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Les ressources intermédiaires craignent l'exode des employés vers les CHSLD

Les ressources intermédiaires (RI) hébergent 16 000 résidents à travers la province.

Photo : Radio-Canada

Des employées de ressources intermédiaires en hébergement songent déjà à quitter leur poste pour obtenir une meilleure rémunération en CHSLD. Elles craignent le démantèlement de ces milieux de vie si leur salaire n’est pas augmenté.

Mercredi, le gouvernement du Québec a annoncé un grand projet de recrutement de 10 000 préposés aux bénéficiaires (PAB) cet été en leur offrant 300 heures de formation payée à 21 $ l’heure. Ces personnes auront un salaire de 26 $ l’heure après leur embauche à temps plein dans les CHSLD.

Avant la pandémie, un préposé aux bénéficiaires ou un intervenant en santé mentale dans une ressource intermédiaire d’hébergement (RI) recevait un salaire à peine plus élevé que le salaire minimum. Les RI sont entièrement financées par l’argent public et hébergent 16 000 résidents à travers la province.

On est d’accord pour augmenter le salaire de préposés [en CHSLD]. Mais on mérite la même chose, martèle la coordonnatrice de la RI en santé mentale le Manoir de l’Âtre à Québec, Julie Montreuil. Elle raconte avoir déjà reçu quatre courriels d’employés qui veulent maintenant aller rejoindre le réseau des CHSLD.

Julie Montreuil, coordonnatrice d'une ressource intermédiaire de Québec, donne une entrevue à Radio-Canada

Julie Montreuil envisage de démissionner de son poste si le salaire des intervenants et préposés des ressources intermédiaires n'est pas augmenté.

Photo : Radio-Canada

Elle pousse un véritable cri du cœur pour que soit réévalué le salaire des intervenants, qui doivent intervenir quotidiennement auprès d'une clientèle aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Les filles doivent être solides. Les payer 12,50 $, les mettre à risque durant la COVID-19 […] si elles restent à ce salaire-là, je démissionne. C’est de l’esclavage.

Julie Montreuil, coordonnatrice, Manoir de l'Âtre

L’intervenante en santé mentale au Manoir de l’Âtre Emmanuelle Chartrand qualifie d’insultante l’annonce du gouvernement provincial au sujet de la formation payée pour devenir préposé aux bénéficiaires en CHSLD.

C’est une non-reconnaissance de notre travail en ressources intermédiaires. On appuie nos collègues en CHSLD, mais notre réalité n’est pas comprise là-dedans, souligne-t-elle.

Comme d’autres collègues, elle songe également à délaisser les RI pour suivre une formation payée et obtenir une meilleure rémunération en CHSLD.

Emmanuelle Chartrand, intervenante en santé mentale, donne une entrevue à Radio-Canada

Emmanuelle Chartrand envisage de suivre la formation payée de préposé aux bénéficiaires offerte par le gouvernement provincial, puisqu'elle aurait un meilleur salaire.

Photo : Radio-Canada

L’embauche était déjà difficile dans les RI avant la pandémie. Le Manoir de l’Âtre fonctionne avec deux intervenants de moins, et il est impossible de procéder à d'autres embauches depuis le début de la crise, indique Julie Montreuil.

Elle craint un démantèlement du réseau des RI, si rien n’est fait, et une institutionnalisation de ses résidents.

Ce serait un échec total du réseau.

En point de presse jeudi, le premier ministre François Legault a souligné qu’une éventuelle aide financière était présentement à l’étude pour les milieux privés. Il n'a toutefois rien spécifié pour les ressources intermédiaires.

La prime de 4 $ de l’heure offerte aux PAB en milieu privé est là pour encore un moment, a-t-il précisé. Cette prime s’applique aussi aux ressources intermédiaires.

Former 10 000 préposés, réaliste?

Former 10 000 préposés aux bénéficiaires en trois mois est un projet très ambitieux, et les personnes issues de cette formation ne pourront pas avoir les mêmes responsabilités qu’un préposé ayant suivi la formation complète, soulève la directrice du centre de formation professionnelle de Québec Fierbourg.

Le programme régulier qui mène au titre de préposé aux bénéficiaires est un diplôme d’études professionnelles (DEP) de 870 heures.

On est prêts à répondre à la demande, mais il va devoir y avoir des nuances, il faudra cibler les compétences à développer, a affirmé la directrice de Fierbourg Mélissa Laflamme, en entrevue à l’émission Première heure.

Une femme lève une autre femme d'un bain à l'aide d'un appareil.

Formation de préposée aux bénéficiaires au centre de formation professionnelle Fierbourg

Photo : Courtoisie / Fierbourg

Les tâches et les responsabilités ne pourront pas être les mêmes que celles d’un préposé aux bénéficiaires ayant effectué ses 870 heures de formation, martèle la directrice.

C’est un programme d’études qui a un bon rythme d’apprentissage.

Sans vouloir s’avancer sur le titre d’emploi adéquat, Mélissa Laflamme rappelle qu’une formation de 300 heures ne peut préparer un élève à tous les contextes de soins requis par un préposé.

Salaire

Malgré une formation écourtée, le salaire annoncé par le gouvernement du Québec pour cette cohorte de l’été reste équivalent et même supérieur aux étudiants qui terminent le DEP.

Les préposés aux bénéficiaires du secteur public touchent un salaire horaire qui varie de 20,55 $ à 22,35 $, sans compter les primes consenties dernièrement. Dans le privé, ces préposés gagnent souvent de 13 $ à 14 $ l’heure.

Mélissa Laflamme craint que le DEP ne perde de son attrait.

Si on offre ce salaire-là maintenant pour répondre à un besoin exceptionnel, ça va. Mais qu’est-ce qui va se passer après?

Elle souhaite voir des incitatifs pour que ces élèves formés puissent s'inscrire à la formation complète.

On a un choix de société à faire. On veut assurément un programme de qualité et une formation complète.

Mélissa Laflamme, directrice, Fierbourg

Espace physique suffisant?

L’objectif de 10 000 préposés aux bénéficiaires dans un temps restreint, c’est très ambitieux, admet Mélissa Laflamme.

Fierbourg pourra accueillir quelques cohortes pendant l’été, assure-t-elle, mais il faudra respecter les règles de distanciation physique de la santé publique. En temps normal, une cohorte représente 22 élèves.

J’ai certaines inquiétudes, avec le nombre de préposés aux bénéficiaires annoncé, au niveau de l’espace physique.

C’est sans compter l'arrivée des étudiants de la formation régulière, qui doivent reprendre les classes à la fin d'août, ajoute-t-elle.

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