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COVID-19 à Montréal : le Dr Arruda défend sa gestion de crise à distance

Gros plan sur M. Arruda, qui porte des lunettes.

Le Dr Horacio Arruda dit qu'il a toujours été conscient que l'épicentre de la crise se trouvait à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La distance séparant Québec de Montréal n’a pas « pénalisé » la métropole dans le combat qu'elle mène contre la COVID-19, estime Horacio Arruda. Le directeur national de santé publique, qui est aux commandes depuis le début de la crise aux côtés du premier ministre Legault, a réagi vendredi aux critiques formulées par son homologue régionale, la Dre Mylène Drouin, à l’égard de la gestion de crise du gouvernement.

La Dre Drouin m’a déjà exprimé qu’elle aurait aimé que je sois à Montréal parce qu’on pourrait se voir plus physiquement, [mais] je ne crois pas qu’elle ait voulu dire que la crise était mal gérée parce que [j’étais] à Québec, a précisé M. Arruda en point de presse.

Dans une entrevue parue dans La Presse, la directrice régionale de santé publique de Montréal a livré franchement ses impressions sur la gestion de la pandémie au Québec. Le centre de crise, a-t-elle confié, aurait dû être à Montréal.

Mylène Drouin a effectivement indiqué en avoir glissé un mot au Dr Arruda pas plus tard que le 9 mars. À cette époque, qui semble bien lointaine, seulement une douzaine de cas d'infection par le nouveau coronavirus avaient été recensés dans la province.

Le bilan provincial s'élève désormais à 50 232 cas de COVID-19 et 4363 décès. Montréal, qui est rapidement devenue l'épicentre de la crise au Québec, compte pour plus de la moitié des cas et des décès, avec 2690 morts, loin devant Laval, Lanaudière, la Montérégie et les Laurentides.

Assurant avoir été en contact avec la Dre Drouin presque tous les soirs pendant une certaine période, Horacio Arruda a affirmé que son équipe avait toute l’information et était très conscient[e] de ce qui se passait dans la région de Montréal. Contrairement aux prévisions du gouvernement, qui s'attendait à ce que le virus frappe les urgences des hôpitaux, la crise s'est déplacée vers les résidences pour personnes âgées.

Je ne crois pas que la distance ait fait que Montréal a été pénalisée.

Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec

Si l'essentiel de la crise du coronavirus a été géré depuis Québec, c'est en bonne partie parce que les bureaux du gouvernement s'y trouvent, a justifié le directeur national de santé publique.

Surpris par les propos de la Dre Drouin, le premier ministre François Legault a pour sa part indiqué que la gestion de crise avait été partagée entre Québec et Montréal. Je pense qu’on a eu une bonne collaboration avec la Ville de Montréal, a-t-il réagi lors d'un point de presse, vendredi, à Joliette.

Le Dr Arruda […] voulait laisser une certaine marge d’autonomie à la Dre Drouin, a-t-il ajouté.

Honnêtement, que notre cellule [de crise] ait été à Québec ou à Montréal, on était dans une salle. Je pense que ça n'aurait rien changé que cette salle soit à Montréal ou à Québec.

François Legault, premier ministre du Québec

Il aura fallu attendre le 8 mai avant que le directeur national de santé publique pose le pied à Montréal, où il s'est adressé aux médias aux côtés de la Dre Drouin. François Legault a quant à lui effectué sa première visite en sol montréalais en deux mois le 14 mai dernier. S'il ne l'a pas fait avant, c'est parce qu'il souhaitait montrer l'exemple en évitant les déplacements interrégionaux non essentiels, avait-il dit.

Une structure qui ne facilite pas la tâche

Si une deuxième vague de contamination survient, elle frappera encore une fois Montréal, a rappelé la Dre Drouin, qui veut s'assurer que les équipes soient bien coordonnées pour y faire face. Parce que, outre les reproches adressés au gouvernement caquiste, la directrice régionale de santé publique estime que la structure du réseau de la santé et les compressions qu'il a subies lui ont mis des bâtons dans les roues.

Coordonner le travail de tous les centres hospitaliers universitaires (CHU), les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) du territoire n'a pas été chose facile, a-t-elle confié.

Le premier ministre Legault a lui-même reconnu qu'il avait été difficile de convaincre certains CHU de transférer du personnel soignant vers les CHSLD des CISSS et des CIUSSS, qui se sont tristement retrouvés au cœur de la crise.

Et pas moyen pour la Dre Drouin d'intervenir pour leur forcer la main : depuis la réforme mise en place par l'ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, ces établissements ne relèvent non pas de la Direction de la santé publique, mais bien du ministère de la Santé.

De l'avis de M. Legault, la solution ne passe pas par l’ajout d’une autre structure, soit un autre ordre de gouvernance, pour coordonner les effectifs à Montréal. Il faut simplement que les PDG des différents établissements de soins de santé travaillent davantage ensemble pour envoyer les employés au bon endroit, a-t-il résumé.

En entrevue à ICI RDI, David Levine, l'ancien président de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, abolie dans la foulée de la réforme Barrette, a suggéré une tout autre solution. Pour mettre de l'ordre dans la structure complexe et difficile du réseau de santé montréalais, il faudrait nommer un directeur de santé publique qui aurait autorité sur tout le territoire.

En cas de deuxième vague, cette tête dirigeante aurait alors les moyens de prendre des décisions et de les faire appliquer, a-t-il expliqué.

Le directeur national de santé publique a affirmé de son côté qu'une analyse de la réponse à la crise était en cours. On est déjà en train de faire des constats. [...] On va aller dans une deuxième vague avec des apprentissages.

Des discussions entre les directeurs de santé publique et le ministère de la Santé auront lieu, a-t-il affirmé.

La Dre Drouin apporte des « nuances »

En fin de journée, vendredi, la Dre Drouin a publié un communiqué dans lequel elle vient « nuancer certaines interprétations qui ont été faites » de ses propos.

Réitérant sa confiance en Québec et sa réponse à la pandémie, la directrice régionale de santé publique de Montréal a précisé qu’il était normal que la gestion globale de la crise […] se fasse de Québec où siège notre gouvernement.

La contribution de chacun est essentielle et j’ai une entière confiance en notre capacité collective de traverser cette crise historique, a-t-elle déclaré.

La santé publique a fait état vendredi de 530 nouveaux cas de contamination et de 61 morts de plus par rapport aux données publiées jeudi.

La baisse du nombre d'hospitalisations se poursuit, avec maintenant 1265 personnes malades ayant besoin de soins, un recul de 66.

Quant aux personnes qui se trouvent aux soins intensifs, Québec annonce là aussi une baisse, avec 172 personnes, contre 178 la veille, soit une diminution de 6.

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