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La mort de George Floyd ravive le débat sur le port de caméras par le SPVM

Des policiers avec leurs boucliers portant masque, casque et visière.

Des policiers du SPVM lors d'une manifestation de solidarité à Montréal envers George Floyd, l'homme de Minneapolis tué par un policier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Les arrondissements de Montréal-Nord, Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce et Pierrefonds-Roxboro pressent la Ville de Montréal d'équiper « rapidement et de façon permanente » ses policiers de caméras portatives et d'instaurer une équipe spécialisée dans les interventions auprès des communautés culturelles.

Les arrondissements ont respectivement adopté une motion en faveur du déploiement de cette technologie au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

La motion rappelle que des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche soir dernier, au centre-ville de Montréal, afin de dénoncer la brutalité et le racisme dans la foulée de la mort de George Floyd à Minneapolis, le 25 mai. Un policier a été arrêté et est accusé de meurtre au troisième degré et d'homicide involontaire sur cet Afro-Américain de 46 ans.

En février 2019, l'administration Plante avait rejeté l'idée d'obliger le SPVM à munir ses agents de caméras portatives à la suite d'un projet pilote que le SPVM n'avait pas jugé concluant.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, semble maintenant mieux disposée à l'égard du port de caméras par les policiers de la ville.

Depuis le départ, notre administration n'est pas en désaccord avec le projet des caméras corporelles, a-t-elle déclaré mardi. Par contre, on avait un problème avec le projet pilote qui avait été lancé sous l'ancienne administration et qui a été un échec.

L'un des problèmes était que la technologie ne permettait pas l'utilisation du matériel en cour. L'une des raisons pour laquelle on veut des caméras corporelles, c'est pour l'imputabilité et la notion de transparence, a expliqué Mme Plante.

On a toujours dit dès le début [...] qu'on souhaitait aller de l'avant avec les caméras personnelles, a précisé pour sa part Rosannie Filato, responsable de la sécurité publique et conseillère dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Mais on tenait à le faire d'une façon qui respectait la vie privée des citoyens et des citoyennes.

François Legault dit non

L'administration montréalaise entend aussi travailler de pair avec le gouvernement du Québec dans ce dossier.

Mardi, le premier ministre François Legault a fermé la porte à l'utilisation de caméras par les policiers. On ne regarde pas ça pour le moment, a-t-il tranché. Le Québec ne se trouve pas dans la même situation que les États-Unis, a-t-il ajouté.

Seule une minorité de policiers fait du profilage [racial], selon le premier ministre, qui précise qu'on ne veut plus en avoir.

Oui, il y a du travail à faire entre autres chez les policiers et je veux que ce soit tolérance zéro.

François Legault, premier ministre du Québec

Les deux plus importants services de police du Québec, la Sûreté du Québec et le SPVM, ont dénoncé les actes des policiers de Minneapolis qui ont mené à la mort de George Floyd.

L'opposition veut les caméras

Le texte de la motion adoptée par 3 des 19 arrondissements montréalais stipule que le nombre d'interpellations effectuées par le SPVM a grimpé de 143 % entre 2014 et 2017 alors qu'il n'y a pas eu de hausse notable du nombre d'incidents criminels sur le territoire montréalais.

La motion dit aussi que depuis 2010, des rapports sur les pratiques de profilage et d'interpellation ainsi que des plans stratégiques pour contrer le profilage racial se sont succédé au sein du SPVM sans pour autant donner de résultats concluants.

De l'avis du chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, Lionel Perez, il n'y a pas de raison que Montréal tarde.

On a déjà eu notre projet pilote, on a déjà eu des études. La technologie est à la fine pointe, il y a des quinzaines et des dizaines de villes à travers le Canada et les États-Unis qui adoptent cela.

Lionel Perez, chef de Ensemble Montréal

Une nouvelle politique d’interpellation pour le SPVM

En octobre dernier, un rapport d'experts a révélé que les Noirs et les Autochtones avaient entre quatre et cinq fois plus de risques d'être interpellés par les policiers du SPVM, tandis que les Arabes étaient eux aussi nettement surinterpellés.

Nos résultats sont très cohérents avec ce qu’on observe ailleurs et dans les grandes villes américaines, a souligné en entrevue à En direct avec Patrice Roy l'un des chercheurs qui a collaboré au rapport, Victor Armony.

Ce professeur au Département de sociologie de l'UQAM n'a toutefois pas souhaité aller vite dans les comparaisons avec les États-Unis. Avec ses collègues, il avait fait état en 2019 d'un biais systémique dans le fonctionnement du SPVM.

Par la suite, c’est l’organisation et les décideurs qui doivent tirer les conclusions nécessaires : est-ce qu’on doit parler de profilage racial? De discrimination systémique? Là, ça devient un enjeu éthique, politique, même juridique. D’un point de vue scientifique – c’est ce que nous avons été mandatés de faire –, c’était de constater ces écarts statistiques tout à fait majeurs.

Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a pour sa part affirmé avoir pris conscience du problème en consultant ledit rapport. Lors de sa publication, il s'était engagé à prendre les mesures nécessaires pour suivre les recommandations des chercheurs.

Parmi celles-ci, on retrouve l'élaboration d'une nouvelle politique en matière d'interpellation, qui devrait être présentée vers la fin août ou début septembre, selon M. Caron. Encore au stade de la rédaction, pandémie oblige, cette nouvelle politique a été élaborée après plus de 150 consultations, a-t-il ajouté.

Le SPVM s'était aussi engagé à produire un rapport annuel sur le profilage racial dans ses rangs, en collaboration avec les trois chercheurs qui ont déposé le rapport d'octobre dernier. Un nouveau mandat leur sera donc accordé pour aller forer les données davantage, a confirmé Sylvain Caron.

Avec les informations de Yessica Chavez et de Sébastien Desrosiers

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