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Soins de longue durée en Ontario : 78 000 résidents et un budget 4 milliards $

Les syndicats réclament plus de ressources en santé mentale.

78 000 personnes sont traitées dans les établissements de soins de longue durée dans la province.

Photo : Shutterstock / GagliardiPhotogra

Plus de 78 000 personnes résident dans les 626 foyers de soins de longue durée en Ontario. Voici un passage en revue du fonctionnement de ces institutions particulièrement touchées par la pandémie de COVID-19.

L’ensemble des établissements sont gouvernés par la Loi de 2007 sur les foyers de soins de longue durée, qui les définit et régule toute une série d’aspects, de l’accès aux soins infirmiers et mentaux aux droits des adultes qui y habitent.

La province consacre plus de quatre milliards de dollars par année pour les financer. Ceci comprend les soins médicaux prodigués aux résidents ainsi que leur nourriture et les programmes sociaux et récréatifs, soit près de 150 $ par jour et par patient.

Cela représente 7 % du budget du ministère de la Santé.

Mais une bonne partie des coûts revient également aux résidents ou à leur famille, qui doivent débourser entre 1850 $ et 2640 $ par mois, selon qu’ils occupent un lit en chambre partagée, semi-privée ou privée.

Des services additionnels sont aussi proposés, d’un foyer à l’autre.

Un coût exorbitant, selon France Gélinas, porte-parole de l’opposition en Ontario et critique sur les soins de santé.

Personne à Sudbury, d’où je viens, payerait ça pour avoir une chambre de 12 pieds sur 14 avec une salle de bain, clame-t-elle.

La députée néo-démocrate provinciale de Nickel-Belt France Gélinas

La députée néo-démocrate provinciale de Nickel-Belt France Gélinas constate une « dégradation des soins d'année en année ». (archives)

Photo : Radio-Canada / CBC

Cet argent-là s’en va aux propriétaires du building, qui, la plupart du temps, sont des propriétaires privés. C’est un investissement comme un autre, et ils savent que les résidences seront toujours pleines.

La privatisation du secteur, amorcée dans les années 1990, pose problème, selon la députée de Nickel-Belt.

La majorité (58 %) des foyers appartiennent au privé, dont quatre des cinq résidences visées par le rapport accablant des Forces armées publié plus tôt cette semaine, qui a mis en lumière des conditions déplorables et de mauvais traitements.

Les autres établissements sont tenus par les municipalités, des organisations caritatives, ou des organismes à but non lucratif.

La loi de 2007 a révisé les 2 h 15 minimums de soins quotidiens statuées dans la loi précédente, pour les déplacer dans les règlements, moins contraignants.

Si la plupart des maisons font du très bon travail, reconnaît France Gélinas, (...) le désir de faire de l’argent peut être en conflit avec le désir d’offrir des bons soins.

Le docteur John Joanisse, directeur par intérim de l’Institut du savoir Montfort à Ottawa, estime que la loi en vigueur incite les foyers à favoriser l’entrée de résidents aux besoins médicaux les plus lourds.

Le ministère donne un montant de base par résident, bonifié par une certaine somme dépendant de la lourdeur du cas, explique-t-il. Si on a des patients qui sont vraiment faciles, à ce moment-là ils [les foyers] sont punis par le montant d’argent donné par la province.

Le Dr John Joanisse dans un couloir d'hôpital.

Le Dr John Joanisse est l'ancien directeur médical de la résidence Saint-Louis, à Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Cela peut se traduire par une concentration de patients complexes au sein d’une même institution.

Le 22 avril dernier, le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO) a mis en avant un autre problème inhérent à la privatisation, dans la lutte contre la COVID-19, dans une lettre adressée au premier ministre Doug Ford rendue publique jeudi.

Nous savons que les fournisseurs de foyers de soins de longue durée privés n'ont jamais planifié ce niveau de maladie dans leurs installations, indiquait alors le président du syndicat, Warren « Smokey » Thomas.

Diminution de l'inspection des foyers

Cette absence de préparation et les manques d’attention médicale portée aux résidents sont en partie liés à un déficit de l’inspection ministérielle dans les foyers.

Chaque établissement, public comme privé, doit faire l’objet d’une évaluation par un inspecteur une fois tous les trois ans, contre une fois tous les ans auparavant, rappelle France Gélinas.

Or, seulement 9 des 626 résidences ontariennes ont subi une telle vérification en 2019.

Le gouvernement a un rôle important à jouer pour superviser ces maisons-là. Malheureusement, les inspections sont de moins en moins longues, on y met de moins en moins d’efforts.

Le Dr Joanisse seconde ce constat. La législation établit l’obligation d’une inspection régulière. Mais tout d’un coup, il y a un couple d’années, il y en a moins qui ont été faites.

Ces derniers jours, le gouvernement Ford a rétorqué que 2800 inspections ont été menées l’an passé, issues de plaintes et d’incidents graves.

Tout ce qui est fait, c’est un appel téléphonique.

France Gélinas, critique santé pour le NPD de l’Ontario

Qui sont les patients?

Les résidences accueillent toute personne qui nécessite un soutien au-delà de ce qui est possible à la maison, selon les mots de l’Association des soins de longue durée de l’Ontario (ASLDO).

Dans les faits, deux tiers des patients développent un diagnostic de démence; 90 % expérimentent des pertes cognitives.

La population en soins de longue durée a changé, les patients sont beaucoup plus vieux, remarque John Joanisse.

Selon l’ASLDO, plus de la moitié des résidents sont âgés de 85 ans et plus. Ils ont beaucoup plus de multimorbidité, ils sont beaucoup plus malades, relève le médecin.

La main d'une infirmière posée sur la main d'une personne âgée pour l'aider à tenir la poignée de sa marchette.

En date du 29 mai, 1625 résidents en soins de longue durée ont succombé des suites de la COVID-19 en Ontario.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

De nombreux résidents âgés de 75 ans et moins sont traités après des traumatismes cérébraux ou des accidents vasculaires cérébraux.

Toute demande d'admission est soumise au ministère des Soins de longue durée. Ça peut être par un médecin de famille en communauté, parfois l’hôpital, parfois une résidence de retraite, détaille le Dr Joanisse.

Un gestionnaire public est alors chargé de rencontrer la personne en question, si celle-ci est d'accord, pour évaluer ses besoins à travers un système de pointage. La famille peut également donner son accord au nom de cette personne, lorsqu'elle n'est pas en état de le faire.

Si elle est déterminée comme admissible, elle est placée sur une liste d'attente. L'accès moyen à un lit est de six mois en Ontario, mais cela peut durer des années.

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Toronto

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