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Des parents à Truro ont vécu un été dans la peur pour leurs enfants

Montage de deux photographies de cet homme.

Il se faisait appeler « Flip » et il se présentait comme Kaycee MacDonald sur Facebook, mais son véritable nom est Morgan MacDonald et il était recherché par les services policiers.

Photo : CBC

Radio-Canada

Au début, personne ne connaissait la véritable identité de l’homme qui s’est installé à Truro l’été dernier et qui disait s'appeler « Flip ».

Il faisait souvent la fête, il portait des accessoires d’adolescentes et montrait des billets de 50 $ aux garçons. Il avait un compte Facebook sous le nom de Kaycee MacDonald.

En réalité, il s’appelle Morgan MacDonald. L’homme de 31 ans était recherché par les policiers.

Il avait été relâché en libération d’office d’un établissement à sécurité maximale au Nouveau-Brunswick le 16 mai 2019. Il devait purger le reste de sa peine de quatre ans dans une maison de transition à Saint-Jean, mais il ne s’y est jamais présenté.

Au cours des quatre mois suivants, des parents à Truro ont porté plainte aux policiers pour de multiples incidents. Des dizaines d'accusations criminelles pèsent aujourd'hui sur Morgan MacDonald, dont certaines pour trafic sexuel sur des mineurs.

Des parents disent que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le service policier de Truro n’ont pas pris leurs plaintes au sérieux et qu’ils se sentaient impuissants.

Truro emploie sa propre force policière qui veille sur la municipalité. Le territoire servi par la GRC englobe le reste du comté de Colchester. Les deux corps policiers assurent qu’ils ont fait le suivi approprié sur toutes les plaintes et que leur enquête a mené à l’arrestation de Morgan MacDonald, à Truro, le 23 septembre 2019.

Mais le nombre et la gravité des crimes dont il est accusé et le temps qui s’est écoulé pendant que les parents portaient plainte soulèvent des questions sur les étapes entreprises par les autorités dans cette affaire.

Des parents se sentaient impuissants, selon une intervenante

Plusieurs parents se sentaient abandonnés par les policiers, selon Megan Moody, responsable d’un programme d’appui aux parents de l’organisme Native Council of Nova Scotia.

Les parents n’avaient pas été prévenus d’un risque pour la sécurité et le bien-être des jeunes à Truro, explique Mme Moody. Des parents, ajoute-t-elle, ne sentaient pas que leurs préoccupations étaient prises au sérieux quand ils signalaient ce qui arrivait à leurs enfants.

On ignore comment Morgan MacDonald devait se rendre à la maison de transition à Saint-Jean, qui se trouve à 250 km de l’Établissement de l’Atlantique, à Renous, où il était détenu.

Les portes du pénitencier derrière une haute clôture métallique surmontée de barbelés.

Morgan MacDonald était détenu dans l'Établissement de l'Atlantique, à Renous, au Nouveau-Brunswick.

Photo : CBC

L’agent de libération conditionnelle doit déterminer au préalable si un accompagnement et un moyen de transport sont nécessaires. Il peut s’agir d’une voiture privée, d’un véhicule gouvernemental ou d’un moyen de transport public, selon Service correctionnel Canada. Ce dernier ne précise pas quel était le plan dans le cas de Morgan MacDonald, en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

Selon un porte-parole de la Force policière de Saint-Jean, Jim Hennessy, Service correctionnel Canada a signalé le jour même le fait que Morgan MacDonald ne s’était pas présenté à la maison de transition.

L’argent responsable du dossier a passé les semaines suivantes à essayer de retrouver Morgan MacDonald en communiquant avec certains de ses contacts et en faisant le suivi sur des indices, explique M. Hennessy.

Le 25 juin 2019, plus d’un mois après sa disparition, la Force policière de Saint-Jean a informé le public et lancé un mandat d’arrestation national.

À ce moment, Morgan MacDonald se trouvait déjà à Truro à l’insu des policiers. Son passé criminel en Nouvelle-Écosse remonte en 2013. Il avait, avec quatre complices, dévalisé un chauffeur de taxi, à Dartmouth, en le menaçant avec un couteau. En Ontario, sa première condamnation pour vol et agression remonte à 2009.

La GRC parlait d’un comportement habituel, selon la mère d’une présumée victime

Durant l’été, une résidente a signalé au détachement de la GRC à Truro la disparition de son fils âgé de 14 ans, qui n'avait pas respecté un couvre-feu imposé par la cour.

La mère a aussi signalé que son fils s’était rendu à la maison plus tôt ce jour-là avec un homme dans la trentaine nommé « Flip » et qui semblait être un nouveau venu dans la collectivité. Elle dit que la GRC a écarté ses propos en disant que le comportement de son fils était normal pour un adolescent.

Aujourd’hui, cet adolescent est une présumée victime de traite des enfants et de trafic de drogue, des crimes dont est accusé Morgan MacDonald. CBC/Radio-Canada ne nomme pas cette femme afin de protéger l’identité de son fils.

« Flip » communiquait avec des adolescents de la région sur Facebook.

Elle tient un téléphone portable dans ses mains. On ne distingue pas son visage.

Cette femme affirme que son fils s'absentait de plus en plus et ne répondait plus à ses messages textes.

Photo : CBC

Selon des documents de la Commission des libérations conditionnelles, le passé de Morgan MacDonald est marqué par la violence et des problèmes de santé mentale. Il a été accusé d'agression, de vol et d’avoir proféré des menaces dès 2007. Deux ans plus tard, il a commis un vol dans un restaurant en menaçant une employée avec un couteau.

Ces documents rédigés en 2018 indiquent qu’il a eu des relations difficiles avec les femmes dans le passé et qu’elles doivent être protégées contre ses manœuvres de manipulation, d’influence et de contrôle aux fins de gains personnels.

Le temps passait et la mère de l’adolescent avait remarqué des changements. Son fils était absent de plus en plus souvent et ne répondait plus à ses messages textes. Inquiète, elle a commencé à poser des questions et appris que « Flip » se nommait Kaycee MacDonald sur Facebook.

Montage photographique affiché à l'écran d'un téléphone cellulaire.

En comparant la photographie du mandat d’arrestation de Morgan MacDonald à celle du compte Facebook de Kaycee MacDonald, elle a conclu qu'il ne s'agissait que d'une seule personne.

Photo : CBC

Elle avait aussi entendu dire qu’il était peut-être Morgan MacDonald, un homme recherché par les services policiers. Des parents lui ont parlé du mandat d’arrestation national. En comparant la photographie du mandat d’arrestation de Morgan MacDonald à celle du compte Facebook de Kaycee MacDonald, elle a acquis la conviction qu’il s’agit de la même personne dans les deux cas.

Elle dit avoir appelé plusieurs fois le service Échec au crime pour signaler cela, mais qu’il ne s’est rien produit ensuite.

Vers le 11 août, la dame a découvert dans la chambre de son fils un aérosol-doseur portant le numéro de matricule d’un détenu de l’Établissement de l’Atlantique, où Morgan MacDonald avait été détenu.

Elle dit avoir alors communiqué avec le détachement de la GRC du comté de Colchester pour signaler qu’elle avait une preuve que « Flip » ou Kaycee MacDonald, était en fait Morgan MacDonald qui faisait l’objet d’un mandat d'arrestation. Selon elle, la GRC n’a pas noté ces renseignements et n’est pas allée chercher l’aérosol-doseur.

Plan rapproché du petit aérosol dans la main d'une femme.

Une dame dit avoir découvert dans la chambre de son fils un aérosol-doseur portant le numéro de matricule d’un détenu de l’Établissement de l’Atlantique. Elle dit l’avoir signalé à la GRC qui n’est pas allée le chercher.

Photo : CBC

Entre-temps, son fils était absent depuis des semaines. À la fin de l’été, la panique et la peur avaient gagné plusieurs parents d’adolescents à Truro, selon Megan Moody. Cette dernière avait parlé à plusieurs d’entre eux dans le cadre de ses fonctions, y compris à la mère de l’adolescent.

Quand les jeunes ne rentraient plus à la maison le soir venu, leurs parents craignaient qu’ils consomment de la drogue en étant manipulés par des adultes, explique Mme Moody. Les parents avaient peur que leurs adolescents soient entraînés vers la criminalité, la violence et le trafic de personnes, dit-elle.

Des parents faisaient aussi état d’un manque général de préoccupation lorsqu’ils cherchaient à obtenir de l’aide pour leurs enfants, selon Megan Moody.

Inquiète et désespérée, la mère de l’adolescent a demandé de l’aide au bureau de son député, le 5 septembre. Elle a rencontré sur place un membre du service policier de Truro et a signalé que « Flip », qui était probablement Morgan MacDonald, leurrait des jeunes avec de la drogue et de l’alcool.

À ce moment, les policiers savaient déjà que Morgan MacDonald se trouvait dans les environs, mais il fallait confirmer à quel endroit exactement avant de pouvoir l'arrêter, explique le chef du service policier de Truro, David MacNeil.

La mère de l’adolescent dit avoir eu l'impression que ses préoccupations n’étaient pas prises au sérieux et que les policiers demandaient aux parents de faire le travail pour eux.

Il aurait pu être de retour en prison bien avant ce moment si tout le monde avait écouté, dit-elle.

Une autre mère dit avoir été menacée de mort

Une autre résidente de la région dit avoir connu une expérience similaire en s’adressant aux policiers.

Sa maison dans le centre-ville de Truro était devenue en quelque sorte un refuge pour des amis de son fils qui tentaient de rompre leurs liens avec Morgan MacDonald, explique-t-elle.

L’identité de cette femme fait l’objet d’un interdit de publication à la suite des accusations portées contre MacDonald.

Elle dit qu’elle s’est rendue plusieurs fois au poste du détachement de la GRC du comté de Colchester à Bible Hill pour donner des renseignements sur Morgan MacDonald et qu’elle ne sentait pas être prise au sérieux. Selon elle, des agents ne savaient pas qui était Morgan MacDonald quand elle parlait de lui. Elle dit avoir cru à tort que c’était un bon endroit où s’adresser.

Ses craintes ont atteint un nouveau sommet le 20 août quand Morgan MacDonald s’est présenté chez elle. Il cherchait un adolescent de 17 ans. Il est aujourd'hui accusé d’avoir agressé ce garçon. Deux adolescentes de 14 ans étaient aussi présentes. MacDonald est accusé de leurre d’enfants dans leur cas.

La femme relate qu’elle a dit à Morgan MacDonald de quitter les lieux. Selon elle, il a répliqué qu’il reviendrait avec une arme à feu pour la tuer ainsi que les enfants. L’incident a été signalé au service policier de Truro.

Photographie brouillée de la cour d'une maison.

Une résidente de Truro affirme que Morgan MacDonald l'a menacée de mort, elle et ses enfants.

Photo : CBC

Selon le chef policier David MacNeil, il était difficile d’arrêter MacDonald à ce moment. Personne ne faisait de déposition à la police et les gens étaient vagues quand ils n’avaient qu’un surnom ou un alias pour identifier le suspect, explique-t-il.

La femme a barricadé sa maison pour protéger les jeunes. Elle dit avoir placé un bâton de baseball, un marteau et un couteau près de la porte. Je devais me préparer au pire, ce qui pouvait être une balle, dit-elle.

Le lendemain, le 21 août, la Commission des libérations conditionnelles a prévenu le service policier de Truro que Morgan MacDonald se trouvait peut-être dans la région, au centre d’exposition de Bible Hill, une collectivité voisine.

Les policiers ont transmis ce renseignement au détachement de la GRC du comté de Colchester parce qu’il s'occupe de Bible Hill, indique David MacNeil.

Morgan MacDonald est resté en cavale un mois de plus malgré tout. Aucun des deux corps policiers n’a demandé l’aide du public pour le retrouver ni prévenu la communauté qu’un homme recherché se trouvait dans les environs.

La GRC explique qu’elle n’a pas lancé d’avertissement public à Truro parce qu’il y avait déjà eu des publications en ligne, dont une de la Force policière de Saint-Jean et une d’Échec au crime sur Facebook à la fin de juin.

Les corps policiers précisent qu’ils n’informent pas toujours le public quand ils sont à la recherche de quelqu’un. Seuls les criminels jugés à risque élevé sont signalés.

Elle sentait qu’elle devait protéger elle-même sa famille

La femme, qui dit avoir été menacée de mort par Morgan MacDonald, affirme qu’elle a l'impression d'avoir été laissée pour compte.

Le devoir de la GRC est de protéger le public, particulièrement quand il est question de menaces de mort, souligne-t-elle, en ajoutant qu’elle a plutôt eu l’impression qu’elle devait protéger elle-même sa famille.

Selon la porte-parole de la GRC, Jennifer Clarke, le corps policier a bel et bien reçu plusieurs renseignements du public sur l'endroit où se trouvait Morgan MacDonald, ce qui a aidé les policiers à l’arrêter le 23 septembre 2019.

La GRC, assure la caporale Clarke, a fait le suivi sur les renseignements provenant du public. Elle dit que l’enquête était « très active ».

Morgan MacDonald a été arrêté dans un immeuble de logements, à Truro. Il se trouvait dans un appartement inoccupé au sous-sol.

Accusé de 31 crimes

Morgan MacDonald a été accusé, en janvier, d’avoir commis 31 crimes, dont les suivants :

  • trafic de personnes sur quatre enfants;
  • vivre des produits de la prostitution;
  • pousser un enfant à se prostituer;
  • promouvoir les services sexuels d’un enfant;
  • vivre des produits de la prostitution d’un enfant;
  • leurre d'enfant sur quatre filles;
  • possession de matériel de pornographie juvénile;
  • menaces de mort sur au moins trois personnes;
  • agression sur trois personnes;
  • entrée par effraction dans des appartements;
  • trafic de cocaïne, d’ecstasy et d’autres drogues auprès d’adolescents.

Sa prochaine comparution en cour est prévue pour le 23 septembre au palais de justice de Truro.

D'après un reportage d'enquête de Lindsay Jones, de CBC

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