donner accès aux données brutes.

Surgisphere montré du doigt

Celles-ci émanent de Surgisphere, qui se présente comme une société d'analyse de données de santé, basée aux États-Unis.

Dans son communiqué de mardi, The Lancet rappelle qu'un audit indépendant sur la provenance et la validité des données a été demandé par les auteurs non affiliés à Surgisphere et est en cours, avec des résultats attendus très prochainement.

Ce n'est pas assez, nous avons besoin d'une vraie évaluation indépendante, a réagi sur Twitter le chercheur James Watson, l'un des initiateurs de la lettre ouverte.

Des doutes planent sur l'intégrité de l'étude du Lancet. Rétrospectivement, il semble que les décideurs politiques se soient trop appuyés sur ce papier.

Stephen Evans, professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine

Avant la controverse sur cette étude, d'autres travaux à plus petite échelle étaient parvenus à la même conclusion qu'elle, sans que leur méthodologie fasse l'objet de critiques.

L'étude du Lancet a en outre été attaquée avec virulence par les défenseurs de l'hydroxychloroquine, souvent avec le mot-clic #LancetGate sur les réseaux sociaux.

Au premier rang d'entre eux figure le chercheur français Didier Raoult.

Le château de cartes s'effondre, a-t-il tweeté mercredi au sujet de l'avertissement du Lancet, après avoir déjà qualifié l'étude de foireuse et estimé qu'elle avait été réalisée par des pieds nickelés.

Le Dr Didier Raoult dans son bureau.

Le Dr Didier Raoult est un partisan de l'utilisation de l'hydroxychloroquine dans le traitement de la COVID-19.

Photo : Getty Images / Gérard Julien

De leur côté, les auteurs, le Dr Mandeep Mehra et ses collègues, défendent leur étude.

Nous sommes fiers de contribuer aux travaux sur la COVID-19 en cette période d'incertitude, avait déclaré à l'AFP le 29 mai l'un d'eux, Sapan Desai, patron de Surgisphere.

Mais cette société est au centre de toutes les interrogations : une autre revue médicale de référence, le New England Journal of Medicine (NEJM), a aussi publié mardi une expression de préoccupation au sujet d'une étude de la même équipe, réalisée avec les bases de données de Surgisphere.

Cette étude-là ne portait pas sur l'hydroxychloroquine, mais sur un lien entre la mortalité due à la COVID-19 et les maladies cardiaques.

Un spécialiste français, le professeur Gilbert Deray, voit dans la publication de ces avertissements par The Lancet et le NEJM le signe que les deux études sont en voie de rétraction. Un tel désaveu serait selon lui un désastre puisque ces revues sont des références.

Ces errements illustrent que le temps scientifique doit être déconnecté du médiatique. L'urgence de la pandémie ne justifie pas les études médiocres, a-t-il estimé sur Twitter.

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