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Un épicier dévoile ses comptes et ça n'augure rien de bon pour les clients canadiens

« On s'en va vers une augmentation importante du prix du panier d'épicerie, c'est inévitable. »

Franck Henot est debout entre deux caisses et tient dans ses mains des masques de procédure et une bouteille de désinfectant.

Franck Henot est propriétaire de l'Intermarché Boyer, sur l'avenue du Mont-Royal, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C'est très rare qu'un commerçant accepte de partager sa situation financière en détail. Le propriétaire de l'épicerie Intermarché Boyer, à Montréal, fait preuve de transparence pour que ses clients comprennent pourquoi les prix vont beaucoup augmenter.

Franck Henot évalue que le panier d'épicerie va coûter de 4 % à 7 % plus cher en raison de la pandémie. Des chiffres que confirment l'Association des détaillants en alimentation du Québec et le Conseil canadien du commerce de détail, qui représente les grandes enseignes comme IGA, Metro et Loblaws.

Avec la COVID, les bénéfices fondent comme neige au soleil

L'Intermarché Boyer a un chiffre d'affaires annuel de plus de 16 millions de dollars et c'est une des épiceries indépendantes les plus rentables au Québec. Pourtant, s'il ne répercute pas ses nouvelles dépenses liées à la COVID dans les prix des aliments, Franck Henot va anéantir ses profits.

Du 12 avril au 9 mai, il avait budgété des bénéfices de 36 677 $, mais c'était sans compter des frais supplémentaires de 37 475 $ en raison de la pandémie.

C'est important pour moi de dévoiler ces chiffres, parce que dans les dernières semaines, on a entendu beaucoup de commentaires comme quoi les épiciers sont en train de faire fortune. Ce n'est pas du tout le cas.

Franck Henot, propriétaire de l'Intermarché Boyer

De nouveaux frais mensuels s'ajoutent, comme la présence à temps plein d'un gardien de sécurité pour limiter le nombre de clients en même temps dans le magasin.

Au mois de mars, pour éviter la contamination, il a installé aux caisses des plexiglas (1800 $) et un évier (2500 $), mais ces dépenses non récurrentes ne sont pas prises en compte dans le calcul. Il y a en revanche des frais mensuels pour les masques ou le désinfectant pour les mains, les paniers, les caisses...

Pour ne pas attraper le coronavirus, les clients préfèrent payer avec une carte de crédit sans contact plutôt que de manipuler et échanger de l'argent liquide. Mais les compagnies comme Visa et MasterCard prélèvent des frais aux commerçants, ce qui se reflète dans les comptes de l'épicier.

Pour garantir la distanciation sociale et limiter les files d'attente, l'épicerie ouvre toutes ses caisses. Mais pour cela, il faut payer plus d'employés en magasin.

Quatre fois plus de clients ont recours au service de livraison à domicile, ce qui coûte cher à l'épicier. Même s'il facture 5 $ par commande, une livraison lui coûte en réalité 14 $.

Franck Henot a également dû investir dans un conteneur réfrigéré à l'extérieur de son magasin pour y placer les nombreuses commandes en attente de livraison. La location mensuelle est de 3200 $ et l'installation lui a coûté 1700 $ (non pris en compte dans le calcul, car non récurrent).

Franck Henot avec des masques, du désinfectant et un comptoir en plexiglas

« On s'en va vers une augmentation du panier d'épicerie importante, c'est inévitable », prévient Franck Henot, propriétaire de l'Intermarché Boyer.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les grandes chaînes d'épiceries comme IGA, Metro et Loblaws ne sont pas épargnées par les nouveaux frais liés à la COVID. Selon le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) qui les représente, l'impact sera mesuré à la fin du mois de juin, quand les résultats du deuxième trimestre seront connus.

Actuellement, il y a une conjoncture qui pousse les prix à la hausse, confirme Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales du CCCD. Il évoque trois grandes raisons :

  • les frais liés à la gestion de la COVID, qu'il qualifie de « significatifs »;
  • la faiblesse du dollar canadien;
  • les difficultés d'approvisionnement sur le marché américain.

Franck Henot le constate à l'échelle de son épicerie : J'ai déjà commencé à recevoir beaucoup de produits qui ont augmenté, avant même d'inclure mes propres frais.

Il va malheureusement y avoir une augmentation des prix, surtout si les mesures de distanciation sont maintenues.

Pierre-Alexandre Blouin, PDG de l'Association des détaillants en alimentation du Québec
Un employé masqué regarde les stocks de boisson.

Les petites épiceries indépendantes auront plus de mal à absorber les coûts de la COVID.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Il y a des commerces alimentaires qui ne s'en sortiront pas, croit le PDG de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), Pierre-Alexandre Blouin.

L'ADA anticipe que les consommateurs vont se tourner de plus en plus vers les produits économiques.

Actuellement, le prix des aliments augmente presque quatre fois plus rapidement que le prix de tout autre bien.

Sylvain Charlebois, directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de la Faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie

Les prix des aliments ont déjà grimpé de 3,4 % à l'épicerie, a constaté le directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de la Faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois. Avant même la pandémie, le Laboratoire prévoyait déjà 4 % de hausse en 2020.

Selon Sylvain Charlebois, avec une inflation quasi nulle dans l'économie en général, « pour le consommateur, la hausse des prix en alimentation va paraître comme si elle était de 10 % ou 12 % ».

Dans les dix dernières années, la hausse moyenne des prix du panier d'épicerie était de 2,1 %, en moyenne, par an.

L'expert anticipe que les grandes enseignes vont essayer d'étaler l'impact de ces hausses sur un an ou deux.

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