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Rorqual à bosse à Montréal : « laisser la nature suivre son cours »

La baleine effectue un saut.

Une baleine à bosse séjourne actuellement dans les eaux du Saint-Laurent, à Montréal, un phénomène rare et inusité.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

L'équipe d'urgence dépêchée à Montréal n'a pas l'intention d'intervenir auprès du rorqual à bosse qui séjourne présentement dans la métropole. Le mot d'ordre est de « laisser la nature suivre son cours », à moins d'une réelle menace à la sécurité publique.

Le mammifère marin – pouvant atteindre une trentaine de tonnes et une quinzaine de mètres à l'âge adulte – se trouvait toujours dans les environs du pont Jacques-Cartier, dimanche après-midi. Des zodiacs l’escortaient afin, notamment, d'éviter toute collision.

Les premières observations permettent d'établir que l'animal est en bonne condition de chair, avance le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). L'animal, qui aurait de 2 à 3 ans, selon le RQUMM, serait même très vigoureux, à en croire les sauts hors de l'eau observés par plusieurs curieux samedi après-midi.

Des citoyens et un pêcheur sur la rive du fleuve Saint-Laurent, à Montréal

Les curieux étaient encore nombreux sur les rives afin d'observer cette visite très rare dans la métropole.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Sa présence à Montréal pourrait se prolonger encore des jours, voire quelques semaines, si l'on se fie à d'autres événements similaires survenus dans d'autres cours d'eau dans le passé, explique Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins, un organisme à but non lucratif situé à Tadoussac.

Malgré le lieu particulièrement exigu où il se trouve, il n'est pas prévu d'intervenir auprès du rorqual, poursuit l'expert.

Au Québec, [...] quand un incident ou une aventure comme celle-là est un phénomène naturel, quand ce n'est pas le résultat d'une intervention humaine directe, notre préférence est de laisser la nature suivre son cours, explique-t-il.

Cette approche se veut aussi une façon réfléchie de conscientiser la population à certaines réalités.

Il y a une éducation, à notre avis, qui est à faire. Il y a une limite à notre intervention dans la nature.

Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins

Une intervention pourrait être menée en cas de menace à la sécurité publique, précise-t-il. Mais la baleine ne pourrait être accompagnée que sur une courte distance et certainement pas sur plus de 450 kilomètres, soit la distance qui la sépare de l'estuaire du Saint-Laurent.

Les risques inhérents à une telle opération, les chances de succès et la taille du mammifère marin sont tous des facteurs à considérer.

Un rorqual à bosse saute hors de l'eau à Montréal.

Le rorqual à bosse se trouvait toujours à Montréal dimanche, près du pont Jacques-Cartier.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Parfois cruelle

Le plan d'action, pour le moment, est en deux temps.

D'une part l'équipe d'urgence continuera de récolter des données sur l'état de santé du rorqual. Un poste d'observation sera établi depuis la rive et des sorties sporadiques sur l'eau seront maintenues.

De l'autre, il faudra poursuivre la surveillance afin d'assurer la sécurité publique et celle de l'animal. La réglementation canadienne exige de demeurer à une distance de 100 mètres.

Il se pourrait toutefois que toutes ces précautions ne suffisent pas et que le destin de la baleine soit plus triste, et ce, sans effet de l'homme, avertit Robert Michaud, pour qui il faudra accepter ce sort. Nous, on est peu interventionnistes. Mais il y a des endroits dans le monde où nos collègues sont beaucoup plus interventionnistes et beaucoup plus dans le "sauve tout ce qui bouge".

Ce n'est pas ce qu'on souhaite, s'empresse-t-il de préciser à propos d'une fin moins heureuse, avant d'ajouter que certaines personnes pourraient avoir plus de difficulté à accepter ce dénouement.

Je pense que c'est proportionnel à comment on est connecté avec la nature. Plus on est connecté avec elle, plus on accepte son côté plus dur.

Robert Michaud, directeur scientifique, Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins

Pas de danger imminent

Plusieurs questions ont été soulevées concernant l'adaptation de la baleine en eau douce. À ce sujet, il est vrai qu'elle n'est pas dans un milieu idéal, convient Robert Michaud.

Cependant, il rappelle qu'il n'y a pas de danger imminent. Si certaines affections de la peau ont déjà commencé à apparaître, le rorqual a encore quelques jours pour rebrousser chemin avant que des formes plus sévères ne se développent.

Une baleine plongeant dans le Saint-Laurent. En arrière-plan, la ville de Montréal

La baleine pourrait séjourner à Montréal encore quelques jours, voire jusqu'à deux semaines.

Photo : Radio-Canada / Réseau Québécois D’Urgences Pour Les Mammifères Marins

Les expériences laissent croire qu'en moins de deux semaines, les affectations sont minimales. Mais au-delà, ça peut devenir plus sévère, explique le scientifique. Ces pathologies disparaîtraient d'elles-mêmes une fois l'animal revenu en eau salée.

À plus long terme, le rorqual pourrait développer des problèmes rénaux, ce qui serait davantage inquiétant, note l'expert.

Le scénario idéal demeure que le rorqual à bosse effectue lui-même un virage à 180 degrés et regagne son habitat dans l'estuaire et dans le golfe du Saint-Laurent.

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