•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Télémédecine : des leçons à tirer de la pandémie

Des patients et médecins découvrent la télémédecine en période de confinement.

Un médecin tape sur le clavier d'un ordinateur portable.

Avec les mesures de confinement, patients et médecins se sont retrouvés, parfois malgré eux, plongés dans la télémédecine.

Photo : iStock

Sophie Antoine a eu recours à la télémédecine pour la première fois en pleine pandémie de la COVID-19, quand son fils a développé une infection à l’œil.

Comme ça ne passait pas, je me suis dit : il va falloir consulter. Sauf que tout est fermé.

Elle s'est alors tournée vers la clinique de son médecin de famille à Toronto, qui offre des rendez-vous à distance depuis la pandémie. Quelques minutes pour remplir un formulaire et la médecin la rappelle. Elle lui demande d’envoyer des photos par réseau privé, puis confirme le diagnostic.

C’était même plus simple que si c’était arrivé en temps normal, où j’aurais dû prendre sur mon temps de travail pour aller voir le médecin, commente Sophie Antoine.

Pour Maryse Lapointe, qui habite dans l'Est ontarien, les rendez-vous virtuels sont devenus routine : séances de physiothérapie, consultations avec infirmières praticiennes et médecins spécialistes.

Étant immunodéprimée, elle préfère éviter les hôpitaux et cliniques. C’est rassurant et tellement plus efficace, juge-t-elle. J’espère que ça continuera ainsi. Il me semble que ça désengorgerait les systèmes de santé.

Utilisation en hausse

Cliniques fermées, rendez-vous non urgents reportés : les services de télémédecine sont plus sollicités en période de confinement.

Ça a permis à des patients qui peut-être n’auraient pas pu avoir de soins d’être vus par des médecins sans être admis à l'hôpital, note la Dre Samantha Hill, présidente de l’Association médicale de l’Ontario.

Le Women’s College Hospital, à Toronto, voit maintenant presque 100 % des patients à distance. Avant c’était peut-être 10 %, estime le Dr Sacha Bhatia, cardiologue et chef de l’innovation. Pour lui, cette transition est essentielle pour assurer un suivi aux patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques.

La plateforme privée de télémédecine Maple est pour sa part passée de 1000 visites par jour à maintenant 4000, et a dû recruter 200 docteurs supplémentaires.

Une capture d'écran de l'application Maple, montrant d'abord une liste de symptômes puis un extrait de conversation entre une médecin et un patient.

Maple, une plateforme privée de télémédecine, observe une plus grande demande pour ses services.

Photo : Maple/capture d'écran

En mars, un nombre incroyable de nos visites étaient liées à la COVID-19, mais ça s'est atténué, décrit Dr Brett Belchetz, urgentologue, PDG et cofondateur de Maple.

Là, il y a toutes les petites choses pour lesquelles les gens ne vont plus chez le médecin : renouvellements de prescriptions, éruptions cutanées, infections urinaires, etc.

Dr Brett Belchetz

Selon lui, les consultations virtuelles permettent aussi aux soignants de pratiquer tout en se protégeant, puisqu'ils n’ont pas à utiliser les stocks précieux de masques, blouses, gants.

Bâtir sur les bases

Même avant la pandémie, la province avait déjà un système établi de télémédecine, avec le Réseau télémédecine Ontario (OTN) notamment.

C’était utilisé par exemple si vous habitiez dans le Nord de l’Ontario et aviez besoin d’un spécialiste à Toronto. Pour des suivis psychologiques aussi, ou même des suivis postopératoires, rappelle Sylvie Grosjean, professeure de communications à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche en francophonie internationale sur les technologies numériques en santé.

Le Women’s College Hospital, qui aspire à être le premier hôpital virtuel du Canada, avait aussi une longueur d’avance. Ça signifie pour nous que les soins virtuels sont intégrés à tout ce que nous faisons, explique Sacha Bhatia. Ça ne veut pas dire que plus personne ne viendra à l’hôpital.

Capture d'écran d'un site Internet, my Health record.

Le Women's College Hospital a son système de dossier médical électronique.

Photo : Women's College Hospital

Nous étions chanceux, parce que nous avions déjà notre système de dossier médical électronique, ajoute-t-il.

La pandémie a aussi amené l’hôpital à développer de nouveaux outils comme COVIDCare@Home, un système virtuel de surveillance à domicile des patients atteints de la COVID-19.

Chacun reçoit un moniteur pour les niveaux d’oxygène, et on fait le point régulièrement avec eux. On vérifie leurs symptômes. En 4 semaines, 125 personnes en ont bénéficié et n’ont pas eu à être hospitalisées.

Le défi de la communication

Mais pour les médecins, l’adaptation n’est pas nécessairement évidente. C’est beaucoup de gestion du changement, résume Sacha Bhatia.

Ça reste bizarre pour un docteur de ne pas pouvoir examiner physiquement quelqu’un. De plus, être sur Zoom huit heures par jour, c’est fatigant.

Dr Sacha Bhatia, chef de l'innovation, Women's College Hospital

Il y a une différence dans la façon de pratiquer la médecine virtuellement ou en personne, ajoute Samantha Hill. Il faut travailler un petit peu plus fort, être plus vigilant pour s’assurer de ne rien manquer, parce que vous n’avez pas, par exemple, l’odorat qui vous permettrait d’identifier une plaie infectée; le langage corporel est différent. Et c’est plus difficile si vous n’avez pas de relation préexistante avec le patient.

Une capture d'écran d'une conversation Zoom.

Sylvie Grosjean est titulaire de la Chaire de recherche en francophonie internationale sur les technologies numériques en santé.

Photo : Zoom

Si vous êtes avec votre médecin de famille depuis 10 ans, cette confiance est déjà existante, renchérit Sylvie Grosjean.

Elle souligne qu’au-delà de l’aspect technologique de la télémédecine, il faut développer davantage le relationnel et les stratégies de communication à distance.

La technologie est là pour soutenir une relation humaine entre un patient et un médecin.

Sylvie Grosjean, professeure à l'Université d'Ottawa

Meilleure formation, juste rémunération

Brett Belchetz, lui, juge que la télémédecine n’est pas encore suffisamment incorporée aux cursus des facultés de médecine.

Si on veut maintenir ces services de manière durable, les docteurs doivent aussi être rémunérés à juste titre, ajoute Samantha Hill.

Au début de la pandémie, on a collaboré avec le gouvernement pour lancer de nouveaux codes de facturation pour les soins virtuels. On a fait du progrès, mais ces codes ne couvrent pas encore tous les types de procédures.

Avant, il y avait des médecins qui passaient des coups de fil, renouvelaient des prescriptions à distance, mais sans être payés.

Dre Samantha Hill, présidente de l’Association médicale de l’Ontario.

Protection des données personnelles

Un autre défi à long terme, et dans l’air du temps, reste la confidentialité et la protection des données personnelles.

Le Dr Bhatia reconnaît que cela nécessite beaucoup de travail et de vigilance. Nous prenons ça très au sérieux. Par exemple, la version de Zoom que nous utilisons est intégrée à notre système électronique, donc on y accède dans un domaine privé derrière un pare-feu, affirme-t-il.

Sylvie Grosjean constate qu’il y a de plus en plus de recherches sur ces questions.

Leçons à tirer

Mais pour ces patients et ces experts, cette réalité semble là pour de bon.

Claire Brunel serait certainement prête à répéter l'expérience. Cette résidente d’Etobicoke a elle aussi reçu une première consultation à distance pour sa fille.

La clinique est loin de mon domicile. De plus, si besoin, le médecin envoie directement la prescription à la pharmacie de notre choix et nous n’avons plus qu’à aller récupérer les médicaments. C’est vraiment très pratique, dit-elle.

Une salle de télémédecine avec un écran, un ordinateur et une caméra.

Une salle de télémédecine à Sudbury.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

Attention toutefois à ne pas généraliser, prévient la professeure Sylvie Grosjean. Une situation de crise comme celle-ci fait qu’on a tendance à accepter des choses qu’on n’accepterait pas en situation normale. Il y a peut-être des patients qui vont se dire : est-ce que je peux vraiment faire confiance au diagnostic?

Cependant elle estime que l'on a beaucoup à apprendre de cet épisode, sur l’intérêt des patients et des médecins. Ça ne veut pas dire qu’on va tout transférer vers la télémédecine, mais on sera peut-être plus à même de prendre des décisions éclairées.

Brett Belchetz confirme qu’il y a de plus en plus de procédures qu’on peut faire à distance : il y a des technologies à domicile qui permettent aux docteurs d’écouter les poumons de leurs patients. Ou encore des sondes d’échographie que vous branchez à votre téléphone.

Mais il rappelle aussi que l’idée n’est pas de remplacer la médecine traditionnelle.

La meilleure analogie pour moi, c’est le secteur bancaire. Parfois vous allez voir le caissier, parfois vous allez au guichet automatique, ou bien vous utilisez les services en ligne. Il y a plusieurs canaux disponibles pour plusieurs objectifs différents.

Intergénérationnel

Les médecins constatent que contrairement aux idées reçues, la télémédecine est utilisée par diverses tranches de la population. Et de plus en plus de patients âgés, indique Brett Belchetz. Ils réalisent qu’ils sont plus vulnérables aux maladies infectieuses comme la COVID alors ils veulent éviter les cabinets de médecins.

Je pense que ce n’est pas une question de génération, résume Sylvie Grosjean. Souvent, c’est plus une question d’accès à la technologie, et aussi de littératie numérique, d’accompagnement à l’usage de ces technologies. Il y a un soutien qui doit se faire, pour tout le monde.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !