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La garde nationale, « le dernier recours des gouverneurs » en situation de crise

Des militaires de la garde nationale, en poste entre deux véhicules blindés.

La garde nationale du Minnesota a été appelée en renfort à Minneapolis et à Saint Paul lors des manifestations dans la foulée de la mort de George Floyd.

Photo : Getty Images / Scott Olson

La garde nationale a été mobilisée en fin de semaine dans plusieurs États pour épauler les policiers et cette division de l’armée américaine représente le dernier recours des gouverneurs avant de devoir se soumettre au contrôle direct du gouvernement fédéral. Portrait.

Face aux dérapages des derniers soirs dans plusieurs grandes villes américaines, les gouverneurs de plus d’une dizaine d’États ont mobilisé la garde nationale pour intervenir auprès des corps policiers.

Ces militaires sont des réservistes de l’armée américaine présents dans tous les États et souvent appelés en renfort lors de catastrophes naturelles.

Ils sont sous le commandement du gouverneur de l’État, mais le gouvernement fédéral peut les appeler à aller faire la guerre à l’étranger, explique le chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand et historien Donald Cuccioletta. On a d’ailleurs envoyé certaines réserves en Afghanistan et en Irak.

De manière générale, ce ne sont pas les soldats les plus entraînés de l’armée américaine. On dit aux États-Unis que ce sont des "soldats de fin de semaine".

Donald Cuccioletta, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand

Les soldats de la garde nationale occupent la plupart du temps des emplois de civils et doivent participer à des entraînements une fin de semaine par mois et à un camp d’entraînement de deux semaines chaque année.

S’ils sont généralement mobilisés pendant des catastrophes naturelles – ouragans, tornades et inondations – les gouverneurs peuvent les mobiliser lorsque des mouvements civils débordent.

Historiquement, la garde nationale a été mobilisée lors des émeutes de 1968 après l’assassinat de Martin Luther King ou dans la foulée du passage de l’ouragan Katrina en 2005.

Un militaire discute avec un homme noir blessé à la jambe.

Un militaire de la garde nationale vient en aide à un homme après le passage de l'ouragan Katrina en 2005.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Militarisme et dérapages

La garde nationale de l’Ohio s’est retrouvée dans la tourmente en 1970 lors de son intervention à la Kent State University où elle a ouvert le feu sur des étudiants, en tuant quatre et en blessant neuf autres.

La garde nationale peut compter sur des armes très sophistiquées et sur du matériel militaire de dernier cri, rappelle Donald Cuccioletta.

Il faut dire qu'aujourd’hui que les policiers, mis à part leur arme de service, ont aussi accès à de l’équipement paramilitaire, nuance l'historien. Mais quand on voit la garde nationale arriver, ils sont beaucoup plus structurés, ils sont beaucoup plus disciplinés.

Il reste que la garde nationale n’a pas le pouvoir d’arrêter des gens, prérogative des corps policiers.

La garde nationale va s’occuper des transports, créer des barricades, toutes ces choses-là en étant armés, et ça libère les policiers pour faire leur travail.

Une rangée de véhicules blindés sont stationnés près du Convention Center de Los Angeles.

Des véhicules blindés de la garde nationale de la Californie devant le Convention Center de Los Angeles.

Photo : Getty Images / Agustin Paullier

Ça ajoute une charge de militarisme dans la situation, ajoute M. Cuccioletta.

Quand on les voit arriver en camion, habillés comme s’ils allaient au combat, avec leurs armes militaires, tout ça amène une certaine présence et signifie qu’on a monté d’une coche.

Donald Cuccioletta

Dernier recours avant la prise en charge par Washington

L’autre « coche » après l'arrivée de la garde nationale serait la mobilisation de régiments de l’armée américaine ou de la police militaire qui, elle, aurait le pouvoir d’arrêter des manifestants. Or, ce scénario est très peu envisagé par les gouverneurs américains puisque cela entraînerait une délégation de pouvoirs vers Washington. Le Pentagone s'est toutefois dit prêt à envoyer des troupes si l'État du Minnesota le demande.

Les gouverneurs disent qu’ils n’en ont pas de besoin, car ils savent ce que cela veut dire : le contrôle de l’action policière va tomber dans les mains de Donald Trump, explique Donald Cuccioletta.

La garde nationale, c’est le dernier recours que les gouverneurs ont. Si ça persiste et que ça dégénère davantage, ils devront faire des téléphones à Washington.

Mobilisée en 1992 lors des émeutes de Los Angeles après l’acquittement de quatre policiers blancs dans l’affaire Rodney King, puis en 2014 à Ferguson dans la foulée de l’affaire Michael Brown, la garde nationale est souvent perçue par les communautés culturelles américaines comme l’autoritarisme qui leur tape sur la tête, ajoute Donald Cuccioletta.

Deux militaires armés observent un bâtiment en feu derrière des manifestants.

Des militaires de la garde nationale de la Californie lors des émeutes à Los Angeles en 1992.

Photo : Getty Images / AFP

Ce sentiment est toutefois mitigé comparativement aux corps policiers puisque la garde nationale est rarement côtoyée sur une base quotidienne.

Les gens aux États-Unis, même les Blancs, détestent les policiers parce qu’on les voit au quotidien, analyse M. Cuccioletta. La garde nationale, on va la voir là, au Minnesota et dans d’autres États, mais quand tout ça va arrêter on ne les verra plus d’ici un autre deux à trois ans.

Selon Donald Cuccioletta, la plupart des réservistes de la garde nationale ne sont pas plus heureux d’être projetés dans ces situations de conflits civils : Ce n’est pas pour ça qu’ils sont restés dans l’armée, on leur a dit qu’ils allaient aider lors de catastrophes.

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