•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Hong Kong, place financière mondiale à l’aube d’une loi sur la sécurité nationale

Des gratte-ciel se dressent les uns contre les autres sur un petit territoire.

Selon la banque Nataxis, Hong Kong voit passer 70 % de l’investissement chinois vers le reste du monde et 70 % de l’investissement du reste de la planète vers la Chine.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

La Chine assure que la loi sécuritaire qu’elle veut imposer dans le territoire semi-autonome pour mater la contestation anti-Pékin va permettre de rétablir le calme et d’atténuer « la grande inquiétude des milieux d’affaires locaux et étrangers concernant les forces terroristes qui tentent de gâcher Hong Kong ».

Pékin tente ainsi de rassurer les milieux d’affaires et financiers, préoccupés par cette loi contre la sédition, la sécession, la subversion, la trahison, le terrorisme et les ingérences étrangères, dont l'ensemble des détails ne sont pas encore connus.

Alicia Garcia Herrero, chef économiste Asie-Pacifique à la banque Natixis à Hong Kong, apporte des nuances. Elle souligne qu’il y a plus d’argent chinois que d’argent occidental dans le territoire, une quantité de liquidités énormes investies en dollars notamment par des banques et des compagnies étatiques qui ne veulent pas nécessairement tout rapatrier en Chine. Selon cette économiste, les investisseurs de l’empire du Milieu vont continuer à trouver que Hong Kong n’est pas si risqué du tout.

L’analyste croit que ce sera plus compliqué pour les investisseurs étrangers, qui vont se demander si leur argent restera géré et protégé en vertu de la loi fondamentale qui sert de mini-constitution à Hong Kong.

Normalement, on dirait : "Oui. Ce n’est qu’une loi de sécurité nationale, ça ne concerne pas les investisseurs". Mais c’est une ligne très fine. C’est difficile à dire. "Si j’ai un problème avec une entreprise étatique très proche du parti (communiste chinois) : est-ce que ça devient un problème de sécurité nationale?", explique-t-elle.

Je dirais en général, pour les investisseurs étrangers, quelque chose d’important a changé à Hong Kong.

Alicia Garcia Herrero, chef économiste Asie-Pacifique chez Natixis

L’impact de représailles américaines

Ce qui pourrait changer aussi, c’est le statut spécial accordé par Washington à Hong Kong. Ce traitement commercial préférentiel lui permet d’être exempté des restrictions et des droits de douane qui s’appliquent à la Chine.

Le président Donald Trump a ordonné, le 29 mai, le lancement du processus d’élimination de ce statut. Son administration trouve qu’il n’y a plus de raison de traiter le territoire différemment du reste de la Chine, puisqu’à son avis Pékin met fin à son autonomie avec cette loi sur la sécurité nationale.

La révocation de ce statut spécial menace la position de Hong Kong comme centre d’affaires mondial.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des manifestants réunis le soir avec des bougies et des drapeaux américains.

Hong Kong: partir ou bien rester ?

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Mentalité de guerre froide

Le régime communiste chinois promet de riposter aux représailles de l’administration Trump. Il l’accuse d’adopter une mentalité de guerre froide. Le Quotidien du Peuple, organe de presse du parti, a rétorqué que la révocation du statut spécial de Hong Kong ferait surtout mal aux États-Unis.

Plus de 1300 entreprises américaines ont pignon sur rue dans l’ancienne colonie britannique. Tara Joseph, la présidente de la Chambre de commerce américaine de Hong Kong a reconnu, en entrevue au quotidien local South China Morning Post le 1er juin, que plusieurs pourraient réévaluer la pertinence de rester dans le territoire. En examinant, par exemple, les possibilités de déplacer certaines de leurs opérations en Asie.

Quitter Hong Kong pour aller où?

Singapour, important centre financier de l’Asie du Sud-Est, est souvent évoqué comme destination possible pour ceux qui voudraient quitter Hong Kong. Toutefois, impossible pour cette cité-État d’absorber tout ce qui se trouve dans un territoire beaucoup plus grand, soutient Alicia Garcia Herrero, chef économiste pour l’Asie Pacifique chez Natixis.

Des conteneurs illuminés et des gratte-ciel dans la nuit

Le quartier d'affaires central de Singapour à la tombée de la nuit, alors que les opérations se poursuivent dans un terminal portuaire de la ville.

Photo : Reuters / Edgar Su

Si elle croit que plusieurs pays pourraient profiter de la situation pour créer des centres financiers extraterritoriaux régionaux, elle émet un bémol. Ce n’est pas possible si on a des contrôles de capitaux (contrôler les entrées et les sorties de capitaux). C’est vrai pour la Thaïlande, c’est vrai pour plusieurs centres potentiels. C’est pour cela que c’est difficile. Et que ça va prendre du temps, dit-elle.

Alicia Garcia Herrero est d’avis que c’est la raison pour laquelle la Chine « a le courage » d’aller de l’avant avec sa loi controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong. Elle sait qu’une grande partie de l’argent est chinois et que les investisseurs étrangers qui voudraient, peut-être, partir ne trouvent pas où aller si facilement que cela, conclut-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !