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Les tours de feu au coeur de l’histoire du Nord de l’Ontario

Un homme pose devant une tour de feu

Renaud Guindon a vécu de vives émotions en remettant les pieds sur son lieu de travail de l’époque.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Entre 1940 et 1970, les guetteurs de feu passaient des mois complets perchés au sommet d’une tour de 35 mètres à la recherche de la moindre trace de fumée. Cinquante-cinq ans plus tard, le Kapuskois Renaud Guindon raconte comment il a vécu son premier emploi étudiant, isolé du reste du monde, au milieu de la forêt Gordon Cosens.

Avant l’avènement des avions de détection des feux de forêt, l’homme de 70 ans raconte qu’il passait ses journées entières dans la tour armé de ses jumelles à fixer l’horizon.

Lorsqu’il repérait un feu, il alertait le poste central à Harty afin que l’opérateur puisse envoyer les équipes nécessaires sur les lieux.

Accompagné d’un caméraman de Radio-Canada, Renaud Guindon a accepté de retourner sur son lieu de travail qu’il a quitté en 1968.

Au milieu des années 60, M. Guindon parcourait en train les 50 kilomètres qui séparaient Kapuskasing et la tour isolée en forêt.

Un homme sourit avec un panorama splendide

Le sourire était au rendez-vous quand Renaud est arrivé au sommet de la tour.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

  Il n’y avait aucun moyen de sortie, tu étais pris là jusqu’à tant qu’on revienne te chercher à la fin de la saison des feux , raconte celui qui n'avait que 16 ans à l'époque.

Le chemin de fer maintenant disparu, la tour est abandonnée au cœur de la forêt.

Le sentier pour s’y rendre s’annonce ardu à travers la dense végétation.

L’expédition est menée par l’explorateur et directeur général de la Ville de Kapuskasing, Guylain Baril.

J’ai repéré la tour avec mon hydravion il y a quelques années, mon fils et moi, on a profité de la pandémie pour trouver un chemin afin de s’y rendre en analysant des images satellites, dit-il, en ajoutant que la plupart des tours de feux ont été détruites pour des raisons de sécurité.

Deux hommes posent devant une tour de feu

Guylain Baril était bien fier de son fils Samuel quand il a trouvé les coordonnées GPS de la tour de feu en mars dernier.

Photo : Guylain Baril

Pour Kapuskasing, la richesse depuis 1921 est la forêt Gordon Cosens. C’est vaste comme territoire. J’imagine qu’ils ont dû avoir beaucoup de feux et qu’ils ont bâti ces tours afin d’éviter de perdre leur réserve de bois.

Guylain Baril, directeur général de la Ville de Kapuskasing

Après une heure de marche en forêt, les efforts de Renaud Guindon sont enfin récompensés.

La structure en acier se dresse devant lui où trône au sommet une cabine octogonale en bois.

Une tour de feu

Les tours de feux sont construites au sommet des montagnes dominantes et offrent une excellente visibilité des territoires forestiers à protéger.

Photo : Jimmy Chabot

On est arrivés, s’exclame-t-il. La cabane est encore en super bon état, elle a été bien bâtie pour survivre toutes ces années avec la pluie et l’humidité, dit-il, s’empressant de grimper l’échelle de 35 mètres qui mène à la plateforme d’observation.

Renaud Guindon souligne avoir vécu l’isolement alors que les moyens de communication étaient très limités.

On ne pouvait pas parler comme aujourd’hui par Skype avec nos proches.

L’opérateur dans la tour centrale nous appelait aux 3 heures, on lui donnait l’humidité, la pression, la direction des vents et bye, bye. Il passait à un autre appel. On n’avait pas le temps de lui raconter notre journée. Il avait une dizaine d’autres tours à gérer, dit-il.

L’homme qui habite aujourd’hui Orléans, en banlieue d’Ottawa, se souvient que peu de gens avaient le courage d’accepter cet emploi.

 Il y avait de mes amis pour qui c’était un supplice. La plupart du temps, le Ministère envoyaient des trappeurs, avec ces messieurs-là ils s’assureraient qu’il entrerait au printemps et ressortirait à l’automne sans pleurer.

Un homme grimpe une échelle.

Dans les années 60, Renaud Guindon pouvait monter l’échelle 5-6 fois par jour. Il avait accès à une maison en bois ronds à deux kilomètres de la tour.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Avant de redescendre la tour, Renaud Guindon prend une grande respiration en appréciant le panorama splendide qui s’offre à lui, un tapis vert à perte de vue.

Vraiment, c’était des beaux moments. C’est paisible, le chant des oiseaux. On a la paix ici , dit l’homme ému d’avoir la chance de faire une dernière visite à la tour de feu de Kapuskasing.

Pendant la crise de la Covid-19, Renaud Guindon a mis à profit ce que lui a appris, il y a des décennies, cet emploi étudiant : la nature comme thérapie. 

C’est pourquoi il dit s’être confiné en pleine nature à sa résidence secondaire.

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