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Le meurtre d’un jeune Palestinien par la police est assimilé à celui de George Floyd

L'homme de 32 ans, mais qui a l'âge mental d'un garçon de 8 ans, a été abattu à Jérusalem par des policiers alors qu'il se rendait à l'école. Les autorités israéliennes refusent de divulguer les images des caméras de surveillance.

La mère d'Iyad Hallak tient dans ses mains une photo de son fils. On le voit tenir un pot de fleur.

La mère d'Iyad Hallak pleure la mort de son fils, abattu samedi par des policiers israéliens.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD GHARABLI

Agence France-Presse

Autiste, Iyad Hallak traversait presque chaque jour sous le regard des policiers israéliens la « Porte des Lions » pour se rendre à son école dans la Vieille Ville de Jérusalem. Mais samedi, il a été tué par la police et, depuis, les Palestiniens ne décolèrent pas.

Samedi 30 mai, quartier de Wadi el-Joz, dans le vallon sous le mont des Oliviers, à Jérusalem-Est : Iyad Hallak, garçon poli, amateur de jardinage et collectionneur de parfums, selon son oncle Oussama, boit le thé préparé par sa mère et se rend avec sa maîtresse à l'école Elwyn Al-Quds, sise au pied de l'esplanade des Mosquées.

Grand, fort d'épaules, les cheveux marron, Iyad Hallak en impose physiquement. Mais l'homme de 32 ans a aussi l'âge mental d'un enfant de 8 ans.

Depuis six ans, Iyad fréquente cette école de Jérusalem qui s'occupe des personnes ayant des handicaps congénitaux.

Iyad adore l'école et, au plus fort de la crise du nouveau coronavirus, il souffrait de ne pouvoir s'y rendre, affirment des proches à l'AFP.

La maison familiale est située à une dizaine de minutes de marche de l'école, juste derrière la Vieille Ville. Puisque Iyad est autiste, sa mère, Rana, l'a accompagné pendant des années.

Des Palestiniens transportent la dépouille d'Iyad Hallak dans une rue. Plusieurs dizaines de personnes sont présentes.

La dépouille d'Iyad Hallak a été transportée dans les rues de Jérusalem dimanche par des Palestiniens en colère.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD GHARABLI

Ces derniers mois, la famille lui a toutefois appris à se rendre seul à l'école. Je surveillais toujours où il était, on se contactait sur WhatsApp, souffle sa mère, voile noir du deuil, silhouette frêle et mains tremblotantes.

Ce samedi matin, une enseignante a fait le trajet avec Iyad. Mais, une fois à la Porte des Lions, arche de pierre ocre et sable nommée Bab al-Asbatt en arabe et Shaar HaArayot en hébreu, la situation a dégénéré.

Iyad allait piocher son téléphone dans sa poche. Des policiers ont cru qu'il sortait une arme, d'autant que les attaques sont relativement courantes envers les forces israéliennes.

Selon un communiqué de la police, des membres des forces de l'ordre ont sommé Iyad de stopper son geste, puis ont commencé à le poursuivre à pied.

Durant cette poursuite, des officiers ont ouvert le feu sur le suspect, selon la même source.

Son enseignante a dit aux policiers qu'il était handicapé et leur a demandé de vérifier son identité, mais ils l'ont gardée à l'écart et (...) ont tiré.

Kheiri Hallak, père d'Iyad, son seul fils

Le trentenaire a été tué de deux balles, selon la famille, qui a récupéré le corps après autopsie.

Comment la police des frontières israéliennes, qui contrôle l'accès à la Vieille Ville, a-t-elle pu tirer sur cet homme autiste qui passait là chaque jour?, s'interroge la famille.

Le tireur, recruté récemment dans l'unité, se croyait en réel danger, selon son avocat. Mais Iyad n'était pas armé. La famille, elle, veut voir les images, d'autant que la Vieille Ville est quadrillée de caméras de surveillance.

Chaque colonne a trois caméras, si un moustique est passé, ils savent qu'il est passé. Pourquoi ne diffusent-ils pas ces images?

Kheiri Hallak, père d'Iyad

Mais les images pourraient être explosives d'autant qu'elles se télescopent avec celles au loin de George Floyd, un homme noir non armé, tué la semaine dernière par un policier à Minneapolis, prélude à des manifestations à travers les États-Unis.

Des manifestants brandissent des pancartes dans une rue.

Des Israéliens de Jérusalem n'hésitent pas à tracer eux-mêmes un parallèle entre la mort d'Iyad Hallak et celle de George Floyd. « De la Vieille Ville aux villes jumelles » de Minneapolis et St. Paul, peut-on lire sur une pancarte. « Justice pour Iyad, justice pour George », indique une autre.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD GHARABLI

À Jérusalem-Est, territoire occupé et annexé par Israël depuis 1967, des milliers de personnes ont pris la rue pour les funérailles tard dimanche soir d'Iyad Hallak.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a dénoncé un crime de guerre et une exécution. Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz a offert ses condoléances à la famille et dit faire pression pour une enquête rapide.

Sur les réseaux sociaux arabes, le mot-clic #PalestinianLivesMatter (La vie des Palestiniens compte) croise #BlackLivesMatter, mouvement et cri de ralliement antiraciste aux États-Unis.

Dans le cas d'Iyad, c'est de l'occupation, pas de la discrimination raciale, dit à l'AFP Ayman Odeh, chef de la Liste unie des partis arabes israéliens.

Au bout de la rue étroite de la famille Hallak, deux tentes colorées – une pour les hommes, une pour les femmes – ont été plantées pour ce deuil à l'heure étrange de la COVID-19, avec des bouteilles de gel hydroalcoolique disposées sur des tables basses.

Comme les leaders palestiniens ne peuvent accéder à Jérusalem, ce sont ceux de la Liste unie qui ont présenté de visu, la mine basse, leurs condoléances à la famille.

Le martyr d'Iyad n'a fait qu'augmenter le niveau de colère de la population.

Ayman Odeh, chef de la « Liste unie » des partis arabes israéliens

Les prochaines semaines pourraient s'avérer critiques, le nouveau gouvernement israélien devant présenter à partir du 1er juillet sa stratégie pour mettre en oeuvre le plan de l'administration Trump pour le Proche-Orient qui prévoit l'annexion de pans de la Cisjordanie occupée.

Des manifestations étaient prévues contre ce projet en Israël, mais le meurtre d'Iyad sera au coeur des prochains rassemblements, souligne un cadre de la liste arabe.

La colère ne va pas redonner leur fils à la famille Hallaq. Iyad est désormais dans les bras de Dieu et je suis certaine qu'il est heureux, souffle sa mère, qui enlace le portrait de son fils, comme s'il était encore là.

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