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École à distance et suivis à géométrie variable

Des parents sont inondés de travaux scolaires alors que d’autres sont délaissés par leurs enseignants.

Une mère et ses trois enfants sont assis à la table de la cuisine. Ils suivent tous des cours à distance.

Très tôt dans la journée, la cuisine de la famille Léveillée-Rodier se transforme en salle de classe. Les trois enfants d'Amélie Léveillée fréquentent l'école primaire du quartier.

Photo : Radio-Canada

Québec oblige maintenant les enseignants à faire un suivi auprès des élèves pour qu’ils puissent terminer leur année scolaire et préparer la prochaine rentrée, mais les suivis offerts varient d’une école ou d’un enseignant à l’autre. Résultat : des parents se retrouvent inondés de travaux scolaires pour leurs enfants, alors que d’autres n’ont pas de nouvelles du professeur de leur enfant. Incursion chez des familles découragées.

Quand on entre dans la maison de la famille Léveillée-Rodier, tout est en mouvement même si la journée ne fait que commencer. Les trois enfants de la famille, qui fréquentent l’école primaire publique de leur quartier, sont déjà dans la cuisine et prêts pour leurs cours à distance. Comme chaque avant-midi depuis le début de la semaine, la cuisine de la maison devient une salle de classe pour plusieurs heures.

Ce n'est plus une cuisine, c'est une salle de classe. C'est vraiment ça.

Amélie Léveillée, mère de trois enfants

Alors qu’il est neuf heures pile, la mère installe le petit Arthur, qui a 6 ans et qui est en première année, devant un ordinateur pour qu’il puisse assister au cours de mathématiques de son enseignante Madame Marjolaine. La mère n’est jamais loin. Elle reste assise près de son fils. Elle pose même des questions à l’enseignante.

Alors qu’elle supervise le cours de son fils, elle aide également sa fille Alice, en cinquième année, qui termine des travaux de français. Puis, c’est le cours d’anglais de Juliette qui est en sixième année.

Amélie Léveillée consacre plusieurs heures par jour à l’enseignement à distance de ses enfants et aux différents travaux que leur font parvenir les professeurs, au moment où elle tente de démarrer une entreprise.

Ça fait quand même beaucoup de gestion d’horaires et j’essaie de travailler moi aussi. Elle ajoute qu’elle trouve cela difficile, mais les enfants ont accès à leurs professeurs.

L'école à deux vitesses

Ces avant-midi sont comme des marathons où les cours à distance de ses enfants s’enchaînent. Au total, ses trois enfants ont plus d'une trentaine de rencontres en ligne avec leurs enseignants ou de capsules à visionner, cette semaine. Ça reste quand même qu'ils ont besoin que je sois là pour les aider à passer à travers la matière. Elle ajoute : On s'est vraiment fait donner le job du professeur pour finir l'année, là.

La mère de famille a même reçu un plan de travail du professeur d’éducation physique. C’est optionnel, précise-t-elle. On nous a envoyé un PDF avec des suggestions d’athlétisme à faire cette semaine.

Des suivis variables

Dans la foulée de la décision de garder les écoles de la grande région de Montréal fermées, le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a demandé aux enseignants du primaire d'entrer en contact avec leurs élèves au moins trois fois par semaine.

Ce ne sont toutefois pas tous les parents qui sont débordés et tous les élèves qui sont inondés de travail. Malgré les directives du ministère de l’Éducation, la situation varie beaucoup d'une école à l'autre et d'un enseignant à l'autre, selon le président du comité de parents de la Commission scolaire de Montréal, Marc-Étienne Deslauriers.

On reçoit des messages de familles qui ont beaucoup de devoirs à gérer ou qui sont sans nouvelle de leur titulaire, précise-t-il.

Il ajoute qu’il y a encore des parents qui sont en attente de recevoir des nouvelles du professeur de leur enfant. Des mères comme Kiléka Couliaby, qui se demande pourquoi l’enseignant d’un de ses fils ne donne pas signe de vie, alors que le gouvernement a émis des directives claires au personnel des écoles.

Mme Couliaby et son fils Yanis regardent l'écran d'un ordinateur portable.

Kiléka Couliaby a deux enfants qui fréquentent l'école publique de son quartier. Elle est en compagnie de son plus jeune, qui est en maternelle.

Photo : Radio-Canada

Mme Couliaby a deux enfants qui fréquentent le réseau scolaire public. Le plus vieux de ses fils, Samuel, qui est en deuxième année, aura deux cours en ligne avec son professeur cette semaine.

C’est mieux que rien, dit-elle, mais elle se demande pourquoi certains parents ont trois ou quatre rencontres par semaine, que certains en ont une ou deux et que d’autres n’ont rien du tout.

Le sort réservé à son fils Yanis inquiète beaucoup la mère. Le garçon, qui fréquente une classe de maternelle, a un trouble du langage et n’a toujours rien reçu de la part de son enseignante, soutient Mme Couliaby.

Kiléka Couliaby est découragée. On les a oubliés lui et ses amis de la classe et je trouve ça dommage. Je trouve ça triste, parce que c'est un enfant à besoins particuliers, déplore-t-elle.

La mère de famille est triste de constater que d'autres élèves ont plus de soutien et de suivi de la part de leurs professeurs. On est dans le même réseau. Ce n’est pas le privé et le public, il n’y a pas cette comparaison-là. On est dans le même système public, donc qu'est-ce qui pourrait expliquer cette inégalité-là si nos enfants sont supposés être égaux.

On voit qu’il y a différentes vitesses et on n’est pas d’accord. Ce n’est pas ce qu’on veut.

Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire

Hélène Bourdages estime que les parents qui sont insatisfaits du service offert par l’enseignant ne doivent pas hésiter à porter plainte. Si le professeur donne trop de travail, parce que ça peut arriver, ou si le professeur n’en donne pas assez, il faut interpeller la direction d'école, indique-t-elle.

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