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Il « sauve » sa belle-mère d'un long séjour à l'hôpital grâce à ses contacts

Réjean Doré qui regarde sa conjointe, Claudette Bélaire.

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

Sans les contacts de son conjoint, une femme de Québec est convaincue que sa mère de 94 ans serait morte durant son séjour de deux semaines dans un hôpital contre son gré. La famille dénonce l'intransigeance et la lourdeur du système de santé.

Mon conjoint et moi avons mené le plus dur combat de notre vie pour sauver ma mère, déplore Claudette Bélair, l’une des filles de Pauline Grégoire.

Cette dernière est maintenant de retour chez elle, au CHSLD Saint-Jean Eudes à Québec. Toutefois, il fallait que son beau-fils « avec des contacts », soit un ancien directeur adjoint d'un cabinet ministériel, pour libérer Mme Grégoire d’une directive gouvernementale appliquée à la lettre.

Visite à l’hôpital pour une échographie

Le vendredi 1er mai, Pauline Grégoire visite l’hôpital Saint-François d’Assise pour passer une échographie, sous les conseils de son médecin à son CHSLD. Elle passe finalement la fin de semaine à l'hôpital.

Le 4 mai, une nouvelle directive gouvernementale entre en vigueur : les usagers de CHSLD qui passent plus de 24 heures dans un centre hospitalier doivent séjourner dans un milieu de transition pendant 14 jours avant de pouvoir retourner dans leur résidence. Le but : éviter la propagation de la COVID-19 dans les milieux de vie pour personnes âgées.

Impuissante, Claudette Bélair voit sa mère dépérir à distance, par vidéo. On lui interdit de la visiter.

À gauche : une photo de Pauline Grégoire prise en décembre dernier. 
À droite : Une photo de Pauline Grégoire lors de son séjour à Saint-François d'Assise

À gauche : une photo de Pauline Grégoire prise en décembre dernier. À droite : Une photo de Pauline Grégoire lors de son séjour à Saint-François d'Assise

Photo : Radio-Canada / Claudette Bélaire

Ma mère refusait de prendre ses médicaments, elle ne mangeait plus. Elle ne s’est pas levée de son lit pendant deux semaines. On était incapable de lui mettre ses dents et ses appareils auditifs. Elle était complètement coupée du monde.

Claudette Bélair

Une semaine après son entrée à Saint-François d’Assise, Pauline Grégoire est toujours en attente d'une place dans la zone tampon de l'hôtel Le Concorde, incapable de quitter son lit d’hôpital.

Claudette Bélair et son conjoint, Réjean Doré, tentent de trouver des solutions pour ramener Mme Grégoire dans son CHSLD avant qu’elle ne dépérisse davantage, mais sans succès.

Claudette Bélair regarde des photos de sa mère, Pauline Grégoire.

Claudette Bélair dit qu'elle ne savait plus où aller pour chercher de l'aide.

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

Ils ont notamment proposé que le séjour de Mme Grégoire à l’hôpital soit considéré comme une zone tampon afin de réduire le nombre de jours passés loin de chez elle. Ils ont aussi demandé qu’elle puisse vivre la période de transition en isolement dans sa chambre de CHSLD. Cela ne nous a pas été accordé, déplore Claudette Bélair.

Pauline Grégoire avait pourtant passé quatre tests de dépistage pour la COVID-19 lors de son séjour à l'hôpital. Tous se sont avérés négatifs.

Jouer le tout pour le tout

Devant l’intransigeance de la directive, Réjean Doré contacte son bureau de circonscription et le cabinet du ministère de la Santé. Il est transféré d’une personne à l’autre pendant plusieurs jours.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale répond par courriel qu'il est possible de déroger aux consignes pour des raisons humanitaires évidents, mais qu'il n'est pas en mesure de commenter ce dossier alors qu'il est tenu à la plus stricte confidentialité des dossiers d’usagers.

Par expérience, je savais que si je manoeuvrais au niveau de l'appareil administratif, je ne m'en sortais pas. La seule façon que j’ai trouvée, c’est de faire mes recherches.

Réjean Doré, ancien directeur adjoint de cabinet

L’ancien directeur adjoint de cabinet retrouve une personne qu'il connaît dans l'appareil gouvernemental. Cette dernière achemine son dossier sur le bureau de la ministre des Aînés.

Marguerite Blais ordonne rapidement de déroger à la directive de la Santé publique et de renvoyer Pauline Grégoire dans son CHSLD.

La dame aura passé deux semaines à l’hôpital avant de pouvoir retourner chez elle.

Devant une patiente de 94 ans, des fois, il faut user de jugement [...] Je crois dans la vie qu'on doit regarder le portrait d'une personne. Si elle mérite d'être prise en considération en raison de sa très grande vulnérabilité, il faut agir.

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

Un système complexe

Le couple déplore qu’il soit difficile, voire impossible, de régler une injustice rapidement sans avoir accès à quelqu’un « dans la machine gouvernementale ».

Marguerite Blais concède que la structure administrative est complexe. Son ministère est d’ailleurs en réflexion afin de trouver des solutions pour mieux gérer les problèmes sur le terrain.

C'est une gestion qui vient du haut pour aller vers le bas. C'est une des raisons pour laquelle on pense vraiment à une gouvernance locale, entre autres en ce qui concerne les CHSLD, dit-elle.

La ministre admet qu’elle doit régler plusieurs dossiers du genre par semaine.

Claudette Bélair remercie le ciel que sa mère soit de retour dans son CHSLD, même si elle ressort grandement affaiblie de sa mésaventure.

Ma mère n'ouvre plus les yeux, elle ne mange plus. Elle a perdu beaucoup de poids. Elle a peur de tout le monde, même de nous, ses enfants. Il faut la réapprivoiser, confie-t-elle, résignée.

Sans les contacts de son mari, elle croit que sa mère serait morte seule à l’hôpital.

Tu vois une personne que tu aimes qui est sans défense, sans ressource. Tu vois ton épouse se fendre l'âme pour y arriver et il n'y a pas plus de résultats. Alors, tu t'impliques. Tu t'impliques autant que tu peux. C'est un match, et si tu le perds : c'est la mort, conclut Réjean Doré.

Pauline Grégoire entourée de sa fille Claudette Bélair et son gendre Réjean Doré.

Pauline Grégoire entourée de sa fille Claudette Bélair et son gendre Réjean Doré.

Photo : Radio-Canada / Claudette Bélaire

Le couple demande que les consignes de santé soient appliquées, mais avec plus d’humanité.

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