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Horreurs en soins de longue durée : l'Ontario au courant depuis 2005, dit l’ex-ombudsman

L’ancien ombudsman André Marin dit avoir reçu des centaines de plaintes sur les soins de longue durée entre 2005 et 2015, mais il n’avait pas le droit d’enquêter sur ce secteur.

Ontario Ombudsman Andre Marin speaks at a news conference at Queens Park in Toronto on Tuesday February 4, 2014 to announce his latest investigation into complaints about billing practices by Hydro One. THE CANADIAN PRESS/Aaron Vincent Elkaim

André Marin alors qu'il était ombudsman de l'Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Coquerelles, sévices et couches souillées. L'ancien ombudsman de l'Ontario dit avoir reçu des centaines de plaintes annuellement entre 2005 et 2015 sur les mêmes conditions abjectes que celles que dénonce le rapport accablant de l’armée sur les soins de longue durée.

Ça a pris l’armée pour nous dire qu’il y avait un problème, mais moi j’ai tiré la sonnette d’alarme pendant plus de 10 ans.

L'ancien ombudsman de l'Ontario, André Marin

André Marin a été en poste sous les gouvernements libéraux de Dalton McGuinty et de Kathleen Wynne. Tout au long de son mandat et dans ses rapports annuels, André Marin a exhorté sans succès le gouvernement à donner à son bureau le mandat d'enquêter sur les centres de soins de longue durée.

André Marin dit aussi avoir reçu de nombreuses plaintes relativement à des viols qui auraient été commis dans les centres de soins de longue durée de la province. Il estime que les gouvernements libéraux successifs ont fermé les yeux sur la situation dans les foyers.

Wynne et McGuinty étaient au courant, mais ils n’étaient pas intéressés, lance sans équivoque l'ancien ombudsman, qui a été candidat progressiste-conservateur lors d'une élection partielle en novembre 2016 dans Ottawa-Vanier.

En entrevue avec Radio-Canada jeudi, l’ancienne première ministre Wynne nie avoir ignoré le problème. Dans tous nos budgets, nous avons augmenté le financement pour les soins de longue durée. Nous avons investi des milliards dans les soins à domicile.

On la voit en contre-plongée avec les mains écartées en premier plan.

L'ancienne première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, en 2016

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Elle rappelle que les libéraux ont hérité du manque d'investissement en soins de longue durée sous les gouvernements Harris et Eves. Entre 2003 et  2018, nous avons créé 30 000 lits en foyers pour aînés et avons instauré un système d’inspection robuste.

André Marin soutient au contraire que les administrateurs des foyers de soins de longue durée étaient prévenus par le ministère à la veille de toutes les inspections.

Tout d’un coup, on tuait les coquerelles, on lavait les lits et on faisait sourire les patients pour les inspecteurs, explique ironiquement André Marin. Lorsqu’il a quitté son poste en 2015, l'ombudsman n’avait toujours pas le pouvoir de surveiller les soins de longue durée.

Un homme à la caméra.

L’ancien ombudsman de l’Ontario André Marin dit avoir reçu des centaines de plaintes par année concernant les soins de longue durée entre 2005 et 2015.

Photo : Radio-Canada

Les néo-démocrates ont tenté de lui donner ce pouvoir avec un projet de loi en 2014, mais il est mort au feuilleton. J’ai essayé toutes les avenues possibles pour démontrer au gouvernement qu’il y avait des plaintes sérieuses, déplore la porte-parole néo-démocrate en matière de Santé, France Gélinas, qui était à l’origine du projet de loi.

Ombudsman des patients

L’année suivante, en 2015, les libéraux ont plutôt décidé de créer le poste d’ombudsman des patients. L’actuelle ministre Christine Elliott a été à la tête de ce bureau jusqu’en 2018. Le poste est depuis vacant, mais les employés du bureau continuent de revoir les plaintes.

À l’opposé de l’ombudsman de l’Ontario, l’ombudsman des patients n’est pas indépendant et relève du ministère de la Santé. Il détient très peu de pouvoir.

L'ombudsman des patients, ça ne veut rien dire. C’est juste une ligne d’appel de plaintes pour le ministère de la Santé. On est la seule province dans tout le Canada où l’ombudsman n’a pas de droit de regard direct sur les plaintes en soins de longue durée, lance France Gélinas.

Par contre, puisque son droit de regard inclut le ministère des Soins de longue durée et, par extension, le bureau de l’ombudsman des patients, l’ombudsman de l’Ontario Paul Dubé aurait pu, dès 2016, ouvrir une enquête indépendante sur les plaintes reçues par l’ombudsman des patients.

Un homme derrière un bureau.

L'ombudsman de l'Ontario, Paul Dubé

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Je trouve difficile à croire que les centaines de plaintes que je recevais par année ont cessé d’exister après que je sois parti. C’est un problème auquel Paul Dubé aurait dû s’attaquer dès son arrivée en poste, vu qu’il avait ces nouveaux pouvoirs, lance André Marin.

Au moins 866 plaintes concernant les centres de soins de longue durée de l’Ontario ont été déposées à l’ombudsman des patients depuis 2016, confirme un porte-parole.

Par courriel, la porte-parole du bureau de Paul Dubé n’a pas voulu dire pourquoi l’ombudsman n’avait pas choisi d’enquêter sur le sujet jusqu’ici. Nous étudions actuellement de près le rapport des Forces armées canadiennes, la réponse des ministères à la pandémie et les plaintes que nous avons reçues, écrit Linda Williamson.

Au Québec, c’est le protecteur du citoyen, un ombudsman nommé par l'Assemblée nationale, qui reçoit ce type de plaintes. C’est aussi ce bureau qui a décidé de lancer l'enquête indépendante sur les CHSLD au Québec. Le bureau de Paul Dubé confirme à Radio-Canada qu’il n’a pas lancé de telle enquête ni été approché par le gouvernement Ford pour se faire.

Pas de regret

En point de presse mercredi, Doug Ford a indiqué qu’il ne regrettait pas de ne pas avoir pourvu le poste d’ombudsman des patients après le départ de Christine Elliott, en 2018. La commission d’enquête publique va être en mesure de faire la lumière sur les problèmes en soins de longue durée. On a le rapport de l’armée. On a la police. On va régler ça.

La députée du NPD Catherine Fife a d’ailleurs lancé des flèches à ce sujet à la ministre Elliott en période de questions mercredi, en faisant valoir qu’elle aurait assurément entendu parler de graves préoccupations et de la douleur des familles durant les années où elle était ombudsman des patients. Christine Elliott a esquivé la question.

La ministre ontarienne de la Santé, Christine Elliott, en conférence de presse.

La ministre ontarienne de la Santé, Christine Elliott

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Bien que les libéraux aient écarté cette option pendant leurs 15 années au pouvoir, le chef libéral par intérim, John Fraser, a indiqué en point de presse que son parti ne serait pas opposé à l’idée de transférer la surveillance des foyers pour aînés à l'ombudsman de l’Ontario.

Il a indiqué toutefois que la décision de créer le poste d’ombudsman des patients avait été une bonne idée.

Kathleen Wynne abonde dans le même sens : C’est certain que si j’avais eu l’opportunité, j’aurais éventuellement cherché à réviser et améliorer la manière dont le bureau fonctionne. C’est une idée en laquelle je croyais avec enthousiasme, dit-elle.

Kathleen Wynne souligne qu’en 2018, son gouvernement avait annoncé un investissement de 300 millions de dollars pour augmenter le nombre d’employés dans les établissements de soins de longue durée et accroître la moyenne provinciale à quatre heures de soins quotidiens par résident.

La mesure a été écartée quand le gouvernement Ford a été élu.

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