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Et si la pandémie donnait un nouvel élan aux régions?

Un couple marche avec ses chiens à Métis-sur-Mer, en Gaspésie.

Un couple marche avec ses chiens à Métis-sur-Mer, en Gaspésie (archives).

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Grands espaces pour favoriser la distanciation physique, faible nombre de cas de COVID-19, confinement au grand air, agriculture de proximité... les avantages que procurent les régions comme la nôtre dans le contexte actuel sont indéniables. Alors que la menace d’une deuxième vague de contagion persiste, la pandémie pourrait-elle donner un nouvel élan aux régions?

C’est sûr que ça peut être un accélérateur, dit l’agent de migration de Place aux jeunes pour la MRC de Rimouski-Neigette, Martin Poirier.

Selon lui, l’intérêt pour la région ne s’est pas démenti au cours des derniers mois, malgré le confinement. Depuis le mois d’avril jusqu’au mois de juillet, j’ai déjà plus de 12 migrations réussies [dans Rimouski-Neigette], des gens qui ont déjà un bail de signé, qui arrivent, explique-t-il.

Avant la COVID, souvent les gens nous contactaient et étaient en mode magasinage, dit pour sa part sa collègue de Place aux jeunes à Rivière-du-Loup, Mélanie Gagnon. Ils hésitaient entre par exemple la région de Charlevoix, l'Estrie, le Bas-Saint-Laurent [...] mais là, quand ils nous contactent, ils se sont déjà trouvé une maison, ils ont besoin d'aide pour la recherche d'emploi, c'est vraiment rapide, explique-t-elle.

La pandémie a vraiment accéléré le processus, et là, c'est presque une urgence de s'en venir, leur choix est fait.

Mélanie Gagnon, agente de migration, Place aux jeunes, MRC de Rivière-du-Loup
L'agent de migration de Place aux jeunes dans la MRC Rimouski-Neigette, Martin Poirier.

L'agent de migration de Place aux jeunes dans la MRC Rimouski-Neigette, Martin Poirier, explique que la pandémie a servi d'élément déclencheur à certaines personnes qui hésitaient à venir s'installer dans la région (archives).

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Malgré les barrages routiers, la quarantaine obligatoire, la complexité de trouver, à distance, un endroit où habiter, de jeunes professionnels ont quand même choisi au cours des derniers mois de venir s’installer dans l’Est-du-Québec. Et pour certains, comme Léonie Matteau et son mari, la pandémie a été l’élément déclencheur de ce changement de vie.

C’est une décision qu’on a prise ensemble, un peu sur le fly parce qu’il fallait répondre rapidement, bouger vite.

Léonie Matteau, nouvelle arrivante à Rimouski

La jeune infirmière, qui se trouvait en Bolivie depuis plus d’un an, souhaitait revenir au Québec tôt ou tard, mais pas tout de suite et pas nécessairement au Bas-Saint-Laurent.

Si ça n’avait pas été de la COVID, on ne serait pas déjà rendus ici, on serait revenus dans deux, trois ans, explique-t-elle.

Après la fermeture des frontières boliviennes en raison de la COVID-19, à la mi-mars, Léonie Matteau a cependant dû faire un choix rapidement. Un mois plus tard, son mari et elle étaient rapatriés au Canada. Puis, après deux quarantaines obligatoires (l’une en arrivant au pays et l’autre en arrivant au Bas-Saint-Laurent), elle commençait son nouveau travail à l’hôpital de Rimouski.

C’est rassurant d’être dans une région où ça va bien, où il n’y a pas trop de cas, dit-elle.

Changer de vie... plus rapidement

De son côté, la présidente et fondatrice de Visages régionaux, une entreprise en marketing territorial basée au Kamouraska, constate que la pandémie donne l’occasion de parler encore plus des régions et de leurs atouts.

Il y a énormément de milieux de vie, de MRC qui voient dans cette situation-là un élément accélérateur pour les régions, dit Marie-Eve Arbour.

En région, on avait énormément de liberté dans notre confinement malgré tout. Je pense que cette donnée-là a été observée autant par les gens de la ville que par ceux des régions.

Marie-Eve Arbour, présidente et fondatrice de Visages régionaux

Marie-Eve Arbour voit ainsi la pandémie comme un élément déclencheur pour inciter des gens à changer de vie. C’est comme s’il y a un paquet de gens, j’ai l’impression, qui vont bouger, dit-elle. Cet engouement, elle l’observe au sein même de son entreprise qui a elle aussi accueilli, dernièrement, de nouveaux employés provenant des grands centres.

Un kayakiste navigue près des rochers.

La pandémie (et la distanciation physique qu'elle impose) pourrait-elle rendre les régions pourvues de grands espaces, comme celles de l'Est-du-Québec, plus attirantes? (Archives)

Photo : Courtoisie / Parcs Canada

Plus d’agriculture, mais une industrie touristique en danger

L’Est-du-Québec attire par son territoire, par sa qualité de vie, estime pour sa part la directrice du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l'Est du Québec (GRIDEQ) à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Nathalie Lewis.

Je vois beaucoup de jeunes qui veulent venir développer des projets d’agriculture à petite échelle, des projets de niche. Pour ça, il y a de la place, dit-elle.

Une maraîchère dans un jardin.

L'engouement qu'a créé la pandémie pour la production et l'achat local pourrait être bénéfique à l'Est-du-Québec. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Édith Drouin

Avec tout l’engouement autour de la souveraineté alimentaire, de l’occupation du territoire, ce sont des éléments qui ouvrent encore plus la réflexion, souligne de son côté Martin Poirier.

Toutefois, pour que les gens s’installent en région, encore faut-il qu’ils puissent y trouver un emploi, prévient Nathalie Lewis.

Pour l'instant, au niveau économique, on a quand même un peu de mal dans l'Est-du-Québec, donc il faut peut-être [...] retrouver la maîtrise de certains secteurs économiques pour pouvoir donner de l'emploi, faire vivre du monde, pas juste en faire venir.

Nathalie Lewis, directrice du GRIDEQ et professeure en sociologie à l'UQAR

Avec la saison touristique qui risque d'être fort difficile, plusieurs entreprises pourraient disparaître et, avec elles, les services et les emplois qu’elles fournissent.

Si le tourisme est en baisse, est-ce que les restaurateurs, par exemple, vont être encore au rendez-vous juste pour les locaux? Peut-être pas, parce que normalement, il y a un achalandage touristique qui fait que ça peut fonctionner, souligne Marie-Eve Arbour.

Qui plus est, les étudiants étrangers, qui souvent décident en fin de parcours de s’installer dans nos régions, risquent aussi d'être beaucoup moins nombreux au cours des prochains mois.

Avec la collaboration de Jérôme Lévesque-Boucher

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