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Twitter signale un nouveau message de Trump, cette fois au sujet de Minneapolis

Le logo de Twitter apparaît sur l'écran d'un téléphone portable avec en image de fond une photo de Donald Trump.

Le président américain cherche à limiter la protection des réseaux sociaux et leur latitude à modérer les contenus.

Photo : AFP / Olivier Douliery

Radio-Canada

La polémique qui fait rage entre Donald Trump et Twitter est montée d’un cran vendredi, à la suite d’une décision du réseau social de signaler un nouveau message du président américain – le troisième en quatre jours. Le dernier tweet en question, publié jeudi, sur les affrontements de Minneapolis, a été masqué pour « apologie de la violence ».

Ces VOYOUS déshonorent la mémoire de George Floyd, et je ne laisserai pas faire cela. Viens juste de parler au gouverneur Tim Walz et lui ai dit que l'armée est à ses côtés tout du long. Au moindre problème, quand les pillages démarrent, les tirs commencent. Merci!, a tweeté jeudi soir Donald Trump.

Le président, suivi par plus de 80 millions de personnes sur Twitter, a publié ce message pouvant être interprété comme une incitation aux forces de l'ordre à faire usage de leurs armes, après l'incendie d'un commissariat de Minneapolis lors d'une troisième nuit d'affrontements après la mort d'un homme noir, George Floyd, lors d'une interpellation musclée par des policiers blancs.

Quelques heures après, le réseau social américain a masqué ce tweet avec un message d'avertissement, laissant simplement la possibilité de le retweeter avec des commentaires mais pas de le retweeter ni de « l’aimer » ou d'y répondre. Le tweet reste intégralement visible lorsqu'on clique sur le message.

Ce tweet viole les règles de Twitter sur l'apologie de la violence. Toutefois, Twitter estime qu'il est dans l'intérêt du public que ce tweet reste accessible, selon le réseau social.

Une porte-parole de Twitter a par ailleurs affirmé à l’agence Reuters que le fondateur et patron de l’entreprise a été mis au courant de la décision de masquer le message du président Trump avant son exécution.

Dans un geste de défi, la Maison-Blanche est revenue à la charge vendredi en twittant à partir de son compte officiel le message controversé du président en le copiant-collant.

Quelques minutes plus tard, le tweet en question a reçu le même traitement que celui, identique, du président : il a été signalé par le réseau social relativement à ses règles quant à la glorification de la violence.

Limiter la protection des réseaux sociaux

Jeudi, M. Trump, ulcéré par l'attitude de Twitter à son égard qui avait pour la première fois signalé deux de ses tweets avec la mention « Vérifiez les faits », a signé un décret visant à limiter la protection judiciaire des réseaux sociaux afin selon lui de défendre la liberté d'expression face à un des pires dangers qui soit. Le décret devrait être le point de départ d'une longue bataille en justice.

Donald Trump, assis, tenant une copie du New York Post pendant qu'il s'adresse aux reporters depuis le bureau ovale, avec à ses côtés Bill Barr.

Donald Trump n'a pas perdu de temps pour mettre à exécution ses menaces contre les réseaux sociaux.

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Les deux messages signalés mardi affirmaient que le vote par correspondance était forcément « frauduleux », car sujet aux manipulations, une question ultrasensible en pleine année électorale.

En signant le décret, M. Trump a de nouveau dénoncé le monopole des groupes technologiques qu'il accuse de longue date d'avoir un parti pris idéologique et politique.

Ils ont le pouvoir non contrôlé de censurer, éditer, dissimuler ou modifier toute forme de communication entre des individus et de larges audiences publiques.

Donald Trump

Très actif sur Twitter, M. Trump a décidé de s'attaquer, au nom de la liberté d'expression – et à titre de représailles, selon ses détracteurs – à la célèbre Section 230 du Communications Decency Act.

Pierre angulaire de l'Internet américain, elle offre notamment à Facebook, Twitter ou YouTube (Google) une immunité contre toute poursuite judiciaire liée aux contenus publiés par des tiers et leur donne la liberté d'intervenir sur les plateformes à leur guise.

Trump accusé d'intimidation

Le décret cherche à modifier le champ d'application de cette loi de 1996 et affirme que l'immunité ne peut s'étendre à ceux qui pratiquent la censure de certains points de vue.

Quand des réseaux sociaux puissants censurent des opinions [...], ils cessent de fonctionner comme des forums passifs. Ils doivent être considérés et traités comme des créateurs de contenus, énonce le texte.

Vendredi matin, le président américain est revenu à la charge sur la Section 230, publiant un message sur Twitter, affirmant que cette loi doit être révoquée par le Congrès américain. Mais d’ici là, elle sera réglementée, a-t-il assuré.

Un homme porte une perche de laquelle pend une piñata bleue.

Un manifestant portant une piñata à l'effigie de l'oiseau bleu de Twitter avec la mention « Larguez Trump ».

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Pour le sénateur démocrate Ron Wyden, Donald Trump veut surtout intimider les réseaux sociaux et s'attaquer à la Section 230 parce qu'elle protège le droit des entreprises à ne pas avoir à héberger ses mensonges.

Le décret constitue une menace flagrante et anticonstitutionnelle pour punir les plateformes qui déplaisent au président, affirme l'ONG American Civil Liberties Union (ACLU).

Pour sa part, Matt Schruers, président de la Computer & Communications Industry Association, lobby des entreprises technologiques, estime que ce genre de « représailles » était plus digne des autocraties étrangères que des États-Unis.

Un sujet sensible à la veille des élections

Le débat sur le sacro-saint statut d'hébergeur des plateformes en ligne fait rage depuis des mois et dépasse largement le contentieux Trump-Twitter.

À gauche comme à droite, des voix s'élèvent depuis quelques années pour forcer les réseaux à prendre plus de responsabilités – et donc à mieux filtrer les contenus.

Depuis les tentatives de manipulation de la présidentielle américaine de 2016, Facebook et Twitter ont massivement investi dans la lutte contre la désinformation.

La question est particulièrement sensible en pleine année électorale bouleversée par la pandémie de coronavirus qui fait peser le doute sur les modalités de l'organisation de la présidentielle américaine du 3 novembre.

Mark Zuckerberg, fondateur et patron de Facebook, est entré dans la bataille en rappelant sur Fox News jeudi qu'à son avis les plateformes ne devraient pas se poser en arbitres de la vérité sur tout ce que les gens disent en ligne.

Un gouvernement qui choisit de censurer une plateforme parce qu'il s'inquiète au sujet de la censure ne me semble pas exactement être le bon réflexe.

Mark Zuckerberg

La méthode du décret suscite par ailleurs un tollé.

Quelles que soient les circonstances, ce n'est pas comme ça que les politiques publiques sont décidées, a réagi la Chambre de commerce des États-Unis. Un décret ne peut pas servir à changer la loi fédérale.

Interrogé pendant la signature du décret sur la possibilité de supprimer son compte, Donald Trump a répondu en attaquant les médias : si nous avions une presse honnête dans ce pays, je le ferais dans la seconde.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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