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La reconnaissance officielle des communautés LGBTQ+ en régions rurales est difficile

Le drapeau arc-en-ciel, emblème de la lutte pour les droits LGBTQ

Le canton d’Emo, dans le Nord-Ouest de l’Ontario, a refusé de faire flotter le drapeau arc-en-ciel pour souligner le mois de la Fierté cette année.

Photo : iStock photo

Alors que des activités soulignant le mois de la Fierté LGBTQ+ sont prévues au cours des prochaines semaines dans de nombreuses villes canadiennes, certaines communautés se heurtent toujours au refus de reconnaissance officielle dudit mois de la part de leurs élus municipaux. Un manque d’appui dommageable, selon des militants, surtout dans les régions rurales.

Le conseiller municipal de Nipissing Ouest, Jeremy Séguin, a l’impression de voir un petit rêve se réaliser.

Pour la toute première fois, la municipalité de 15 000 habitants, à l’est du Grand Sudbury, tient dès mardi des célébrations de la Fierté LGBTQ+.

M. Séguin, également président du comité Fierté LGBTQ+ de Nipissing Ouest, se rappelle particulièrement d’une interaction qu’il a eue avec une étudiante, il y a deux ans, alors qu’il était professeur dans un collège local.

Elle avait des questions auxquelles aucun service dans notre région ne pouvait répondre et elle a dû déménager. Alors, j’ai vu qu’il y avait un manque d’égalité et de services dans la région. On s’est rassemblé [..­.] et il y a deux mois environ, on s’est dit : “assez, c’est assez, on a besoin d’avoir de l’action sur le terrain sur-le-champ”, explique-t-il.

Devant l'hôtel de Ville de Nipissing Ouest, une bicyclette colorée ornée d'un panier de verdure agrémente la vue depuis le trottoir.

Les élus de Nipssing Ouest appuient la toute première célébration officielle de la Fierté LGBTQ+ dans la municipalité.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

Pandémie oblige, le défilé imaginé par le comité de 12 personnes, dont fait partie la mairesse Joanne Savage, ne pourra pas avoir lieu.

Mais une proclamation de l’ouverture du mois de la Fierté est prévue mardi soir, un drapeau arc-en-ciel sera hissé à une marina municipale et des passages pour piétons seront peints des couleurs dudit drapeau ainsi que celles du drapeau transgenre.

Des activités seront également proposées sur les médias sociaux.

Tous nos petits souhaits, nos petits vœux commencent à se faire dans la communauté, les gens se sentent assez confortables maintenant pour aller sur Internet et raconter leur inconfort, vivant dans une petite communauté. Ça fait boule de neige en ce moment.

Jeremy Seguin, président du comité Fierté LGBTQ+ de Nipissing Ouest

Originaire de Nipissing Ouest, Michel Gervais, qui s’identifie comme homme gai, affirme qu’il aurait aimé voir de telles célébrations surtout au secondaire quand [il est] sorti.

Personnellement, je suis assez chanceux d’avoir eu beaucoup d’appui, mais je sais que ce n’est pas le cas pour plusieurs jeunes qui sont venus avant ou après moi, note l’étudiant âgé aujourd'hui de 20 ans. Pour les jeunes qui n’ont pas l’appui de leur famille, avoir quelqu’un à qui parler, voir qu’il y a des gens qui vont les comprendre et qu’ils ont une place dans la communauté, c’est vraiment important.

Rejet d'un drapeau LGBTQ car il n'y a pas de drapeau hétérosexuel

Michel Gervais espère aussi que Nipissing Ouest inspire d’autres communautés à faire de même, comme la communauté d’Emo.

Dans le canton du nord-ouest ontarien qui compte environ 1300 habitants, deux des quatre conseillers municipaux ainsi que le maire ont récemment rejeté une motion qui demandait la proclamation du mois de juin comme étant le mois de la Fierté.

La mairie du canton d’Emo.

Le canton d’Emo fait partie du district de Rainy River, à l’ouest de Thunder Bay et près de la frontière entre l'Ontario et le Minnesota.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Le document soumis par l’organisation Borderland Pride proposait également que le drapeau arc-en-ciel soit hissé par les autorités municipales pendant une semaine.

Il n’y a pas de drapeau hissé pour l’autre côté de la médaille, a déclaré le maire d’Emo, Harold McQuaker, pour justifier son opposition à la motion, avant d’être appelé à clarifier ses propos.

Il n’y a pas de drapeau hissé pour les personnes hétérosexuelles.

Harold McQuaker, maire d’Emo
Le conseiller municipal de Fort Frances, Douglas Judson.

Douglas Judson est coprésident de l'organisme Borderland Pride et conseiller municipal à Fort Frances.

Photo : Twitter / Douglas Judson

Même avec une pétition de plus de 1700 signatures, Borderland Pride n’a pas réussi à faire changer d’avis les conseillers municipaux, qui ont voté exactement de la même manière le 26 mai.

La prise de position désole le coprésident de Borderland Pride, Douglas Judson.

C’est certainement un rejet. Pour toute personne qui a du mal à accepter son orientation sexuelle ou son identité de genre, ou d’autre problèmes d’appartenance, il s’agit d’un message très troublant qu’il existe quelque chose d’indécent à leur sujet.

Douglas Judson, coprésident de Borderland Pride

Des défis particuliers pour les petites communautés

Le désarroi de M. Judson provient aussi du fait qu’il est convaincu que la Fierté doit être davantage visible dans les municipalités rurales.

Les personnes LGBTQ+ ont moins de symboles et de modèles positifs dans les petites communautés, ajoute-t-il.

Il est important que nous fournissions ces représentations positives, que nous montrions que nos institutions et les leaders de nos communautés soutiennent les personnes de toutes identités et orientations, souligne M. Judson, qui est aussi conseiller municipal à Fort Frances.

Pour le président de Fierté Sudbury Pride, Alex Tétreault, l’échec de certains efforts de reconnaissance de la communauté LGBTQ+ comme la motion soumise aux élus d’Emo n’est pas surprenant.

Un jeune homme habillé en rouge

Alex Tétreault est président de Fierté Sudbury Pride.

Photo : Radio-Canada

Il y a un certain segment de la population qui n’est pas forcément sensibilisé aux enjeux de la communauté LGBTQ+. Il y a encore cette notion que donner une certaine reconnaissance à un groupe marginalisé comme la communauté LGBTQ enlève à ce que le reste de la communauté a, fait-il savoir.

Même à ce point-ci de notre histoire, même si on a fait des progrès comme société, il y a encore un certain montant de sensibilisation à faire.

Alex Tétreault, président de Fierté Sudbury Pride

Jeremy Séguin reconnaît aussi les défis particuliers auxquels doivent toujours faire face les membres de la communauté LGBTQ+ dans les petites municipalités.

La preuve, à son avis, est qu’il ait été nommé président d’un comité militant pour les droits d’une communauté à laquelle il n’appartient pas, mais dont il se considère comme un allié.

On ne savait pas comment la population allait réagir. Il y a des gens qui avaient le potentiel d’être président de l’association, mais la peur de l’harcèlement, c’est nouveau. On a été obligé d’être un peu plus avant-gardiste en choisissant la personne qui va représenter le groupe. On a choisi quelqu’un qui est un allié très fort, mais aussi quelqu’un qui ne serait pas affecté de la même façon lorsque les gens utilisent certaines paroles, soutient-il.

De nouvelles initiatives qui font une différence

Sylvie Martin, de Hearst, se réjouit d'avoir suivi son instinct l'an dernier et organisé le tout premier défilé de la Fierté de Hearst auquel ont participé environ 60 personnes.

Avant, on visait 2020, c'était une date à célébrer. [Ce n'est que] trois semaines avant la parade qu'on a vraiment sorti toutes les affiches et qu'on les a partagées, raconte la mère d'un fils transgenre et d'une fille lesbienne.

Sylvie Martin est une des responsables du groupe Fierté Hearst.

Sylvie Martin est membre du comité Fierté de Hearst.

Photo : Radio-Canada / Francis Bouchard

Même si son comité a eu des échos d’une opposition citoyenne à la célébration, Mme Martin affirme que personne ne l’a manifestée de manière explicite.

Elle est d’avis que les communautés de petite taille présentent en partie de mauvais côtés pour les personnes LGBTQ+, illustrant ces derniers surtout par le manque de ressources adéquates.

Comme mère, elle estime que les résultats d’une manifestation publique telle que le défilé de la Fierté, même lorsqu’elle est contestée par certains, en valent la peine.

J’'ai vu vraiment une différence chez ma plus jeune après le défilé. Elle était tellement fière, sûre d’elle-même alors qu’elle est gênée d’habitude, conclut-elle.

Faute d’activités en personne cette année, le groupe Fierté de Hearst propose à ses membres des échanges sur les médias sociaux.

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Nord de l'Ontario

Communauté LGBTQ+