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COVID-19 : la Russie et la Chine seraient à l’origine de la vague de désinformation

C'est ce que croient plusieurs spécialistes a qui CBC News a parlé.

Illustration d'un virus sur lequel agit une particule scintillante.

Dans un rapport publié le 2 février, l'OMS parlait de la surabondance d’informations au sujet du nouveau coronavirus comme d’une «infodémie».

Photo : getty images/istockphoto

CBC News

La Russie et la Chine sont les forces directrices de la désinformation sur la pandémie, selon des spécialistes.

Certaines des fausses informations circulant en ligne portent sur l’origine du virus. Elles soutiennent par exemple que la COVID-19 a été créée en laboratoire ou qu’elle a été propagée en Chine par des soldats américains.

D’autres informations trompeuses fréquemment véhiculées portent sur les mesures d’hygiène à privilégier. L’une d’entre elles affirme par exemple que le lavage de mains ne contribue pas à prévenir la propagation de la COVID-19. Une autre soutient que le virus ne peut toucher les personnes qui fument.

Le sociologue canadien Philip Howard, qui est à la tête de l’Oxford Internet Institute, observe que la pandémie s’est accompagnée d’une hausse de mésinformation et de désinformation sur la COVID-19 diffusées par des sources liées à certains gouvernements.

Nous avons vu une accélération marquée de la mésinformation par des acteurs étatiques, en particulier ceux de la Russie et de la Chine. En fait, 92 % de la mésinformation émanant d’acteurs étatiques proviennent de ces deux pays.

Philip Howard, directeur de l'Oxford Internet Institute
Philip Howard sourit légèrement.

Le sociologue canadien Philip Howard observe que la pandémie s’est accompagnée d’une hausse de désinformation sur la COVID-19 diffusée par des sources liées à certains gouvernements.

Photo : Philip Howard

« Tourner les faits à son avantage, ce n'est pas mentir »

La désinformation désigne une fausse information, créée délibérément dans le but de dissimuler des informations ou de perturber et diviser des communautés. Elle doit être distinguée de la rhétorique utilisée par les personnalités politiques pour déformer les faits à leur avantage, selon Ron Nehring, directeur du programme d’entraînement international du Leadership Institute, basé à Washington. Tourner les faits à son avantage, ce n’est pas mentir, explique-t-il.

La mésinformation est quant à elle une information fausse ou inexacte qui est propagée de manière involontaire, sans l’intention de tromper les gens.

Les réseaux sociaux ont récemment été plus proactifs que jamais pour exclure les publications contenant des informations fausses ou trompeuses. Les comptes se consacrant à « des actions coordonnées et inauthentiques » ont également été supprimés. L’équipe de recherche de l’Université Carnegie Mellon, de Pittsburgh, a d’ailleurs dit la semaine dernière qu’environ 45 % des tweets écrits en faveur du déconfinement l'étaient par des robots provenant de la Russie et de la Chine (Nouvelle fenêtre).

Une silhouette regarde un téléphone. Il y a plusieurs logos de Twitter en arrière-plan.

De fausses informations de toutes sortes sont publiées par des comptes russes et chinois sur Twitter.

Photo : Getty Images / Leon Neal

[Les robots] rediffusent les messages de médias gouvernementaux, surtout en Russie et en Chine. Dès que l’un de ces médias envoie un message, il est rediffusé par une armée de robots, explique Kathleen Carley, professeure d’information à l’Université Carnegie Mellon. Certains de ces robots ont également tweeté des hyperliens menant vers des sites contenant de la désinformation.

Une guerre des idéologies

L’ancienne analyste en sécurité pour le gouvernement canadien Stephanie Carvin considère que la pandémie donne lieu de plus en plus à une guerre des idées et des idéologies plutôt qu’à une guerre contre le virus. L’absence d’une explication sur l’origine du SRAS-CoV-2 faciliterait la propagation de la désinformation.

Étant donné qu’il n’y a pas d’histoire claire sur l’origine du virus et que la Chine rendra sans doute impossibles les recherches pour comprendre ce qui s’est réellement passé, on va avoir droit à de la désinformation là-dessus pour les prochaines décennies.

Stephanie Carvin, ancienne analyste en sécurité pour le gouvernement canadien

Stephanie Carvin précise que la désinformation en ligne qu’elle a étudiée porte en bonne partie sur l’origine de la pandémie. Il n’y a aucune hésitation de ma part : je crois que la Russie et la Chine tentent de répandre l’idée selon laquelle la pandémie est une espèce d’arme américaine, dit-elle.

Un terreau fertile à la diffusion de mensonges

Peter Stano, porte-parole pour le Service européen pour l'action extérieure, une organisation qui inclut entre autres une division consacrée à surveiller et à combattre la désinformation, mentionne lui aussi voir une grande quantité de fausses informations sur la pandémie, dont certaines proviennent de sources liées au gouvernement russe.

C’est une crise dans laquelle il y a bien plus de questions que de réponses. [...] Il y a un manque d’information et de clarté sur l’origine du virus, donc ça constitue un terreau fertile pour quiconque souhaite répandre de la désinformation ou des théories complotistes.

Peter Stano, porte-parole pour le Service européen pour l'action extérieure

Philip Howard soutient qu’il y a des similitudes et des différences entre les messages diffusés et techniques utilisées par les entités liées à la Russie et à la Chine. Les deux pays font la promotion de l’idée que les démocraties sont en train d’échouer et qu’elles n’ont pas la capacité ou la volonté de combattre la pandémie tout en vantant leurs propres approches.

Le sociologue explique que la Russie possède des comptes sur les réseaux sociaux qui publient depuis des années des messages au sujet des dernières téléréalités ou des pointages de matchs sportifs qui sont utilisés pour pousser des messages politiques.

Le président chinois Xi Jinping assis derrière un bureau.

Le président chinois Xi Jinping prononce un discours lors de l'ouverture de la 73e Assemblée mondiale de la santé via une liaison vidéo à Pékin, lundi 18 mai 2020.

Photo : Associated Press / Li Xueren

Philip Howard affirme que les initiatives de désinformation et de mésinformation de l’État chinois sont plus récentes. Celles-ci se concentrent principalement sur la réfutation de publications tenant la Chine responsable de la pandémie.

Ils ont seulement commencé à faire ce genre de travail dans la dernière année, depuis les manifestations à Hong Kong, observe Philip Howard. Ils achètent tout simplement une centaine de milliers de faux comptes d’un seul coup pour qu’ils puissent relayer ou propager du contenu.

Les campagnes de désinformation liées à la Russie et à la Chine montrent que ces pays ont une grande portée sur les réseaux sociaux, selon M. Howard.

Ce qui nous a vraiment surpris, c'est la quantité de contenu que ces gouvernements produisent en anglais, dit-il. En ce moment, ils peuvent atteindre près d’un milliard d’utilisateurs et utilisatrices anglophones sur Instagram, Twitter, Facebook et Reddit.

Des stratégies différentes

Il existe toutefois des différences importantes entre les stratégies de Moscou et celles de Pékin, selon le directeur du programme d’entraînement international du Leadership Institute, Ron Nehring. Si la Chine tente de réécrire l’histoire en avançant que l’armée américaine a importé le virus en Chine, le Kremlin semble vouloir prolonger la durée de la pandémie hors Russie.

Nous avons vu des articles avançant que le lavage de mains n’avait aucun effet sur la propagation du virus, que les personnes qui fument ne pouvaient pas avoir le coronavirus, que le gingembre peut servir à prévenir la maladie. Une tonne de fausses informations mises en ligne par la Russie n’ont jamais été corrigées ni rétractées, et peuvent toujours être consultées, raconte M. Nehring.

Le gouvernement russe soutient pour sa part que ce sont les pays occidentaux qui véhiculent de fausses informations.

En propageant des faussetés et des rumeurs, des spécialistes biaisés font de l’autopromotion en blâmant la Russie pour tous les maux du monde, dont la COVID-19, peut-on lire dans une déclaration du bureau de presse de l’ambassade russe du Canada. Au contraire, la désinformation est l’outil principal des médias de masse occidentaux lorsqu’ils couvrent la situation du coronavirus en Russie. Chercher des poux et ignorer la réalité (plus bas taux de mortalité et nombre record de tests) n’améliorent pas la situation de la pandémie au Canada.

L’ambassade chinoise n’a toujours pas donné suite aux demandes d’entrevue de CBC News.

Selon les informations d'Elizabeth Thompson, Katie Nicholson et Jason Ho

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