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La pandémie et des changements réglementaires coulent des pêcheurs du lac Winnipeg

Des dorés jaunes dans un bac.

Le doré jaune est le poisson le plus prisé des pêcheurs commerciaux du lac Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Radio-Canada

La mise en application d’un règlement exigeant l’augmentation de la taille des mailles des filets utilisés pour la pêche commerciale dans le lac Winnipeg se retrouve empêtrée dans des problèmes d’approvisionnement causés par la pandémie de COVID-19.

Le changement mis en oeuvre en avril oblige les pêcheurs commerciaux à se procurer des filets dont les mailles sont espacées de 8,9 cm (3,5 pouces), plutôt que de 7,6 cm (3 po), afin de laisser s’échapper les plus petits poissons.

Selon la province, ce changement doit contribuer à assurer la pérennité de la population de poissons du lac.

À la colère des pêcheurs qui doivent changer la taille de leurs filets après des décennies, s’ajoute l’attente de leurs précieux outils de travail, en rupture de stock chez leurs fournisseurs en raison de difficultés d’approvisionnement liées à la pandémie de COVID-19.

Difficultés d’approvisionnement

Le propriétaire de l’entreprise Harvester Fish Net Company de Selkirk, Sean Johnston, confirme avoir de la difficulté à obtenir les filets qu’il lui faut pour répondre aux besoins de ses clients.

Celui qui détient l’une des deux seules entreprises manitobaines vendant des filets pour la pêche commerciale soutient qu’il est de plus en plus complexe de s’approvisionner sur les marchés internationaux.

« Ce n’est vraiment pas le moment », s’exclame-t-il. « En général, le printemps est moment le plus lucratif de l’année pour la vente de filets, mais cette année, les affaires sont particulièrement mauvaises. »

Entre la faillite et la pêche illégale

Pour le pêcheur Kris Isfeld, l’attente est insoutenable. Comme d’autres, ce fier représentant de la troisième génération de pêcheurs de sa famille doit changer ses filets pour éviter de pêcher illégalement.

Face à l’impossibilité de se procurer l’enchevêtrement de cordages nécessaire pour gagner sa vie, il a confié son inquiétude par écrit au premier ministre Brian Pallister et au ministre de l’Agriculture et du Développement des ressources, Blaine Pedersen.

« Pour la plupart d’entre nous [pêcheurs commerciaux], 90 % de nos filets sont désormais illégaux. Pour quelques-uns, ce sont 100 % des filets qui contreviennent aux règles en vigueur », écrit-il.

« La COVID-19 a déjà entraîné la fermeture des marchés d’exportation qui achètent nos plus grosses prises, alors que ce changement de règles nous empêche d’alimenter les marchés locaux en plus petits poissons que nous attrapons avec les filets devenus illégaux. »

M. Isfeld note qu’il lui a été impossible, au cours des six derniers mois, de se procurer des filets parce qu’ils étaient toujours en rupture de stock chez son fournisseur.

La pression financière exercée par la pandémie lui fait aujourd’hui douter de sa capacité à se procurer les outils tant espérés. « Avec la COVID-19 et la fermeture des marchés d’exportation, je ne pourrais même pas me payer de nouveaux filets s’ils devenaient disponibles. »

Kirs Isfeld a jeté ses premiers filets à l’eau jeudi. Pour y arriver, il a emprunté les filets réglementaires d’un autre pêcheur, qui dit ne pas vouloir les mouiller lui-même en raison de la baisse de la demande et des prix.

Un changement critiqué

Alors que le ministre de l’Agriculture et du Développement des ressources, Blaine Pedersen, martèle que ce changement relève du développement durable, les pêcheurs rétorquent qu’aucune donnée scientifique ne le soutient.

Lorsque les pêcheurs ont demandé le report de la mesure, le ministre a refusé, indiquant que ceux-ci ont déjà eu un an pour s’y adapter.

Si c’est vrai pour les pêcheurs, ce n’est pas le cas de leurs fournisseurs, précise Sean Johnston. « Ils ne nous ont donné aucun préavis. »

« Dès qu’ils ont annoncé la mesure, tout le monde a arrêté d’acheter les anciens filets, ce qui fait qu’on s’est retrouvé avec un inventaire sans marché potentiel, un fardeau financier. »

Selon lui, les deux tiers de son entrepôt sont occupés par des filets qu’il ne pourra jamais vendre.

Pour les pêcheurs en mal d’outils réglementaires, il attend une livraison de nouveaux filets plus tard la semaine prochaine, mais celle-ci n’approvisionnera que deux ou trois clients.

« On est loin d’avoir ce qu’il faut pour répondre aux besoins suscités par les changements aux règlements », déplore-t-il.

Avec les informations de Bryce Hoye

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Manitoba

Industrie des pêches