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Archives

Il y a 25 ans, les femmes du Québec marchaient pour du pain et des roses

Femmes qui avancent en tenant une banderole avec l'inscription "marche des femmes contre la pauvreté".

Entre le 26 mai et le 4 juin 1995, des milliers de femmes marchent à travers le Québec pour contrer la pauvreté

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au printemps 1995, plus de 800 Québécoises marchent pendant dix jours pour lutter contre la pauvreté qui les afflige. Retour en archives sur cet événement d’envergure qui aura su faire entendre les revendications des femmes et leur aura apporté quelques gains.

Du pain et des roses pour changer les choses

Au Montréal ce soir le 26 mai 1995, la journaliste Line Pagé assiste au départ de la marche des femmes et nous parle de l’organisation de l’événement.

Montréal ce soir, 26 mai 1995

« Du pain et des roses » était le slogan des travailleuses américaines du textile au 19e siècle. Le pain est symbole de travail et de conditions économiques et les roses font référence à la qualité de vie.

C’est Françoise David, alors présidente de la Fédération des femmes du Québec, qui lance l’idée d’une marche contre la pauvreté.

Au début des années 1990, le Canada subit une importante période de récession économique. Le taux de chômage au Québec avoisine les 13 %. 20 % des ménages vivent sous le seuil de la pauvreté dans la province.

Le 26 mai 1995, des centaines de femmes commencent à marcher à Montréal, Longueuil et Rivière-du-Loup et convergent toutes vers l’Assemblée nationale à Québec. Elles arriveront le 4 juin 1995.

Elles portent avec elles neuf revendications. Les demandes concernent l’emploi, le salaire minimum, l’équité salariale, le logement social, etc.

Je marche pour ma mère, je marche pour moi, je marche pour mes filles et mon petit-fils, pour un monde meilleur, pour du travail.

Lise Gratton, marcheuse et infirmière

Line Pagé est à la polyvalente de Belœil à la fin de la première journée. Le contingent qui provenait de Longueuil s’arrête après une marche de 20 km, environ le rythme journalier des marcheuses tout au long des dix jours.

Les femmes prennent un répit le soir dans des polyvalentes, des cégeps et des séminaires pour dormir et manger.

Les neuf revendications de la marche contre la pauvreté des femmes :

  • la création d'infrastructures sociales;
  • l'adoption d'une loi sur l’équité salariale et la perception automatique des pensions alimentaires;
  • l’élargissement de l’application des normes du travail;
  • l’augmentation du salaire minimum;
  • la création de logements sociaux;
  • l’amélioration de l’accès à la formation générale et professionnelle;
  • la réduction du parrainage pour les femmes immigrantes parrainées par leur mari;
  • de l'aide pour les victimes de violence conjugale et familiale;
  • le gel des frais de scolarité et l'augmentation des bourses d’études.

Un discours d’espoir et une invitation à poursuivre la lutte

À quelques mois du référendum sur la souveraineté du Québec, la marche contre la pauvreté des femmes bénéficiait d’une conjoncture politique favorable.

Suite à l’événement, le gouvernement du Parti québécois s’engage sur-le-champ à augmenter le salaire minimum de 0,45 $ l’heure. Les demandes d’une loi sur l’équité salariale et du prélèvement automatique des pensions alimentaires avec retenue à la source sont également entendues.

Françoise David prononce un discours devant le Parlement du Québec le 4 juin 1995. Avec ses paroles, elle nourrit l’espoir des participantes.

Du pain et des roses, 4 juin 1995

« Il y a quand même sur le fond la reconnaissance de nos demandes et c’est ça qui est le plus important. Pour le reste, on est encore en vie, on continue », lance-t-elle sous les applaudissements nourris de la foule.

12 000 personnes à Québec, sept revendications sur neuf de satisfaites. La marche contre la pauvreté des femmes a été un grand succès.

Jean-François Lépine, journaliste et animateur

Le Point, 4 juin 1995

C’est ainsi que l’animateur du Point, Jean-François Lépine, présente le reportage de « la réalisatrice Esther Lapointe et de la journaliste Johanne Faucher qui ont voulu savoir comment l’idée de cette marche des femmes a pris naissance ».

Le reportage nous met au fait de statistiques pour le moins alarmantes. En 1995, quatre familles monoparentales sur cinq sont menées par des femmes et les deux tiers vivent dans la pauvreté.

Six personnes sur dix qui travaillent au salaire minimum sont des femmes. Les femmes gagnent en moyenne 75 % du salaire des hommes.

La pauvreté touche une grande partie d'entre elles et les groupes communautaires sont très sollicités.

Les femmes marchent pour améliorer leurs conditions de vie et celles de leur famille. La misère se montre au grand jour et elle affiche plusieurs visages. 

La pauvreté, ce n’est pas seulement des gens assistés sociaux. On a souvent cette image-là. Moi je travaille dans le communautaire, je suis seule et je gagne 12 $ l’heure à 28 h semaine, mais j’ai de la job pour 60 h et je la fais.

Marcheuse et travailleuse communautaire

1500 bénévoles ont accueilli les marcheuses dans les villages du Québec.

Selon Monique Germain de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale, « si nous avions mis bout à bout toutes les femmes qui ont travaillé bénévolement pour la marche, la ligne aurait presque atteint Québec ».

Il y a maintenant une voix, celle du mouvement des femmes, que certains croyaient mort. Ils se sont bien trompés. Une voix qui se fait entendre, qui parle d’équité, de justice, de partage, de solidarité. […] Les femmes et leurs groupes sont désormais sortis de l’ombre.

Françoise David
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