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Envoyé spécial

Reconstruire Minneapolis

Six jours après la mort de George Floyd, la colère est toujours palpable dans les rues de Minneapolis.

Un jeune homme noir portant un masque avec la mention « Je ne peux pas respirer ».

« Je ne peux pas respirer ». Ces mots prononcés par George Floyd avant de mourir sont inscrits sur les masques de plusieurs manifestants à Minneapolis.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

En arrivant près de l’avenue Lake, à Minneapolis, l'odeur de fumée se fait de plus en plus présente. Dans le jour, des curieux s'attroupent autour de ruines encore fumantes. Dans l'une des structures, autrefois un restaurant, l'eau sort encore des gicleurs.

Sara, venue constater les dommages avec son fiancé et une amie, désapprouve le recours à la violence et à la casse. Mais elle comprend la colère qui gronde dans les rues de sa ville.

Ce qui s'est passé ici ces derniers jours, ce n'est qu'une manifestation du chagrin et de la dévastation que les communautés noires ressentent depuis des années, dit la jeune femme afro-américaine.

Parce qu’à Minneapolis, au-delà des bâtiments détruits ou endommagés, c’est une relation de confiance qui doit être rebâtie.

Dans les rues de la ville, le rappel de l’événement qui a mis le feu aux poudres est d'ailleurs constant. Le nom de George Floyd apparaît régulièrement sur les planches de bois qui placardent certains édifices. Parfois, c’est son visage que l’on aperçoit.

Une affiche montrant un portrait en dessin de George Floyd avec son nom.

Le nom et le portrait de George Floyd sont placardés dans les rues de la ville.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sur les masques de manifestants, on peut également lire Je ne peux pas respirer, les paroles lancées par l’Afro-Américain de 46 ans, le cou coincé sous le genou d’un policier, avant de mourir.

L’agent en question, Derek Chauvin, fait maintenant face à des accusations d’homicide involontaire et de meurtre au troisième degré.

Soyons honnête, je ne crois pas qu'il ira en prison, lance Nur, un manifestant, qui réclame que les trois autres agents ayant participé à l’arrestation soient également poursuivis en justice.

Cet immigrant africain a notamment en tête la mort de Philando Castile, un Afro-Américain tué par un policier devant sa femme et sa fille en banlieue de la ville voisine de Saint Paul en 2016. L’agent a été reconnu non coupable.

De jeunes manifestants noirs et blancs lèvent un bras face à un groupe de policiers antiémeutes.

La colère est toujours palpable dans les rues de Minneapolis, cinq jours après la mort de George Floyd.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Puis, à Minneapolis, ils sont nombreux à exprimer leur méfiance envers un service de police depuis longtemps montré du doigt pour ses abus. Le chef de police actuel, un Afro-Américain, a lui-même déjà poursuivi cette institution, l’accusant de tolérer le racisme.

« Minnesota nice », mais pas pour tout le monde

Éducation, taux de chômage : le Minnesota trône au sommet de nombreux palmarès.

Un portrait enviable, qui a valu à cet État frontalier avec le Canada cette réputation d’endroit « nice », où il fait bon vivre.

Minnesota nice c’est bien, mais c’est une couverture, lance Lo, un Afro-Américain rencontré au mémorial près de l’endroit où George Floyd a été tué.

Deux jeunes Afro-Américains portant un masque marchent devant un graffiti disant « Justice pour Floyd ».

Les manifestants en colère réclament la justice pour George Floyd.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Parce qu’au-delà des statistiques qui suscitent l’envie, il y en a d’autres qui dressent un portrait plus sombre de l’État.

L’automne dernier, un article du Star Tribune, un journal local, titrait Comment le Minnesota est-il devenu l’un des États les plus inéquitables du point de vue racial?

Bien que les conditions de vie des Afro-Américains ne soient pas nécessairement pires dans cet État que dans d’autres régions du pays, le journal a constaté, en analysant des données publiques, que les écarts raciaux y sont souvent plus prononcés qu’ailleurs.

La façade d'un commerce à moitié détruite. Les vitres des portes d'entrée sont brisées.

Le déploiement vendredi soir de 2500 policiers et soldats de la Garde nationale et l'imposition d'un couvre-feu n'ont pas empêché la grande ville du Minnesota de s'embraser, plusieurs commerces ayant été incendiés.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

En 2018, par exemple, le revenu médian d’une famille noire du Minnesota était d’un peu plus de 36 000 dollars, soit la moitié de celui d’une famille blanche. Selon le bureau du recensement (Census Bureau), l’écart en matière de revenu dans la région de Minneapolis et la ville voisine de Saint Paul est l’un des pires au pays. En 2018, le revenu annuel médian d’une famille noire y était de 36 000 dollars, soit 47 000 de moins que celui d’une famille blanche.

Un autre exemple frappant est la propriété immobilière. Entre 2013 et 2017, seuls 24 % des Afro-Américains vivant au Minnesota étaient propriétaires de leur logement, contre 76 % pour les blancs, selon le Star Tribune.

Des membres de la Garde nationale à côté d'un de leurs véhicules.

Des membres de la Garde nationale déployés dans une rue de Minneapolis.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Si, dans les rues de Minneapolis, des manifestants crient leur ras-le-bol quant à la brutalité et aux inégalités, les débordements observés cette semaine font en sorte qu'il est plus difficile de se pencher sur ces enjeux, selon le gouverneur de l’État, Tim Walz.

Depuis quelques jours, des résidents de la ville, comme Austin, se donnent rendez-vous, pelle et chaudières à la main, pour nettoyer les dommages de la veille dans des structures qui, parfois, devront être reconstruites.

Ça a commencé avec l'arrestation d’un policier, mais il y a clairement plus à faire pour rebâtir la confiance avec les autorités, dit-il à propos de l’autre grand chantier qui attend sa ville.

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