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Une source avait prévenu les policiers d'un risque 9 ans avant la tuerie

Les ruines calcinées d'un chalet et la carcasse d'une voiture incendiée.

Le tireur a incendié plusieurs maisons, y compris son chalet à Portapique, en commettant une tuerie en avril 2020.

Photo : CBC/Steve Lawrence

Radio-Canada

Les services policiers ont été prévenus en mai 2011 qu’un denturologiste nommé Gabriel Wortman possédait plusieurs armes à feu et qu’il voulait « tuer un policier », selon des documents obtenus par CBC.

Mais la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse ne peut dire ce qui a été fait ou même si quelque chose a été fait à la suite de l'obtention de ces renseignements. L’homme en question a abattu 22 personnes, dont une agente de la GRC, en avril 2020.

En 2011, une source non identifiée a communiqué avec le caporal Greg Densmore, du service policier de Truro. La source a indiqué où l’homme rangeait ses armes à feu et expliqué qu’il portait une arme de poing durant ses déplacements entre sa maison à Dartmouth et son chalet à Portapique.

CBC a obtenu du service policier de Truro une copie du rapport du caporal Densmore en vertu d’une demande d’accès à l’information. Des passages sont caviardés, mais on peut voir que le document avait été distribué par l’entremise du Service de renseignements criminels de la Nouvelle-Écosse. Il s’agit d’un réseau de partage d’information entre les divers services policiers.

Un agent discute avec un collègue qui se trouve à bord d'une voiture de la Gendarmerie royale du Canada. Cette voiture et un autre véhicule bloquent la route.

Des gendarmes bloquant la route menant à une scène de crime à Portapique le 26 avril.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lefebvre

Il semble y avoir des contradictions sur la question de qui était responsable du suivi pour ces renseignements. Le chalet à Portapique se trouvait dans le territoire desservi par la GRC, mais non la résidence principale à Dartmouth, indique une porte-parole de la GRC en Nouvelle-Écosse, la caporale Jennifer Clarke.

Je ne sais pas ce qui a été fait ni ce qui n’a pas été fait à ce moment, dit-elle.

Des renseignements retirés des dossiers

Le service policier régional d’Halifax dit avoir enquêté sur ces renseignements et interrogé des proches de l’homme. Ses enquêteurs ont déterminé que tous les renseignements au sujet des armes à feu dans cette affaire étaient liés au chalet, non à la propriété située à Darmouth.

Les enquêteurs d’Halifax ont transmis leurs conclusions à la GRC, selon un porte-parole du service policier d’Halifax, John MacLeod.

La policière en uniforme durant une entrevue.

Jennifer Clarke, porte-parole de la Gendarmerie royale du Canada en Nouvelle-Écosse, dit ne pas savoir ce qui a été fait des renseignements reçus en 2011 au sujet de l'homme qui est devenu le tueur de Portapique.

Photo : CBC

La caporale Jennifer Clarke dit que la GRC n’avait pas les renseignements de 2011 à sa disposition durant la chasse à l’homme, le mois dernier. Le document ne figurait plus dans les dossiers. Le corps policier ne garde habituellement des renseignements du genre qu’environ deux ans, explique-t-elle.

Ces renseignements auraient-ils été utiles aux policiers qui sont intervenus durant la tuerie? Il est difficile de répondre à cette question, indique la porte-parole de la GRC. On ne pourrait faire que des hypothèses sur la possibilité d'avoir prévenu la tuerie, explique Jennifer Clarke. Bien des gens aimeraient savoir cela, mais elle ne le sait pas elle-même, ajoute-t-elle.

Une partie de l’histoire

Le rapport a refait surface le 19 avril dernier lorsqu’un agent du service policier d’Amherst a reconnu le nom du tireur et retrouvé dans ses courriels les renseignements reçus à son sujet en 2011. Il a transmis les renseignements à son supérieur qui les a transmis à son tour à la GRC, selon le chef du service policier d’Amherst, Dwayne Pike.

Le chef du service policier de Truro, Dave MacNeil, confirme qu’un de ses agents a aussi retrouvé le document de 2011 environ une semaine plus tard.

C’est la plus grande tuerie de l’histoire du Canada et c’est une pièce de l’histoire, affirme M. MacNeil. Quel rôle joue cette pièce, je ne le sais pas et je ne peux faire des suppositions à ce sujet, mais c’est de l’information qui devrait être rendue publique.

Dave MacNeil interviewé devant le poste de police.

Le chef du service policier de Truro, Dave MacNeil

Photo : CBC/Elizabeth McMillan

Selon le rapport de 2011, c’était la deuxième fois en moins d’un an que les policiers étaient informés du risque de violence de la part de cet homme. Il avait fait l’objet d’une enquête pour avoir proféré des menaces de mort contre ses parents le 2 juin 2010. Cette enquête comprenait aussi des renseignements sur ses armes à feu.

Le service policier d’Halifax a enquêté, mais il a fermé le dossier sans porter d'accusation, selon son porte-parole, parce qu’il n’y avait pas assez de preuves pour cela ni pour obtenir un mandat de perquisition.

Les renseignements de 2011

Dans le rapport de 2011, le caporal Greg Densmore note qu’il a reçu les renseignements d’une source non identifiée le 3 mai. Selon cette source, l’homme disait qu’il voulait tuer un policier. Il en voulait aux policiers parce qu’il croyait qu’ils n’avaient pas fait leur travail quand il avait porté plainte pour une entrée par effraction.

La source a signalé à M. Densmore que l’homme était aux prises avec un stress énorme et qu’il commençait à montrer des signes de problèmes de santé mentale.

Le rapport de M. Densmore indique que l’homme gardait une arme de poing à portée de la main durant son sommeil et durant ses déplacements. La source disait avoir vu ces armes.

M. [Wortman] possède peut-être plusieurs fusils dans son chalet situé à..., a noté M. Densmore. L’adresse est caviardée dans le document.

Selon la source, les armes étaient rangées dans un compartiment situé derrière une conduite.

Le policier recommandait la prudence

Greg Densmore a noté que les renseignements provenaient d’une source dont les dires n'avaient pas été vérifiés et qu’il les communiquait afin que tout autre policier qui pouvait avoir des contacts avec l’homme soit prévenu et prudent. Il a expliqué cela dans un courriel envoyé le 3 mai 2011 à une adresse de la GRC qui est caviardée dans les documents obtenus par CBC.

Cette correspondance comprend une discussion au sujet des véhicules que l’homme conduisait pour se rendre à Dartmouth ou à Portapique. Il possédait six véhicules immatriculés à son nom et un autre non immatriculé.

Les rapports en matière de sécurité comme celui produit par Greg Densmore sont rares, explique le chef policier Dave MacNeil, qui siège à l’heure actuelle parmi les dirigeants du Service de renseignements criminels de la Nouvelle-Écosse. Il n’y en a que quelques-uns par année qui sont envoyés lorsque l’on croit que quelqu’un a les moyens, des motifs et la volonté de faire du mal à un policier.

Extrait d'un document portant le logo du service policier et le nom du caporal Greg Densmore.

Le rapport produit par un agent du service policier de Truro en 2011 sur les renseignements reçus au sujet de l'homme qui est devenu en avril 2020 le tueur de Portapique.

Photo : Service policier de Truro

Habituellement, lorsque le service policier de Truro reçoit ce genre de renseignements qui se rapporte au territoire qu’il dessert, il lui accorde le même traitement que celui des renseignements transmis par le service anonyme Échec au crime et il fait un suivi, assure M. MacNeil.

Le service policier ouvre une enquête à ces occasions afin d’essayer de déterminer la validité des renseignements reçus en vue de porter des accusations criminelles si elles sont justifiées, explique-t-il.

Mais comme les renseignements dans ce cas portaient sur un citoyen qui résidait hors du territoire desservi par le service policier de Truro, ce dernier a cessé ses démarches après avoir communiqué les renseignements, selon M. MacNeil. Il ne fait pas de commentaire sur ce que les autres services policiers ont fait de ces renseignements.

Un amas de fleurs, de ballons, de drapeaux et de messages de condoléances installé au bord d'une route.

Un mémorial en hommage aux victimes à Portapique une semaine après la tragédie.

Photo : Radio-Canada / Héloise Rodriguez-Qizilbash

Le service policier de Truro n’a jamais eu affaire avec cet homme et n’a pas enquêté sur lui après avoir reçu les renseignements, poursuit Dave MacNeil. Heureusement, souligne-t-il, un de ses agents a pris en note ces renseignements parce qu’il jugeait que c’était important.

Le contenu de ce rapport est préoccupant, selon la porte-parole de la GRC en Nouvelle-Écosse, Jennifer Clarke. La GRC en reçoit souvent au sujet de personnes provenant d’autres territoires et qui peuvent circuler dans le sien, explique-t-elle.

Il faut encore faire beaucoup de travail pour déterminer s’il y a des leçons à tirer de la tuerie et des choses à changer, souligne Mme Clarke en ajoutant qu’elle ne sait pas si cela fait l’objet de discussions en ce moment. À l’heure actuelle, dit-elle, les policiers se concentrent plutôt sur leur enquête et ils veulent tenir les familles au courant de cette enquête.

D'après un reportage de Karissa Donkin et d'Elizabeth McMillan, de CBC

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