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Chine : le Parlement engage la reprise en main de Hong Kong

Le président chinois Xi Jinping (centre) à l'Assemblée nationale populaire à Pékin.

Le président chinois Xi Jinping (centre) à la fin de la session de clôture de l'Assemblée nationale populaire à Pékin après l’adoption de la loi sur la sécurité nationale.

Photo : Getty Images / NICOLAS ASFOURI

Agence France-Presse

Le Parlement chinois a adopté jeudi une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réaction aux manifestations de l'an dernier dans l'ex-colonie britannique, malgré la menace de sanctions américaines.

Sans surprise, les près de 3000 députés de l'Assemblée nationale populaire (ANP) ont adopté la mesure, qui a déjà provoqué un regain d'agitation dans la région autonome du sud de la Chine.

Seul un député a voté contre et six se sont abstenus. Le vote a été salué par de longs applaudissements dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin, en présence du président Xi Jinping.

Les opposants démocrates à l'influence de Pékin dans le territoire affirment que la mesure ouvre la voie à une régression sans précédent des libertés dans la métropole financière de sept millions d'habitants.

C'est la fin de Hong Kong, a résumé pour l'AFP Claudia Mo, députée prodémocratie au Conseil législatif hongkongais.

À partir de maintenant, Hong Kong sera une ville chinoise comme les autres.

Claudia Mo, députée prodémocratie, Conseil législatif hongkongais

Dans le camp pro-Pékin, son collègue Martin Liao a en revanche salué le vote du Parlement national : Cette décision ne portera pas atteinte aux droits et libertés dont jouissent les Hongkongais. Au contraire, elle aidera Hong Kong, sur le long terme, à se défaire de la violence et du chaos.

Des manifestants  dans la rue à Hong Kong

Des manifestants s'opposent à la loi de sécurité nationale chinoise dans le district de Mongkok, à Hong Kong.

Photo : Getty Images / Billy H.C. Kwok

Alors que l'agitation était retombée ces derniers mois à la faveur des mesures prises contre l'épidémie de COVID-19, des milliers de manifestants sont à nouveau descendus dans la rue dimanche pour protester contre le projet de loi, annoncé seulement trois jours plus tôt, avant d'être dispersés par la police.

La disposition donne mandat au Comité permanent de l'ANP pour rédiger un projet de loi qui sera incorporé dans la mini-constitution de Hong Kong, contournant le vote du Conseil législatif local.

Cette loi devra empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou la commission d'activités terroristes, ainsi que les activités de forces étrangères qui constituent une ingérence dans les affaires de Hong Kong, selon le projet soumis à l'ANP.

Le régime communiste a accusé à plusieurs reprises l'an dernier des forces étrangères, notamment américaines, de fomenter l'agitation à Hong Kong. Il a également accusé les manifestants radicaux de se livrer à des activités terroristes.

L'accusation de subversion est quant à elle fréquemment utilisée par Pékin pour condamner des opposants.

Le Comité permanent de l'ANP pourrait se saisir du texte dès juin et le projet de loi être adopté fin août, selon le site NPC Observer, spécialiste des arcanes législatifs chinois.

Le projet prévoit aussi d'autoriser des organismes relevant du gouvernement central à ouvrir à Hong Kong des antennes compétentes en matière de sécurité nationale.

De l'avis des opposants, le texte signe la fin du principe un pays, deux systèmes qui préside aux relations entre Hong Kong et Pékin depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.

Des policiers antiémeutes à Hong Kong

Des policiers antiémeutes prennent position lors d'une manifestation à Hong Kong.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

Pékin viole ses obligations internationales

Le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie ont accusé jeudi Pékin d'enfreindre ses obligations internationales après l'adoption par le Parlement chinois de la disposition controversée.

La décision de la Chine d'imposer la nouvelle loi sur la sécurité à Hong Kong entre en contradiction directe avec ses obligations internationales selon les principes de la déclaration conjointe signée par la Chine et le Royaume-Uni, légalement contraignante et enregistrée auprès de l'ONU, ont déclaré les chefs de la diplomatie de ces quatre pays dans un communiqué commun, exprimant leur profonde inquiétude.

La loi en question limiterait les libertés de la population de Hong Kong et éroderait ainsi de manière dramatique l'autonomie et le système qui l'ont rendu si prospère, ont-ils estimé.

Selon eux, ce texte ouvre la voie à des poursuites pour raisons politiques.

Les quatre pays signataires se disent extrêmement inquiets d'une aggravation des divisions au sein de la société de Hong Kong et appellent Pékin à travailler avec le peuple de Hong Kong pour trouver une solution acceptable pour les deux parties.

Les menaces de Washington

L'avenir du grand centre financier asiatique inquiète particulièrement les États-Unis où, sans attendre le vote du Parlement chinois, l'administration Trump avait ouvert la voie à des sanctions économiques contre Hong Kong.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a annoncé mercredi au Congrès qu'il ne considérait plus le territoire comme autonome vis-à-vis de Pékin.

Aucune personne sensée ne peut soutenir aujourd'hui que Hong Kong conserve un haut degré d'autonomie par rapport à la Chine, a-t-il déclaré.

Concrètement, l'administration de Donald Trump peut désormais mettre fin au statut commercial préférentiel accordé à l'ex-colonie britannique. Mais elle n'a pas encore dit si elle mettrait cette menace à exécution.

Washington a en tout cas demandé mercredi une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur Hong Kong. La Chine a refusé.

Sur place, la police de Hong Kong a procédé mercredi à des centaines d'arrestations pour dissuader des militants prodémocratie de manifester contre l'examen d'un autre projet de loi criminalisant l'outrage à l'hymne national chinois.

Le Parlement chinois s'est prononcé au dernier jour de sa session plénière, la grand-messe annuelle du pouvoir communiste, ramenée cette année à sept jours en raison de la COVID-19. Le reste de l'année, son Comité permanent, qui compte 175 membres, est chargé de légiférer.

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