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L'humidité pourrait partiellement freiner la COVID-19 cet été

Attention, la distanciation physique demeure de rigueur, selon les scientifiques.

Une fillette court sous un jeu d'eau.

L'humidité freine légèrement la propagation des gouttelettes du coronavirus, selon des experts.

Photo : Getty Images / ArtMarie

Non, le coronavirus ne disparaîtra pas cet été, mais la hausse de l'humidité dans l'air pourrait contribuer à ralentir légèrement la propagation de la COVID-19, selon des experts.

Comment? L'épidémiologiste Raywat Deonandan explique que l'humidité semble alourdir les gouttelettes transportant le coronavirus dans l'air, réduisant la distance qu'elles peuvent parcourir à partir de la bouche de la personne infectée avant de tomber au sol.

Le professeur de l'Université d'Ottawa souligne toutefois que bien des pays au climat humide, comme l'Inde et le Brésil, ont un grand nombre d'infections en ce moment. L'humidité n'est donc pas une panacée.

C'est aussi ce qu'ont constaté des chercheurs de l'Université de Toronto qui ont publié une étude sur le sujet (Nouvelle fenêtre) plus tôt ce mois-ci dans le périodique CMAJ de l'Association médicale canadienne. Ils ont mesuré l'influence d'une variété de facteurs sur l'évolution de la pandémie dans 144 pays en mars dernier.

Leur conclusion : la latitude et l'altitude, par exemple, n'avaient aucun effet sur la propagation du coronavirus. Quant à l'humidité, elle pourrait avoir un faible impact, mais celui-ci serait minime comparativement à la distanciation physique, à la fermeture des écoles ou à l'interdiction des grands rassemblements, indique la coauteure Dionne Gesink.

Dame Nature ne va pas nous débarrasser du coronavirus.

Dionne Gesink, professeure en épidémiologie à l'Université de Toronto
GraphiqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les facteurs de propagation de la COVID-19

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Selon l'étude, le nombre de cas de COVID-19 dans les pays qui avaient mis en place deux ou trois mesures de confinement ou de distanciation physique doublait chaque semaine en mars, alors qu'il quadruplait dans les pays qui n'avaient aucune restriction de santé publique.

La température en soi était un facteur négligeable, selon les chercheurs torontois. D'autres scientifiques font toutefois valoir que la chaleur pourrait réduire la durée de vie du coronavirus sur les surfaces.

Benoît Barbeau, professeur en sciences biologiques à l'UQAM, affirme lui aussi que la distanciation physique et le lavage des mains demeurent les éléments « clés » pour lutter contre la pandémie. Pour lui, le port du masque est un « atout » supplémentaire.

Néanmoins, l'humidité peut, elle aussi, jouer un petit rôle, dit-il, tant au niveau du virus que des voies nasales de l'être humain, qui semblent avoir une meilleure capacité à expulser les particules virales par temps humide.

À haute humidité, entre 40 % et 60 %, on aurait des conditions qui pourraient nous permettre d'avoir un taux de transmission plus faible. Sauf que le virus ne disparaîtra pas pour autant à l'arrivée des températures chaudes.

Benoît Barbeau, professeur en sciences biologiques à l'UQAM

S'il avait à quantifier en pourcentage l'importance de chacun des différents facteurs de mitigation de la propagation du coronavirus, il n'attribuerait pas plus que 10 % au total à l'humidité et la chaleur.

Le spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto Isaac Bogoch incite le public à la prudence lui aussi.

Nombre de pays où il y a beaucoup d'ensoleillement et de chaleur ont du fil à retordre actuellement avec la COVID-19.

Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto
Photo d'Isaac Bogoch dans son bureau.

Isaac Bogoch, infectiologue de l'Hôpital général de Toronto

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Le professeur Deonandan ajoute que la propagation du CoV-SRMO, un autre coronavirus, n'a pas été beaucoup ralentie par la chaleur au Moyen-Orient.

La professeure en médecine à l'Université de Toronto Anna Banerji souligne que l'Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont un climat plus chaud que le nôtre, semblent avoir un « meilleur contrôle que nous » des éclosions jusqu'à maintenant.

Elle note, toutefois, que les deux pays peuvent plus facilement restreindre les contacts extérieurs, étant donné que ce sont des îles. Par ailleurs, le fait que les saisons y sont inversées, comme ils sont situés dans l'hémisphère sud, pourrait avoir joué un rôle, selon elle, parce que les autorités de la santé se préparaient déjà aux infections qui viennent habituellement avec l'hiver.

Pas comme l'influenza

Contrairement au virus de la grippe, qui disparaît chaque année en été, le SARS-CoV-2 survivra en Amérique du Nord durant la saison chaude, selon plusieurs experts, parce qu'il n'existe pas encore de vaccin contre lui et que peu d'individus ont été immunisés contre la COVID-19 en l'attrapant.

La durée et la force de l'immunité d'une personne infectée par le coronavirus sont par ailleurs toujours inconnues.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

La Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue à l'Hôpital Sainte-Justine et professeure à l'Université de Montréal, ajoute que le virus de l'influenza est moins infectieux que le coronavirus.

Comme avec les autres virus respiratoires, on estime que le Rt [taux de reproduction au temps t, équivalent du R0, taux de reproduction de base] devrait diminuer et tomber sous la barre fatidique du 1, ce qui permettrait à l’épidémie locale de s’éteindre tranquillement, explique-t-elle. Il faudra, pour ce faire, maintenir une certaine distanciation physique. Contrairement au virus de la grippe qui a un R0 entre 1,5 et 2,5, le SARS-CoV-2 avait plutôt un R0 autour de 3-4. Faire diminuer le Rt à 1 demandera donc beaucoup plus d’efforts.

Et la climatisation?

Dans le contexte où l'humidité peut aider à freiner la propagation du coronavirus, nombre d'experts soulèvent actuellement des questions quant aux systèmes de climatisation dans les immeubles et les édifices, qui peuvent assécher l'air à l'intérieur.

C'est sans parler du risque de faire circuler de l'air contenant des gouttelettes du coronavirus.

Le professeur Barbeau dit qu'il est important de maintenir un certain niveau d'humidité. Des filtres peuvent aussi être utilisés.

Il ne croit pas qu'il y a lieu de bannir les systèmes de climatisation, parce qu'une trop grande chaleur dans un appartement en été peut aussi mener à toutes sortes de problèmes de santé.

Les airs climatisés, je ne considère pas vraiment qu'il y a un énorme risque.

Benoît Barbeau, professeur en sciences biologiques à l'UQAM

Pour sa part, la professeure Gesink affirme que plus de recherches sont nécessaires sur le sujet.

Elle ajoute toutefois qu'aussi « déprimant » que ça puisse paraître, les autorités ne devraient pas ouvrir les piscines publiques cet été. Chaque fois que des gens se rassemblent, dit-elle, ça crée un réseau de propagation.

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