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Donald Trump tente par décret de mater les réseaux sociaux

Donald Trump avec un exemplaire du New York Post pendant qu'il s'adresse aux reporters depuis le bureau ovale, avec à ses côtés Bill Barr.

Donald Trump n'a pas perdu de temps avant de mettre à exécution ses menaces contre les réseaux sociaux.

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Le conflit personnel du président avec Twitter a culminé, jeudi, par la signature d'un décret pour réglementer davantage les plateformes web.

Se posant en défenseur de la liberté d'expression, le président américain a présenté, à quelques mois de l'élection de novembre, un document intitulé Décret sur la prévention de la censure en ligne aux journalistes réunis dans le bureau ovale.

Le décret vise à faciliter la tâche des régulateurs fédéraux pour sanctionner les grandes plateformes de réseaux sociaux lorsqu’ils estiment qu’elles censurent la liberté d'expression en décidant de suspendre des utilisateurs ou de supprimer des publications.

Aux côtés du procureur général Bill Barr, le président Trump a accusé les grandes entreprises technologiques, comme Twitter, Facebook, Instagram et YouTube, de censure sélective qui cible selon lui les voix conservatrices. Une charge qu'ont toujours démentie les principaux intéressés.

Une petite poignée de monopoles des médias sociaux contrôle une grande partie de toutes les communications publiques et privées aux États-Unis, a soutenu Donald Trump avant la signature du décret. Ils ont eu le pouvoir incontrôlé de censurer, restreindre, éditer, façonner, cacher, modifier pratiquement toute forme de communication entre les citoyens privés et le grand public.

Nous sommes ici aujourd'hui pour défendre la liberté d'expression contre l'un des plus grands dangers qu'elle a affrontés dans l'histoire américaine.

Donald Trump

L'ère où les entreprises de réseaux sociaux bénéficiaient d'une protection contre la responsabilité est terminée, a en outre soutenu Donald Trump.

La nouvelle directive, dont la constitutionnalité risque d'être contestée, vise ainsi à modifier une portion de la loi fédérale sur la décence des communications, connue sous le nom de section 230 et considérée comme un pilier du fonctionnement des plateformes numériques.

Adoptée en 1996, cette loi fait en sorte que les entreprises technologiques ne peuvent être poursuivies ou tenues responsables de la majeure partie du contenu partagé par leurs utilisateurs.

Aux yeux de l'Association de défense des libertés civiles (ACLU), le décret représente une menace flagrante et anticonstitutionnelle pour punir les plateformes qui déplaisent au président. L'organisme a ironisé en disant que le président profitait pourtant des dispositions actuelles de la loi qu'il veut modifier.

Si les plateformes n'étaient pas immunisées [contre les poursuites] en vertu de la loi, elles ne risqueraient pas la responsabilité légale qu'elles pourraient encourir en hébergeant les mensonges, la diffamation et les menaces de Donald Trump.

Kate Ruane, avocate à l'ACLU

Donald Trump a par ailleurs indiqué que le décret serait suivi d'un projet de loi pour réduire la portée de la loi existante.

Il a dit avoir ordonné au procureur général Bill Barr de coopérer avec les États pour faire appliquer leurs propres lois contre ce qu'il décrit comme des pratiques commerciales trompeuses des sociétés de médias sociaux.

Un geste décrié par les démocrates

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a condamné le décret du président, décrit comme une stratégie pour détourner l'attention de son échec dans la gestion de la pandémie de coronavirus.

Accusant les médias sociaux, plus particulièrement Facebook, d'avoir un modèle commercial [consistant à] faire de l'argent au détriment de la vérité, elle a reproché au président de ne rien faire pour lutter contre la désinformation.

Le président encourage Facebook et les autres géants des réseaux sociaux à continuer d'exploiter les mensonges et d'en tirer profit en toute impunité – tout en enjoignant au gouvernement fédéral de démanteler les efforts visant à aider les utilisateurs à distinguer la réalité de la fiction.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Les réseaux sociaux ont fait l'objet de vives critiques après les tentatives de manipulation de l'élection présidentielle américaine et du référendum sur le Brexit, en 2016. Facebook, notamment, a été montrée du doigt pour la campagne de désinformation qu'y avait alors menée la Russie, à l'avantage de Donald Trump.

Bataille judiciaire en vue

Selon le Washington Post, les géants des technologies se préparent à porter le dossier devant les tribunaux.

Donald Trump a d'ailleurs reconnu s'attendre à une contestation judiciaire, mais a dit être persuadé de remporter la bataille.

Des experts interviewés par plusieurs médias avancent plutôt que cette tentative extraordinaire, qui teste les limites du pouvoir exécutif, a peu de chances de survivre à un examen juridique.

Ironiquement, ils soutiennent que le décret menace le premier amendement de la Constitution, qui protège la liberté d'expression, et affirment que le président outrepasse ses pouvoirs.

Twitter n'a pas souhaité commenter, mais Matt Schruers, président de la Computer and Communications Industry Association, un lobby du secteur des technologies, a dénoncé des représailles davantage dignes des autocraties étrangères que des États-Unis.

En début de journée, le fondateur et chef de la direction de Facebook, Mark Zuckerberg, a affirmé sur les ondes de Fox News que son entreprise était plus engagée en faveur de la liberté d'expression que ne l'étaient d'autres plateformes. Nous pensons qu'il ne serait pas adéquat pour nous de soumettre les affirmations des politiciens à des épreuves de faits, a-t-il soutenu.

Une décision de Twitter au centre du litige

Annoncé la veille par des responsables de la Maison-Blanche et promu par Donald Trump à coups de tweets cherchant à créer un suspense, le décret trouve son origine dans des avertissements de Twitter liés à l'inexactitude de tweets du président sur le vote postal.

La décision de Twitter de soumettre ou non des messages à une épreuve des faits n'est rien d'autre que de l'activisme politique, a affirmé le président, qui avait en matinée tweeté que ce serait un grand jour pour les médias sociaux et l'ÉQUITÉ.

Le décret reproche spécifiquement au site de ne pas avoir sonné l'alarme devant un tweet du représentant démocrate Adam Schiff, qui a trompé ses abonnés en colportant le canular sur la collusion russe, depuis longtemps réfutée.

Malgré ses attaques contre le réseau social, dont il est un utilisateur assidu, Donald Trump tweete plusieurs fois par jour, bénéficiant ainsi d'une chambre d'écho auprès de ses 80 millions d'abonnés.

Interrogé sur l'éventualité de supprimer son compte, Donald Trump a répliqué avec une attaque contre les médias. Si nous avions une presse honnête dans ce pays, je le ferais dans la seconde, a-t-il lancé.

Plus tôt cette semaine, le réseau social a accolé la mention suivante à deux tweets dans lesquels le président assimilait la mise en place du vote par la poste à une fraude massive : Obtenez les faits sur le vote par la poste, qu'il a accompagnée d'un point d'exclamation et d'un lien menant à une page indiquant que ces accusations sont sans fondement.

Donald Trump a, à de nombreuses reprises, été critiqué pour avoir diffamé sur son compte Twitter des adversaires, repris des théories du complot ou des informations réputées fausses.

Ce bras de fer avec les réseaux sociaux s'ajoute à la croisade que mène le président contre le vote par correspondance qu'entendent privilégier certains États dans la foulée de la pandémie de coronavirus. Il a pourtant voté par la poste lors de la primaire républicaine de Floride, tenue en mars.

Avec des informations du Washington Post et de Reuters

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