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Manifestations, rage et frayeur balaient les États-Unis

La police surveille la foule.

Les New-Yorkais protestent contre la mort de George Floyd, à Brooklyn.

Photo : Reuters / Jeenah Moon

Radio-Canada

De violentes manifestations ont de nouveau embrasé les États-Unis samedi soir, où des citoyens d’au moins 30 villes ont continué à protester contre la mort de l’Afro-Américain George Floyd aux mains de la police de Minneapolis.

Pour tenter de contenir la population, des couvre-feux ont été décrétés par les autorités dans au moins 25 villes situées dans 16 États. Ceux-ci n'ont pas été respectés dans plusieurs grandes agglomérations, où de nombreux incendies et des actes de vandalisme et de pillage ont été rapportés.

On ignore pour le moment si le couvre-feu, en vigueur pour les nuits de vendredi et samedi, sera prolongé d'une nuit à Atlanta, Philadelphie et Milwaukee. Il a été prolongé dimanche à Minneapolis, et doit aussi être en vigueur à Denver, Cincinnati, Louisville et Salt Lake City.

Samedi, au moins 13 États – dont le Minnesota, la Géorgie, le Tennessee, l'Ohio, le Colorado, le Wisconsin, le Kentucky, le Texas, la Californie et l'Utah, en plus du District de Columbia – ont fait appel à la Garde nationale pour venir en aide aux forces policières locales.

Les policiers en habits antiémeute sont entourés de gaz.

La police d'Atlanta a jeté du gaz lacrymogène sur les manifestants.

Photo : Reuters / Dustin Chambers

Les protestataires demandent notamment que les quatre policiers impliqués dans l'intervention ayant causé la mort de George Floyd soient inculpés pour leurs actes, et pas seulement Derek Chauvin, que l'on a vu sur une vidéo appliquer son genou sur le cou de l'homme pendant plus de huit minutes. Le policier a été arrêté vendredi et est accusé de meurtre au troisième degré et d'homicide involontaire.

Ils dénoncent également les bavures policières qui frappent les Afro-Américains de manière disproportionnée et l'inégalité de leurs conditions de vie.

Chaos généralisé

Les manifestations ont fait des victimes, dont un mort et deux blessés par balles à Indianapolis. Il s'agit de la deuxième soirée consécutive où la ville est le théâtre de grabuge.

À Détroit, un jeune homme de 21 ans a aussi été abattu par un suspect, mais la police affirme ne pas pouvoir dire si sa mort est liée aux manifestations, même si elle est survenue au centre-ville, à l’endroit où elles se tenaient.

À Philadelphie, un agent de police en bicyclette qui tentait d’arrêter des pillages a été blessé par les vandales, qui se sont enfuis. Il se trouve à l'hôpital avec un bras cassé et d'autres blessures. Au moins 12 autres officiers ont aussi été blessés.

Le maire de la Ville a toutefois indiqué que les protestataires qui manifestaient réellement pour exprimer un chagrin collectif ont démontré leur mécontentement de façon pacifique. Jim Kenney a déploré le petit groupe de personnes responsables des dégâts.

À Minneapolis, les manifestations se sont poursuivies samedi soir pour la cinquième nuit consécutive.

À New York, des vidéos qui circulent sur les médias sociaux montrent deux véhicules de police foncer sur des manifestants qui poussaient une barricade contre une voiture du NYPD, une scène que le maire de la ville Bill de Blasio a qualifiée de « troublante ». Plusieurs manifestants lançaient différents objets sur la voiture et beaucoup d'entre eux ont été projetés au sol après l'impact des véhicules.

Le gouverneur Andrew Cuomo a d'ailleurs annoncé dimanche que le bureau du procureur général allait enquêter sur cette affaire et qu'il y aurait des conséquences pour les policiers impliqués s'il advenait qu'ils n'aient pas agi adéquatement.

Plus de 340 personnes ont été arrêtées à New York dans ce qui est considéré comme l'une des journées les plus troubles qu'a connues la ville depuis plusieurs décennies. Les échauffourées ont fait plus de 30 blessés au sein des forces de l'ordre, dont certains sont sérieusement atteints.

Près de 50 véhicules de police ont été endommagés et un cocktail Molotov a été lancé à l'intérieur d'une voiture de police qui était occupée. C'est un miracle qu'aucun policier n'ait été tué, a déclaré le chef de la police, Dermot Shea.

Un manifestant debout sur une voiture de police entourée de nombreux manifestants dans une rue.

Manifestation à New York.

Photo : Reuters / ANDREW KELLY

Près de 1000 personnes se sont rassemblées à Washington devant les grilles de la Maison-Blanche et les bureaux du département de la Justice.

Des protestataires ont convergé vers la résidence du président américain, en criant Black Lives Matter [La vie des Noirs compte] et I can't breathe [Je ne peux pas respirer].

La Garde nationale ainsi que des agents de la police de Washington et de la police des parcs américains ont été déployés pour assurer le maintien de l'ordre autour de la Maison-Blanche, qui avait été fortifiée avec des barrières métalliques et des véhicules. Les alentours de la résidence sont depuis deux jours le théâtre de manifestations.

Des manifestants, le poing levé, à côté d'une structure en flammes.

Manifestation aux abords de la Maison-Blanche à Washington.

Photo : Reuters / ERIC THAYER

À Atlanta, où la soirée de vendredi a été mouvementée, 3000 gardes nationaux ont été déployés samedi. 70 personnes ont été arrêtées dans la soirée.

Le département de la police d'Atlanta a déclaré avoir constaté une diminution significative du nombre de personnes dans les rues à l'approche du couvre-feu, mais un grand nombre de ces dernières sont restées sur place. Comme la nuit précédente, les manifestants ont jeté des pierres et d'autres objets à la police. Les propriétés du centre-ville ont également subi des dommages.

À Nashville, où le maire a déclaré l’état d’urgence civile et imposé un couvre-feu commençant à 22 h samedi, la police a utilisé des gaz lacrymogènes contre la foule violente. Les manifestants ont mis le feu au palais de justice historique de la ville et plusieurs commerces ont été endommagés.

En Californie, les villes de Los Angeles et de San Francisco étaient également visées par des couvre-feux décrétés par leur maire respectif. Malgré ce décret, plusieurs bâtiments de Los Angeles ont été incendiés et pillés. Les magasins de la célèbre Melrose Avenue ont notamment été saccagés. La police a tiré des balles en caoutchouc sur les manifestants. Vendredi, la police avait procédé à plus de 500 arrestations.

Quatre jeunes hommes noirs tentent d'entrer dans un magasin.

Des pillages ont eu lieu dans les commerces de Los Angeles samedi soir, lors des manifestations protestant contre la mort de George Floyd.

Photo : Reuters / Kyle Grillot

Des scènes de vandalisme ont également eu lieu à Chicago, où des manifestants ont soulevé des barricades et les ont jetées sur des voitures de police, pendant que d'autres lançaient des bouteilles d'eau sur des policiers en tenue antiémeute. La ville a d'ailleurs annoncé dimanche qu'elle fermait le quartier des affaires, au centre-ville, en raison des dommages qu'il a encourus. La zone ne sera accessible qu'à ses résidents et aux employés qui y travaillent.

Au Missouri, le bâtiment du service de police de Ferguson a été endommagé et évacué et les manifestants ont jeté briques, feux d'artifice, pierres et bouteilles sur les officiers dans les rues. Ferguson a été la toile de fond de plusieurs manifestations violentes en 2014 après que Michael Brown, un homme noir de 18 ans, eut été tué par balles lors d'une confrontation avec un policier blanc.

À Tampa, en Floride, 40 personnes ont été arrêtées, notamment pour cambriolage et port d'armes à feu dissimulées. Vingt-sept voitures de police y ont été endommagées, tandis que 40 commerces ont été cambriolés ou pillés. Cinq de ces commerces ont été incendiés.

Une foule de manifestants se tient devant des policiers en rang.

Des manifestants affrontent la police à Chicago samedi.

Photo : The Associated Press / Nam Y. Huh

Trump dénonce « l'extrême gauche radicale »

Le président américain Donald Trump, qui a dénoncé à plusieurs reprises la mort « tragique » de George Floyd, a estimé que les émeutiers, les pillards et les anarchistes déshonoraient sa mémoire.

Nous ne devons pas laisser un petit groupe de criminels et de vandales détruire nos villes, a-t-il lancé en attribuant les débordements à des groupes de l'extrême gauche radicale et notamment « Antifa » (antifascistes).

Dans un tweet publié dimanche midi, Donald Trump a poussé sa rhétorique jusqu'à dire que les États-Unis pourraient ajouter les « Antifas » à la liste des organisations terroristes du pays. Ce qui est impossible, a répondu la professeure de droit Carrie Cordero, de l'Université Georgetown. Il n'y a rien qui permette de "désigner" des organisations terroristes nationales. Aucune loi. Ça n'existe pas, a-t-elle écrit sur le réseau social.

Le candidat démocrate présumé à la présidentielle, Joe Biden, a condamné la violence tout en soutenant la légitimité de la cause des manifestants.

L'acte de manifester ne devrait jamais éclipser la raison pour laquelle nous protestons, a-t-il déclaré dans un communiqué samedi soir. Cela ne devrait pas éloigner les gens de la juste cause que la manifestation est censée mettre de l'avant.

De son côté, la mairesse d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms, elle-même afro-américaine, demande au président de cesser d’alimenter les tensions raciales aux États-Unis.

Il devrait juste arrêter de parler. C'est comme Charlottesville, une fois de plus. Il parle et il ne fait qu'aggraver les choses. Il y a des moments où vous devriez simplement vous taire. Et j'aimerais qu'il se taise, a déclaré Mme Bottoms en entrevue à CNN, dimanche matin.

Le président Trump a lancé un cocktail Molotov verbal dans ce qui est déjà une situation explosive. Il devrait faire exactement le contraire. Il parle à des fins politiques à une toute petite partie de sa base, renchérit Valerie Jarret, ex-conseillère du président Barack Obama, dans une entrevue accordée au magazine américain The Atlantic.

De son côté, le conseiller à la sécurité nationale américaine, Robert O’Brien a nié l’idée, dans une entrevue également accordée à CNN dimanche, qu’il puisse exister du racisme systémique au sein des forces de police du pays, avançant plutôt que seulement quelques pommes pourries sont responsables de cette impression.

Il y a de mauvais policiers qui sont racistes et d'autres qui n'ont peut-être pas la bonne formation, a-t-il déclaré.

Les Européens embrassent la cause

Des manifestants sont massés, certains tenant des pancartes avec des slogans réclamant plus de justice sociale.

Des manifestants protestent à Copenhague contre la mort de George Floyd, devant l'ambassade américaine.

Photo : via reuters / Ritzau Scanpix/Ida Guldbaek Arentsen

La colère des manifestants américains concernant la mort de George Floyd a trouvé un écho dans certains pays d'Europe dimanche.

La foule s’est rassemblée à Trafalgar Square, au centre de Londres, pour protester contre le racisme et la brutalité policière. Certains manifestants londoniens se sont également rendus devant l'ambassade des États-Unis.

Des protestataires se sont également rassemblés à Berlin, la capitale allemande, portant des pancartes réclamant plus de justice sociale.

Au Danemark, des manifestants ont défilé dans les rues de Copenhague, scandant : Pas de justice, pas de paix. D’autres se sont aussi rassemblés devant l’ambassade américaine.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, La Presse canadienne, et CNN

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