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Suicide d’un patient au CHR : une bataille avec Vitalité pour obtenir des documents

Charles Murray en discussion avec une collègue.

Charles Murray, ombudsman du Nouveau-Brunswick, lors du dépôt de son rapport sur le Centre hospitalier Restigouche, le 7 février 2019.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Radio-Canada

Le Réseau de santé Vitalité partage de nouveaux documents concernant la mort d’un patient au Centre hospitalier Restigouche (CHR), après avoir affirmé ne pas les avoir en sa possession.

Le réseau de santé a partagé de nouveaux documents en lien avec l’enquête sur le suicide de Martin Michaud en 2019, au sein du principal hôpital de soins psychiatriques du Nouveau-Brunswick

Un cadre de Martin Michaud, devant son père et son frère lisant ses lettres.

Une photo de Martin Michaud, devant son père et son frère lisant des lettres qu'ils avaient écrites.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Ces documents ont été transmis après une longue bataille d'accès à l'information mené par le réseau CBC pendant plus de neuf mois.

Une longue bataille

Vitalité a longtemps affirmé n’avoir que deux documents en sa possession, ce qui représentait moins de trois pages d’information. Cette affirmation était finalement fausse.

En réalité, Vitalité avait en sa possession plusieurs autres documents sur la mort de Martin Michaud, dont une chronologie des événements et un courriel envoyé par un vice-président de l'organisation à d'autres membres de la haute direction.

Vitalité a omis de partager ses informations avec CBC, ainsi qu’avec l'ombudsman de la province Charles Murray, pendant près de neuf mois. Cela a eu comme effet de retarder son enquête ainsi que l’accès du public à cette information.

Charles Murray en point de presse.

Charles Murray, l'ombudsman du Nouveau-Brunswick, a rendu public un rapport choc sur le Centre hospitalier Restigouche en 2019.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

L'enquête de Charles Murray a également révélé que le comité interne de Vitalité, qui a examiné le décès du patient, n'a pas laissé de traces écrites de leurs conclusions et n'a présenté un rapport qu’oralement.

Charles Murray a laissé entendre que cette façon de procéder était intentionnelle.

Ils essaient d'éviter de créer un dossier qui, selon eux, pourrait être utilisé contre eux dans le cadre d'une procédure judiciaire.

Charles Murray, ombudsman du Nouveau-Brunswick

M. Murray affirme que sa confiance dans l’institution a été détruite à partir du moment où il a appris qu'on lui avait caché de l'information. Si on commence dès le début à cacher le fait que les documents existent, déjà on est [sur la mauvaise voie], dit-il.

Roland Michaud, le père de Martin Michaud, a pris connaissance des récents développements dans ce dossier. Il trouve inacceptable qu'un aussi long laps de temps se soit écoulé entre la demande d'accès à l'information et le partage des documents.

Grosse frustration de voir qu’il y a eu ces cachotteries-là de faites pendant tant de mois. J’ai trouvé ça incroyable. C’est pas acceptable non plus, exprime-t-il.

Des questions toujours sans réponse

Martin Michaud, 38 ans, a été retrouvé mort dans sa chambre d’hôpital le matin du 9 février 2019.

Deux jours plus tôt, Charles Murray avait publié un rapport accablant sur des cas de mauvais traitements dans cet hôpital psychiatrique.

Il affirmait que des patients étaient victimes d'actes de négligence, de violence et de traitements inacceptables, et que l’établissement souffrait d’une pénurie criante de personnel.

Le Centre hospitalier Restigouche vu de l'extérieur.

Le Centre hospitalier Restigouche est situé à Campbellton, dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Vitalité maintient que l’établissement est sécuritaire pour les patients, mais de nombreuses questions sur la mort de Martin Michaud demeurent sans réponse.

Il est notamment impossible de savoir ce qui s’est passé dans les trois heures qui se sont écoulées entre le moment où un employé a vérifié l’état du patient pour la dernière fois et le moment où son corps a été retrouvé sans vie.

Les informations contenues dans les documents partagés avec CBC ne permettent pas d’expliquer les raisons pour lesquelles aucun employé n’était présent à cet instant crucial.

Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne

Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne

Photo : Radio-Canada / Jacques Poitras

Les représentants de Vitalité n’ont pas souhaité accorder une nouvelle entrevue sur cette affaire.

Tout ce qui devait être fait dans ce dossier a été fait, incluant certains changements à nos procédures internes. Le réseau s’est exprimé publiquement sur cette affaire à de nombreuses reprises en 2019 et en 2020 et aucun commentaire additionnel ne sera émis pour l’instant, écrit Gilles Lanteigne par courriel.

L’automne dernier, le PDG de Vitalité, Gilles Lanteigne, a déclaré que le réseau de santé avait apporté des changements après le décès de Martin Michaud.

Le CHR a notamment révisé son système afin de s’assurer que des contrôles de routine soient effectués. Les membres du personnel doivent maintenant confirmer qu'ils ont vu le patient respirer. Ils doivent également noter l’heure de ces visites et les partager avec un superviseur.

De longs délais

Lorsque le réseau CBC a initialement demandé de l’information sur la mort de Martin Michaud, Vitalité a refusé en expliquant que cela représenterait une atteinte à la vie privée.

CBC a fait appel de cette décision et plusieurs mois plus tard, Vitalité a partagé deux documents : les recommandations découlant de la mort de Martin Michaud, ainsi qu’un rapport d’incident caviardé.

Une courte note de service indiquant uniquement la date des faits, le nom et l'âge du patient ainsi que le numéro de sa chambre.

Le Réseau de santé Vitalité présente ce bref rapport d'incident rédigé à la suite du suicide de Martin Michaud au Centre hospitalier Restigouche en février 2019.

Photo : Réseau de santé Vitalité

C’est à ce moment que CBC a demandé une enquête formelle.

L’ombudsman Charles Murray dit qu’il ne croyait pas le réseau de santé lorsque ce dernier affirmait ne pas avoir d’autres documents.

L’idée qu'à la fin de cette enquête, nous avions seulement quelques pages, ce n'est pas une situation particulièrement crédible, a déclaré Murray en entrevue avec CBC.

Ce n'est que lorsque l’ombudsman a entamé une enquête officielle sur la plainte de CBC que Vitalité a dévoilé plus d'informations

Charles Murray croit que, dans certains cas, des petites organisations qui ne répondent pas souvent à des demandes en vertu de la Loi sur l’accès à l’information peuvent faire des erreurs. Il ne croit pas que cela s’applique dans le cas de Vitalité.

Avec les informations de Karissa Donkin, CBC News

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