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L’opposition à Québec exige un ménage dans les agences de placement en santé

Une enquête de Radio-Canada a révélé que des migrants mal formés, parfois incapables de comprendre le français, ont été envoyés en zones infectées.

Un gardien de sécurité portant un masque à l'entrée d'un établissement.

Une enquête de Radio-Canada a mis en lumière un manque de formation d'employés d'agences de placement envoyés dans des CHSLD durant cette crise.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Québec solidaire et le Parti québécois réclament une enquête publique sur les agences de placement en santé, dans la foulée des révélations de Radio-Canada sur l'envoi de travailleurs mal formés dans des établissements infectés par la COVID-19. Le Parti libéral dénonce le laxisme du réseau de la santé et de la CNESST.

Ces agences profitent du chaos dans le système des CHSLD, dénonce le porte-parole du Parti québécois (PQ) pour les aînés. C’est sûr, c’est très clair que ça doit faire [l’objet] d’une enquête.

Avec la pandémie, le recours aux agences a explosé dans les CHSLD, parfois au mépris des normes de sécurité dans des zones chaudes infectées.

Elles mettent à risque du monde, des personnes. Je ne comprends pas comment on en est arrivé là. [...] C’est un système complètement fou.

Harold Lebel, député du PQ

Il y a eu un resserrement de fait, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller encore plus loin, il faut faire une enquête plus systémique, ajoute le porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière d’Immigration, Andrés Fontecilla.

Les employés d'agences sont formés, assure la ministre McCann

Interrogée sur l’enquête publiée par Radio-Canada, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a soutenu qu'en vertu d'un arrêté ministériel signé il y a deux semaines, les travailleurs ont l'obligation de ne pas changer d’établissement et de zone.

L'arrêté visait plutôt à obliger un travailleur d'agence à fournir à tout organisme du secteur de la santé et des services sociaux où il est appelé à travailler la liste des endroits où il a travaillé au cours des 14 jours précédant son affectation, de même que de dévoiler s’il a été en contact, durant cette période, avec une personne suspectée d’être atteinte de la COVID-19, qui est en attente du résultat d’un test de dépistage de la COVID-19 ou qui a obtenu un résultat positif à un tel test. En entrevue à Radio-Canada, le président de l'association des établissements privés, Michel Nardella, a d'ailleurs évoqué un « laisser-aller » qui a eu pour conséquence que des travailleurs ont été envoyés « à gauche et à droite ».

Par ailleurs, a assuré Mme McCann, tous les travailleurs, incluant les travailleurs d’agence reçoivent une formation en prévention des infections. Nous fournissons également l’équipement de protection nécessaire. Les employés des agences sont aussi formés au même titre que tous les travailleurs de la santé, a-t-elle clamé, alors que de nombreux témoignages évoquent une situation différente, sur le terrain.

Une mauvaise formation

Une enquête de Radio-Canada révélait ce matin que des migrants mal formés, parfois incapables de comprendre le français, ont été envoyés par des agences en zone chaude pour décontaminer les lieux, ce qui ne s’est pas toujours bien passé.

Certaines agences se spécialisent dans le recrutement de demandeurs d’asile qui peuvent être sous-payés. En raison de leur vulnérabilité et de l’absence d’assurances collectives, certains n’ont pas osé déclarer leurs symptômes et ont continué de travailler.

Sous le couvert de l’anonymat, un gestionnaire de centre intégré de santé nous a avoué avoir fermé les yeux sur des manquements évidents à la santé et la sécurité, parce que la situation dans les CHSLD était trop critique et qu’il fallait des remplaçants à tout prix.

Ces migrants étaient ensuite déplacés dans plusieurs établissements, parfois dans la même semaine.

Un système public pas assez financé, déplore le NPD

Ces révélations ont fait également réagir le Nouveau Parti démocratique (NPD). Aux yeux du député fédéral montréalais Alexandre Boulerice, ces agences existent parce que notre système public n’est pas assez financé. Selon l'élu, qui représente la circonscription de Rosemont-La Petite-Patrie à Ottawa, l'objectif premier [de ces agences] n’est pas de bien former les travailleurs, mais de dégager et maximiser les profits le plus vite possible. On va couper les coins ronds et on va donner une formation minimale ou carrément insuffisante.

L’idée de faire du profit dans les soins de santé ne devrait pas exister, juge-t-il en réclamant un examen de conscience collectif après cette crise.

Des personnes vulnérables victimes de ces agences, selon des élus

Il y a un gros travail de débroussaillage de ce réseau parallèle qui s’est malheureusement créé, regrette de son côté la députée indépendante de Marie-Victorin, Catherine Fournier.

Cette dernière avait été la première élue à réclamer la régularisation du statut des demandeurs d’asile qui ont prêté main-forte en CHSLD. On profite de la vulnérabilité de ces gens-là, lance-t-elle.

Ça s’impose de faire le ménage dans le monde des agences de placement qui profitent largement de la population immigrante avec un statut précaire, reprend Andrés Fontecilla.

On sait depuis longtemps que les agences de placement profitent, exploitent des demandeurs d’asile, des personnes très vulnérables.

Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire

Du côté du Parti libéral du Québec (PLQ), on déplore une organisation qui était sur le terrain simplement inexistante.

Il y a eu un manque évident de suivi de la part des CIUSSS et un laxisme de la CNESST, au détriment des personnes vulnérables, des migrants, affirme Monsef Derraji, porte-parole du PLQ en matière d’immigration, tout en précisant qu'il y a des agences de placement qui font du bon travail.

Selon ce dernier, la baisse des seuils d’immigration décrétée par le gouvernement Legault est notamment en cause. Un an et demi plus tard, on fait face à une réalité grave. On le voit dans le réseau de la santé, mentionne-t-il.

La crise de main d’oeuvre frappe partout. Je ne veux pas que les agences soient le bouc émissaire, paient le prix de l’incompétence du gouvernement.

Monsef Derraji, député du PLQ

Face à une pénurie de main-d’oeuvre énorme, les établissements de santé n’ont pas eu le choix, assure-t-il, de faire affaire avec des agences qui font partie intégrante du réseau.

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