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Le syndicat des facteurs accuse Postes Canada de retenir « délibérément » des colis

Postes Canada rétorque avoir livré plus de 450 000 colis ce week-end seulement.

Une photo de la façade de l'édifice.

Le centre de triage de Postes Canada sur l'avenue Sandford Fleming, à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

Depuis presque trois mois, Postes Canada traite chaque jour autant de colis que pendant la période des Fêtes. Les difficultés financières que traverse la société d’État pourraient aggraver les retards de livraison déjà importants, selon le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP).

Sa porte-parole, Nancy Beauchamp, soutient que des colis ont été délibérément retenus ce week-end pour ne pas payer d'heures supplémentaires aux facteurs. Les employés sont là, disponibles pour travailler. On ne comprend pas pourquoi l’employeur n’utilise pas le temps supplémentaire, déplore-t-elle.

On se rend compte que pendant une pandémie où le volume est extraordinaire, l’employeur n’utilise pas la même méthode [que pendant les Fêtes] pour faire travailler les employés en temps supplémentaire.

Nancy Beauchamp, porte-parole du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes

La représentante syndicale fait un lien entre les derniers états financiers de Postes Canada et la situation actuelle. La société d’État vient en effet d’enregistrer une perte de 66 millions de dollars pour le premier trimestre, en dépit de revenus en nette hausse pour la livraison des colis.

Sans nier la version des faits du STTP, Postes Canada affirme que près d’un demi-million de colis ont été livrés ce week-end et que l’employeur paie régulièrement des heures supplémentaires aux facteurs.

Pas comme une lettre à la poste

Le porte-parole de la société d’État soutient que les retards sont causés par le nombre record de colis qui arrivent dans ses installations. Philipe Legault rappelle que Postes Canada a fait face à une demande sans précédent et surtout, complètement inattendue, en marge de la pandémie.

Ce n’est pas seulement le volume des achats, mais la variété des produits, dit-il, en donnant l’exemple de mobilier de jardin ou de kayaks commandés en ligne. En plus, nos établissements n’ont jamais été conçus pour que nos employés travaillent à deux mètres l’un de l’autre.

Mais la demande accrue et la distanciation physique n’expliquent pas à elles seules les retards. Postes Canada doit également faire face à un manque de personnel. Selon les dernières données rapportées par le syndicat, 4000 employés seraient absents en raison du coronavirus. Certains parce qu’ils doivent garder leurs enfants, d’autres pour des raisons de santé.

Des véhicules devant un édifice de Postes Canada.

Les véhicules de livraison sont vus à l'usine principale de Postes Canada à Calgary, en Alberta, le samedi 9 mai 2020.

Photo : La Presse canadienne / Jeff Mcintosh

Ces gens-là ne sont pas dans le système pour absorber la surcharge de travail, explique Nancy Beauchamp. À cela s’ajoutent les employés en congé annuel ou ceux absents en raison d'un accident de travail.

Postes Canada admet que des employés manquent à l’appel en raison du coronavirus, sans confirmer les chiffres avancés par le syndicat.

Pour pallier le manque d’effectifs, la société d’État dit avoir recours à des employés temporaires. De nouveaux postes ont par ailleurs été affichés et le processus d’embauche a repris la semaine dernière, après avoir été perturbé dans les premières semaines de la pandémie.

En attente d’une convention collective

Les employés de Postes Canada sont sans convention collective depuis deux ans. Les deux parties attendent présentement la décision d’un arbitre, qui devrait arriver d’ici la fin du mois.

L’aide du fédéral réclamée par le syndicat

Pour le syndicat des facteurs, la pandémie révèle des problèmes structurels auxquels fait face Postes Canada, notamment en ce qui concerne la rétention de personnel et la viabilité financière.

Bien qu’il s’agisse d’une société de la Couronne, Postes Canada s’autofinance. Les impôts des contribuables ne subventionnent donc pas ses activités.

C’est pourquoi le syndicat croit qu’étant donné les circonstances, Ottawa devrait bonifier le financement de Postes Canada — ou du moins l’aider comme certaines entreprises du secteur privé. Mme Beauchamp craint en effet que des déficits répétés ne forcent des compressions dans les services.

On est un service public important qui livre d’un bout à l’autre du pays avec des prix abordables. C’est important de maintenir ce service public.

Nancy Beauchamp, porte-parole du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes

Pour le professeur en gestion de l’Université d’Ottawa Gilles Levasseur, Postes Canada devrait d’abord miser sur la diversification de ses sources de revenus.

Il n’y a rien qui les empêche d’aller dans d’autres créneaux, dit l’expert, citant en exemples des transactions bancaires. Ils doivent être capables d’être rentables sans couper dans les services. Sinon, les citoyens paieront le prix.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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