•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Comme un sentiment de chasse ouverte aux médias » aux États-Unis

Des dizaines de journalistes disent avoir été agressés, arrêtés ou ciblés par des tirs.

Une femme portant un masque et des écouteurs a le visage ensanglanté.

Une journaliste de NBC a été blessée à la tête par des tirs de gaz lacrymogène par la police pendant qu'elle couvrait une manifestation non loin d'un poste de police à Minneapolis, samedi.

Photo : Getty Images / Chandan Khanna

Un journaliste se fait arrêter en direct à la télévision, un autre se fait asperger de poivre de Cayenne en plein visage, une photographe reçoit une balle en caoutchouc dans l’œil…

Des dizaines de journalistes ont rapporté – vidéos et photos à l’appui – avoir été pris pour cible lors de manifestations en réaction à la mort de George Floyd dans plusieurs villes américaines ces derniers jours. Certains des incidents ont impliqué des manifestants en colère, mais de plus en plus de médias américains et étrangers font état d’agressions policières.

La scène la plus médiatisée reste celle de l'interpellation du reporter de CNN Omar Jimenez, menotté par des policiers en plein direct à Minneapolis, vendredi matin. Il a été relâché une heure plus tard.

Un homme masqué menotté par deux policiers

Omar Jiminez lors de son arrestation.

Photo : CNN

Toujours à Minneapolis, un journaliste de Vice a été aspergé de poivre de Cayenne en plein visage alors qu’il était au sol, à la demande des policiers. Sur la vidéo qu’il a diffusée sur Twitter, on l’entend répéter le mot « presse » 11 fois, en plus de brandir sa carte d’identification, avant de recevoir comme réponse « Je m’en fiche » d'un des agents alors qu’un autre l’asperge de gaz poivré.

Un policier visant son arme en direction du journaliste.

Capture d'écran prise d'une vidéo filmée par un journaliste de Vice montrant un policier lui ordonnant de s'allonger sur le sol.

Photo :  Capture d’écran - Twitter

La veille, une journaliste pigiste, Linda Tirado, a reçu une balle en caoutchouc au visage. Elle a par la suite fait savoir qu'elle a définitivement perdu l'usage d'un œil.

Et dimanche, c’est une équipe de la chaîne télévision française TFI qui affirme avoir été brièvement arrêtée après des tirs de la police contre leur véhicule.

Plusieurs autres incidents ont eu lieu dans le pays, notamment à Louisville, au Kentucky, où un policier antiémeute a tiré des cartouches lacrymogènes sur une équipe de télévision locale qui le filmait.

On me tire dessus! a crié, à l'antenne, Kaitlin Rust, de la chaîne locale WAVE 3.

L’envoyé spécial de Radio-Canada, Philippe Leblanc, a quant à lui été pris dans une bousculade au moment où la police débarque dans un quartier de Minneapolis.

Plus tard dans la soirée, des policiers auraient crevé les pneus de toutes les voitures dans un stationnement, incluant celle utilisée par l’équipe de Radio-Canada, selon des propos recueillis par des témoins. Ce véhicule n’était pas identifié par la mention « presse » puisqu’il s’agissait d’une voiture de location.

On a comme le sentiment d'une chasse ouverte aux médias aux États-Unis, a confié un collègue américain à notre envoyé spécial. Il a dit ressentir beaucoup plus « d’hostilité policière » envers les journalistes, imputant à Donald Trump la responsabilité d’avoir « créé ce climat de tension ».

Depuis son élection, le 45e président des États-Unis s'en prend régulièrement aux médias, accusés de déformer la vérité, voire de fabriquer de fausses informations dans le but de lui nuire. Dimanche, sur Twitter, il est allé jusqu’à les accuser de faire tout leur possible pour propager la haine et l’anarchie.

Près de 20 journalistes blessés en un jour

Les autorités (locales) doivent ordonner à leurs forces de police de ne pas prendre des journalistes pour cible, a de son côté exhorté samedi soir le Comité de protection des journalistes (CPJ).

Contactée par téléphone, une porte-parole du CPJ affirme que la situation est très inquiétante.

Il est rare de voir ce niveau de violence lors des manifestations, même si les journalistes ont souvent été pris pour cible, que ce soit par des manifestants ou des forces de l’ordre.

Courtney Radsch, porte-parole du CPJ

Selon un décompte du Comité des reporters pour la liberté de presse cité par Reuters, 16 journalistes ont été blessés samedi par des tirs de balles en caoutchouc ou de gaz lacrymogènes de la police, notamment à Phoenix, Indianapolis, Atlanta, Minneapolis, Louisville, Kentucky et Washington. Six autres ont été blessés par des manifestants ou des assaillants inconnus, selon la même source.

Des manifestants également hostiles

Des membres des médias ont également été attaqués par des manifestants, comme le photographe Ian Smith, qui a affirmé avoir été passé à tabac à Pittsburgh avant que d'autres manifestants ne s'interposent.

À Atlanta, le siège de la chaîne d'information CNN a été attaqué vendredi par un groupe de plusieurs dizaines de personnes, qui ont notamment envoyé une grenade détonante dans le hall où se trouvaient des policiers.

Des manifestants devant un logo de CNN sur lequel des graffitis ont été peints, sur la façade extérieure d'un bâtiment.

Le siège social de CNN à Atlanta a été au centre des manifestations dans la ville.

Photo : Reuters / DUSTIN CHAMBERS

Samedi matin, un journaliste de la chaîne d'information Fox News qui se trouvait devant la Maison-Blanche a été chassé par des manifestants, et poursuivi sur plusieurs centaines de mètres, avant que la police ne disperse les assaillants.

Si vous êtes manifestants, faites ce qui vous semble juste, mais ne nous empêchez pas de faire notre travail pour le public, a demandé samedi la Société des journalistes professionnels (SPJ).

Avec les informations de Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !